Auvergne-Rhône-Alpes

Attractivité

Attractivité : faut-il (encore) installer son entreprise à Lyon ?

Par Gilles Cayuela, Audrey Henrion et Pierre Tiessen, le 07 février 2018

Le dynamisme économique et le pouvoir de séduction du territoire lyonnais a son mètre étalon : le nombre et la qualité des entreprises implantées. Conséquence d’une année électorale dense, et d’un contexte politique international chamboulé, 2017 n’est pas un cru exceptionnel. Explications.

En 2017, 103 entreprises se sont implantées sur le territoire de l’Aderly, contre 110 en 2016. — Photo : Louis Falcoz

La métropole de Lyon, Terre promise des entreprises ? Les témoignages de ceux qui ont y élu domicile laissent peu de place au doute. Pour William Passemard, l’expérience lyonnaise « est un sans-faute ». A la tête d’un bureau d’étude (5 personnes) du chinois Isem technologies (Saint-Priest) et spécialisé dans les turbocompresseurs, ce globe-trotter ne tarit pas d’éloges sur l’écosystème local. « J’ai travaillé au Japon, en Corée du Sud, en Inde, en Allemagne… Nulle part ailleurs, je n’ai trouvé un accueil aussi efficace ». Il a ainsi été mis en contact – « gratuitement » insiste-t-il – avec des partenaires et des cabinets de recrutement. « J’ai fait mon marché ». Ses bureaux à Saint-Priest ? « C’est l’Aderly* qui me les a trouvés… ». Même constat sur la dynamique industrielle du territoire. « Nous aurions pu nous implanter à Bordeaux. Mon épouse est originaire d’Aquitaine. Mais le tissu lyonnais est sans comparaison ».

Eric Blassel à la tête d’Arthrex, entreprise basée à Lille qui rapatrie son siège social à Saint-Didier-au-Mont-d’Or, loue en termes presque identiques l’efficacité des interlocuteurs lyonnais. Citant dans l’ordre « l’aide à la recherche de notre site, les contacts avec les acteurs locaux et la recherche de fournisseurs ». Autre raison de ce déménagement : la « place centrale de Lyon, son expertise dans le domaine de la santé, son rayonnement international, la qualité de ses écoles « détaille le dirigeant français.

Dans les palmarès mesurant l’attractivité nationale et internationale publiés ces dernières semaines, Lyon n’apparaît pas au mieux de sa forme.

Implantations emblématiques

Les louanges chantées par ces dirigeants se reflètent-elles dans le nombre d’entreprises séduites par le territoire ? Pas complètement. L’Aderly vient de publier son bilan 2017 : 103 entreprises se sont implantées cette année, comptant un peu moins de 5 salariés en moyenne. Un chiffre qui s’établissait à 110 l’an dernier. Une petite chute, qui serait « compensée » par la hausse des créations potentielles d’emplois à 3 ans : 2 160 emplois.

Par ailleurs, parmi ces 103, aucun « grand nom » à l’horizon. A l’inverse de Bordeaux qui revendique l’implantation en 2017 d’Ubisoft, Betclic et Hermès. « Je ne verrais pas l’intérêt d’aller chasser un grand nom, balaie le président de la Métropole David Kimelfeld. Et d’abord, combien on nous demanderait pour s’installer ici ? Car ce n’est jamais gratuit… Moi je préfère développer des filières et si un grand nom doit venir il viendra pour son seul intérêt industriel ». « On ne peut pas avoir d’implantations emblématiques toutes les années », ajoute Jean-Charles Foddis, directeur exécutif de l’Aderly – Invest in Lyon. De l’aveu même de l’agence, les entreprises « s’installent de manière plus volatile : coworking, centre d’affaires, hébergement par des partenaires (…) rendant les implantations moins « fixées », mais aussi moins visibles, moins quantifiables, voire moins vérifiables ».

Dégringolade

2017 serait-elle alors une année « flat » ? Dans les palmarès mesurant l’attractivité nationale et internationale publiés ces dernières semaines, Lyon n’apparaît pas au mieux de sa forme. Trois récents classements en attestent. La Métropole arrive par ailleurs en 4ème position avec 17% d’entreprises à capitaux étrangers, assez loin derrière Paris, Strasbourg et Lille (étude Bureau Van Dijk-Diane).

Du côté de son potentiel de séduction au regard de ses coûts de l’immobilier, Lyon dégringole de 11 places, passant de la 10ème à la 21ème place sur les 30 premières villes d’Europe (« Emerging Trends in Real Estate 2018 », décembre 2017). L’étude publiée par PwC précise que cette chute, qui place la Capitale des Gaules au niveau de Birmingham, devrait être temporaire. « Le marché de l’immobilier d’entreprise pourrait se détendre » dixit, avec l’acquisition par Amundi et la Caisse des dépôts des 66.000 m² de la To-Lyon, livrée en 2022 à côté de la Part-Dieu.

Lyon reste cependant la seule métropole française hors Paris à figurer parmi les trente métropoles européennes attractives en matière d’investissement immobiliers.A l’échelle hexagonale enfin, l’Institut parisien « Great Place to Work » a publié mi-janvier son 4ème palmarès des villes où les Français aimeraient travailler. Résultat ? Bordeaux arrive en tête, suivie de Toulouse, Montpellier et Paris. Lyon se classe à la 4ème position.

2017 : bon cru pour l’international

Le « cru » 2017 laisse malgré tout apparaître une percée indéniable des implantations internationales. 46% d’entreprises à capitaux étrangers en 2017. « On n’en n’a jamais accueilli autant » souligne Jean-Charles Foddis. 24 entreprises sont ainsi originaires de zones « hors Europe ». « Un record », se félicite Frédéric Miribel, responsable de la prospection internationale à l’Aderly. Et de citer le japonais Kose (cosmétique), le Chinois Lovol Arbos (tracteurs) ou encore le dubaïote Raqam (bureau de certification) … Avec une mention spéciale pour les implantations américaines, 8 au total en 2017 dont lCharles River et Lord Corporation. Dans le détail, ces arrivées restent toutefois modestes, s’agissant de centres R&D avec des équipes réduites ou de simples filiales commerciales.

Les entreprises allemandes sont en revanche les grandes absentes de cette édition. Seule une poignée a fait le choix de Lyon en 2017 quand les autres années, elles étaient majoritaires. « La faute au contexte électoral », se défend Frédéric Miribel. La qualification de Marine Le Pen au deuxième de tour de l’élection présidentielle aurait en effet tétanisé les investisseurs d’Outre-Rhin.
Ce n’est évidemment pas la seule raison. Le territoire couvert par l’Aderly souffre de plusieurs carences. A commencer par les transports. « Il manque un aéroport d’envergure européenne. Saint-Exupéry est pris en sandwich entre Orly et celui de Genève », déplore Frédéric Miribel. « On attend des nouveaux actionnaires de l’aéroport qu’ils comblent les lacunes liées aux connections intra-européennes, notamment avec l’Europe du Nord » ajoute Jean-Charles Foddis. Autre point faible du territoire : « la faiblesse des structures éducatives internationales ». Ce qui rebute certains investisseurs anglophones.

Marketing territorial

Pour Frédéric Crouzet, rédacteur en chef de This is Lyon, média 100% anglophone né il y a un an, « il manque à Lyon une petite brique ‘accueil’ ». L’Aderly serait cependant sur le point de créer une « maison des impatriés », sorte de guichet unique permettant de faciliter la vie des nouveaux arrivants, grâce une implication forte des services de l’Etat pour aider aux démarches administratives.

Dans d’autres cas aussi, Lyon fait les frais de politiques qui lui échappent. Ainsi un gros dossier d’implantation chinoise a-t-il été annulé l’an dernier. En cause : l’ordre donné par Pékin de limiter drastiquement les investissements chinois à l’étranger. Lyon demeure cependant un modèle pour les autres métropoles françaises. « C’est un exemple cité dans les cours de marketing territorial. La stratégie transversale de la marque « Onlylyon » n’a pas beaucoup d’équivalent en France », estime Yann Pitollet, directeur général de Nord France Invest (agence de promotion de la région auprès des investisseurs étrangers). Même impression du côté de Bordeaux pour qui la compétition entre les deux métropoles est « sans objet ». « Je ne cherche jamais à battre Lyon », assure Lionel Lepouder, président d’Invest in Bordeaux.

Comme Lille, la capitale de la Nouvelle Aquitaine établit également un benchmark précis, chiffré et argumenté pour présenter l’image la plus brillante possible du territoire. Lyon qui fait face à une concurrence de plus en plus rude, fait de même. Au risque peut-être de gonfler les statistiques ? Les projections d’emplois à trois ans annoncées par l’Aderly ne font pas l’objet d’un debriefing rendu public. Et certaines entreprises figurant dans la liste des « implantées » n’en sont pas vraiment. En 2016, la biotech Maat Pharma figure dans la liste des entreprises implantées alors qu’elle est née à Lyon. Son fondateur, Hervé Affagard, rapporte que l’Aderly l’a aidé « vraiment au tout début de l’entreprise (besoins en bureaux et en recrutement notamment). Aujourd’hui, l’Agence continue de nous accompagner notamment dans le cadre du développement de la société (gestion de la mobilité...).»

*L'Aderly est l'agence économique chargée de l’attractivité de Lyon, qui « chasse » aussi des entreprises au profit du Nouveau Rhône, Vienne Agglo, les portes de l’Isère, la Plaine de l’Ain et Saint-Etienne.

En 2017, 103 entreprises se sont implantées sur le territoire de l’Aderly, contre 110 en 2016. — Photo : Louis Falcoz

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