Réseaux économiques

Interview Apia Est : "Être seul maître à bord d'une entreprise, c’est un facteur de risque"

Entretien avec Gérard Marchand, président d’Apia Est

Propos recueillis par Propos recueillis par Jean-François Michel - 02 novembre 2022

Rassemblant des administrateurs d’entreprises indépendants, l’association Apia vient d’ouvrir un bureau dans l’Est de la France, couvrant les régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté. Le réseau vise les 50 membres d’ici à 2050.

Gérard Marchand est le président d’Apia Est.
Gérard Marchand est le président d’Apia Est. — Photo : APIA

Quelle est la raison d’être de l’Apia, cette association qui regroupe des administrateurs indépendants ?

L’Apia est une association récente dans le quart Est de la France, soit le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté, mais qui existe depuis 2004 en France. Aujourd’hui, elle compte, à l’échelle nationale, environ 250 membres, qui exercent 300 mandats dans tous types d’entreprises, plutôt des PME et quelques ETI. La volonté des fondateurs, c’est de professionnaliser les administrateurs d’entreprises et notamment les dirigeants de PME et d’ETI qui vont tenir un rôle d’administrateur indépendant dans les entreprises qui vont faire appel à l’Apia. Souvent, ce sont des gens qui ont un parcours professionnel riche, mais l’enjeu est aussi d’enrichir et de professionnaliser leur démarche en termes de savoir-être. Parce que l’administrateur indépendant n’est pas dans la direction opérationnelle, il est là pour aider le dirigeant et son équipe à prendre du recul.

L’Apia existe depuis 2004, mais vient d’ouvrir un bureau pour couvrir l’Est de la France. Pourquoi maintenant ?

J’ai rejoint l’Apia en juin 2021. Je suis installé à Belfort, dans le Nord de la Franche-Comté et les personnes qui, comme moi, étaient installées dans l’Est de la France, étaient jusqu’alors membres d’Apia Île-de-France. J’ai pensé que, compte tenu de la taille des secteurs, de l’activité économique, de la diversité, il était possible d’ouvrir un bureau. J’ai eu le feu vert du président national de l’époque, et nous avons démarré en novembre 2021. Ensuite, le bureau régional a été officiellement constitué en septembre 2022. Nous sommes déjà une quinzaine de membres de l’Apia Est.

"Nous allons identifier les besoins du dirigeant, les besoins spécifiques à l’entreprise dans son environnement."

Y a-t-il de l’intérêt pour la démarche dans la région ?

Nous allons doubler les effectifs d’Apia dans le secteur, en Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est. Et je reçois des candidatures ou des contacts de personnes intéressées au moins une fois par semaine. Donc, il y a un réel intérêt des dirigeants de PME et d’ETI. Il y a une vraie dynamique, preuve qu’il y a un besoin sur le territoire. L’Est de la France est une région où il y a des entreprises de toutes tailles, de tous secteurs d’activité, des gens qui ont l’habitude d’exporter, de se confronter à la concurrence et qui sont ouverts à différents sujets. Il y a aussi des réseaux professionnels actifs : Family Business Network, qui est un partenaire national et local ; le Club ETI Grand Est ; l’EM Strasbourg, avec Patrice Charlier, qui souhaite être partenaire. J’ai pour ambition d’arriver à 25 membres à la fin de l’année 2023 et je vise 50 membres à l’horizon 2025.

Comment la mise en relation entre les administrateurs indépendants de l’Apia et les dirigeants qui font appel à vos services s’effectue-t-elle ?

Nous allons définir ensemble quel est le besoin du dirigeant, son attente, la particularité de son entreprise… Le sujet peut être la transmission et donc le besoin de trouver un repreneur. Nous allons aussi identifier les besoins spécifiques à l’entreprise dans son environnement, et sur la base d’un cahier des charges, construit avec le dirigeant, lancer un appel à candidature au sein des membres de l’Apia pour rechercher celui où celle qui répond le mieux aux attentes. Une autre de nos missions est d’intéresser les dirigeants de PME à l’intérêt de structurer une gouvernance, de faire en sorte que le dirigeant ne soit pas forcément l’homme à tout faire.

Quel est le modèle économique du réseau Apia ?

Les administrateurs indépendants sont rémunérés par l’entreprise, ils ont une rémunération d’administrateurs, ce qui était nommé auparavant "jetons de présence". Pour l’exercice de sélection d’un profil et de candidats, il y a une participation financière de l’entreprise.

"La boussole de l’administrateur indépendant, c’est l’intérêt de l’entreprise."

Qui peut rejoindre l’Apia pour devenir administrateur indépendant ?

Tous les membres devront être ou avoir été dirigeant d’une PME ou d’une ETI. C’est notre point différenciant : des gens qui occupent ou ont occupé des fonctions de direction opérationnelles, vont occuper des postes d’administrateur et passeront d’une mission exécutive à un rôle non exécutif, et feront ainsi bénéficier l’entreprise de leur expérience, feront partager les échecs ou les difficultés rencontrés au cours de leur carrière.

Quelle est la place de l’administrateur indépendant au sein de l’entreprise ?

L’administrateur indépendant a un regard bienveillant sur l’équipe dirigeante. Il peut aider le dirigeant, qui est dans l’opérationnel, à garder en tête son plan stratégique. Il est donc aussi là pour tenir le cap. Ce qui prône, c’est l’intérêt de l’entreprise. Sous ce prisme, il va examiner les sujets qui sont présentés par le dirigeant ou le comité de direction. Il peut aussi être un médiateur dans une situation où il y a un conflit ou un risque de conflits entre actionnaires ou autour d’intérêts qui divergent.

Pour un dirigeant, réfléchir à sa gouvernance, est-ce déjà mieux pour la performance ?

Réfléchir au projet, ça oblige le dirigeant, a minima, à structurer, à établir un plan stratégique, à savoir que faire, où aller, à quelle vitesse. Il devient aussi nécessaire de se préparer à présenter ce projet à un conseil d’administration ou à un comité stratégique, qui va poser des questions. Une fois que les enjeux sont posés, c’est forcément un facteur d’amélioration. L’autre intérêt, c’est que rencontrer un conseil d’administration à une certaine fréquence, oblige à tenir le cap. On peut être distrait par énormément de soucis quotidiens dans une entreprise, mais il faut garder le cap du plan de développement. Enfin : le dirigeant ne doit pas être seul. Parce qu’être seul maître à bord, c’est un facteur de risque, pour le dirigeant, pour l’entreprise et pour les collaborateurs. En travaillant en équipe, le dirigeant gagne du recul et de la sérénité dans la prise de décision. Là aussi, c’est un facteur de réussite et c’est même un facteur de motivation, parce qu’il devient possible de partager la réussite d’un projet.

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