Loire-Atlantique

Emploi

Interview Sygmatel : "Nous avons dû décorréler les hausses de salaires des résultats de l'entreprise"

Entretien avec Olivier de la Chevasnerie, président de Groupe Sygmatel

Propos recueillis par David Pouilloux - 08 juin 2022

Olivier de la Chevasnerie est à la tête de l’ETI Groupe Sygmatel, dont le siège est à La-Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique). Alors qu’il annonce 50 recrutements et que l’entreprise experte des métiers de l’électricité affiche une croissance de 18 % en 2021, le dirigeant ne cache pas les difficultés qu’il a à recruter. Mais il propose des solutions pour attirer les talents et les garder.

Olivier de la Chevasnerie, président de Sygmatel.
Olivier de la Chevasnerie, président de Sygmatel. — Photo : David Pouilloux

Quels sont les besoins de recrutements de Sygmatel ?

Le groupe Sygmatel est une PME familiale qui compte 400 salariés et réalise 40 millions d’euros de chiffres d’affaires. Notre croissance était de 18 % en 2021, et l’on table sur une croissance de 10 % en 2022. Nous avons deux métiers, les travaux en électricité dans le BTP, sur le neuf ou la rénovation, d’un côté, et, de l’autre, les services de dépannage électrique. Chacun représente 50 % de notre chiffre d’affaires. Nous sommes présents sur 12 sites en France, dans le Grand Ouest, le Centre et l’Île-de-France. Pour faire face à l’augmentation de notre activité, notre groupe prévoit 50 recrutements en 2022. La plupart des postes à pourvoir sont tous en CDI. Ils concernent des ouvriers et techniciens qualifiés (électriciens, techniciens courants faibles, plombiers) mais aussi des techniciens de bureau d’études, des chefs d’équipe, chefs de chantiers, des conducteurs de travaux et chargés d’affaires. Et bien sûr des alternants (apprentis, bac Pro, technicien et ingénieur) pour la rentrée de septembre 2022. Cette année, nous avons renoncé à certains contrats parce que nous manquons de ressources humaines, justement.

Vous avez été à la tête de Réseau Entreprendre Atlantique, et président de ce même réseau à l’échelle nationale. Vous connaissez bien l’écosystème économique régional et national. Que se passe-t-il ?

Nous ne sommes pas seuls dans cette situation. De nombreuses entreprises dans tous les secteurs connaissent ce souci. De nombreux salariés quittent les entreprises. Certains parlent même d’une période de "grande démission". Pour ma part, je parle plutôt d’une période de "grande réflexion". Le Covid y est pour beaucoup. Les salariés ne voient plus les choses de la même façon.

"Proposer un contrat de travail et un salaire intéressant ne suffit pas pour recruter quelqu’un"

Ils attachent beaucoup plus d’importance à leur qualité de vie, et semblent moins attachés à leur entreprise. Ils se sont interrogés sur leur utilité, leur existence, leur métier, l’intérêt de leur travail. On n’a pas vu les choses venir, et nous sommes face à un phénomène nouveau, un certain désamour de l’entreprise. Proposer un contrat de travail et un salaire intéressant ne suffit pas pour recruter quelqu’un. Il faut parfois en faire des tonnes pour donner à un candidat l’envie de dire oui.

Quelles solutions mettez-vous en place ?

Il faut évidemment travailler sur la marque employeur, l’image de l’entreprise, ses valeurs, ses engagements sur le plan social, sociétal et environnemental. Il faut également travailler sur le "on boarding", c’est-à-dire l’accueil des nouveaux salariés. C’est un moment clé dans le parcours au sein de l’entreprise, les premières heures, les premiers jours, les premiers mois. Beaucoup de démissions tombent avant un an dans l’entreprise, souvent parce que l’intégration n’a pas été bien faite. Par ailleurs, notre philosophie de recrutement a changé. Nous recrutons aujourd’hui davantage sur le savoir-être, l’envie de travailler et le courage. Le savoir-faire s’acquiert chez nous, au sein de la Sygmatel académie. Nous proposons des formations, et cela tout au long de la carrière de nos employés. Lorsqu’un salarié intègre l’entreprise, il peut devenir actionnaire de la société, comme 40 % de nos salariés (qui détiennent 30 % du capital de l’entreprise). Mais le grand défi, c’est de muscler nos ressources humaines. Il faut donner envie de venir, et surtout donner envie de rester.

Dans le contexte actuel, avec l’inflation, la hausse des prix des carburants, comment avez-vous réagi ?

Lorsque l’on est manager, on doit tenir compte des éléments extérieurs à l’entreprise. Dans le contexte d’inflation, en plus des augmentations individuelles de 3 %, nous avons mis en place des mesures d’augmentation générale de 3 %, via les chèques vacances, les titres-restaurant, la mutuelle d’entreprise. Pour la première fois, nous avons dû décorréler les hausses de salaires des résultats de l’entreprise. Il fallait aider nos salariés, et prendre sur nos marges. Enfin, pour le carburant, nous proposons un dédommagement à nos 70 salariés qui n’ont pas de véhicule professionnel, tant que le coût est au-dessus d’1 euro 60. Pour l’entreprise, c’est un double effort. Nous avons 300 véhicules. La hausse des carburants nous coûte 50 000 euros de plus par mois. Cela rogne aussi nos marges.

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