Olivier de la Chevasnerie vient de transmettre à ses salariés l’entreprise qu’il avait cofondée en 2004. Le groupe nantais Sygmatel est devenu, au fil des années, l’un des principaux acteurs régionaux indépendants du Grand Ouest dans les métiers de l’électricité générale, de l’audiovisuel, de la sûreté et des services associés. Également présent en région parisienne, le groupe emploie 380 salariés sur une quinzaine d’agences pour un chiffre d’affaires de près de 44 millions d’euros.
Entrée d’un fonds pour limiter l’endettement
Désormais, l’entreprise est détenue à 55 % par les salariés : 37 % par le directeur général Éric Martin qui devient président et actionnaire de référence, et 18 % par les salariés. Olivier de la Chevasnerie conserve, pour sa part, 23 % du capital et demeure membre du conseil de surveillance. Il accompagnera le nouveau président du groupe sur des missions spécifiques. À la faveur de cette opération, la société de capital investissement Sodero, spécialisée dans les transitions d’entreprises, entre au capital à hauteur de 22 %. "La prise de participation minoritaire de cet acteur régional de la transmission des entreprises dans l’Ouest permet d’avoir une opération moins tendue en termes d’endettement", commente Olivier de la Chevasnerie.
Une équipe, des compétences et de l’envie
"L’entreprise que je cède n’est pas une entreprise qui était dans la famille depuis des générations. Quand je l’ai créée, je n’ai pas eu envie de mettre la pression sur mes enfants pour qu’ils la reprennent. Je leur ai posé la question, mais aucun n’était intéressé. À partir de là, il y avait deux options : céder à un groupe industriel ou aux salariés. J’ai trouvé que ce dernier choix avait plus de sens et j’ai eu envie de le faire maintenant, même si je n’ai que 59 ans, car j’ai une équipe qui a les compétences et l’envie de poursuivre l’aventure. Ce qui est plus difficile à trouver que l’argent", raconte Olivier de la Chevasnerie. Le dirigeant a également été suivi dans cette opération par ses partenaires bancaires : deux banques régionales avec BPGO et le CIC, et une banque nationale avec la Société Générale. S’ouvre ainsi un nouveau cycle de cinq à sept ans, au terme duquel le fonds et Olivier de la Chevasnerie devraient sortir du tour de table.
Crowdfunding
"Même si je me suis décidé rapidement, le processus de cession s’est quand même déroulé sur 15 ans en plusieurs étapes", sourit le dirigeant. En effet, dès 2017, Sygmatel a ouvert son capital à ses salariés à travers une opération de financement participatif sur la plateforme Proximea, une première en France. Cette campagne d’actionnariat a permis à 85 salariés sur les 220 concernés d’acheter des actions. "Je souhaite que Sygmatel reste une entreprise familiale avec un actionnariat salarié", déclarait le dirigeant à l’époque.
Ouverture du capital au CSE
Autre innovation en 2023, avec l’ouverture du capital de Sygmatel au Comité social et économique (CSE) de l’entreprise. Cette opération menée dans le cadre de l’ouverture du capital aux salariés, réalisée tous les trois ans, a porté la participation des cadres et salariés à 30 % du capital. Le dirigeant conservant le solde. "Cette opération était très symbolique. Le but était de témoigner de la confiance de l’entreprise dans ses salariés. De fait, depuis 2017, nos collaborateurs savent tous de quoi il s’agit quand on parle ouverture du capital. Ils s’intéressent chaque année à la valeur de l’action. Les précédentes opérations les ont acculturés à ce type d’opération", rapporte Olivier de la Chevasnerie. Seuls les salariés opérationnels peuvent être actionnaires. Tous les ans ou deux ans, l’ouverture du FCPE permet de faire sortir les anciens et entrer les nouveaux.
Bonne santé de l’entreprise
Avec une croissance de 10 % de son chiffre d’affaires et de ses effectifs en 2023, Sygmatel était en très bonne santé au moment de sa transmission, un élément clé pour son dirigeant. "Il faut être solide sur ses appuis, sinon on rate le coup d’après me disait mon professeur de tennis. C’est le principe que j’ai appliqué à la transmission de Sygmatel. Je suis tout à fait rassuré au niveau du montage de l’opération, car l’entreprise est bien capitalisée, au niveau des salariés qui sont très impliqués et de l’avenir qui se présente bien", confie Olivier de la Chevasnerie. Réalisant 50 % de son chiffre d’affaires dans les services et la maintenance, Sygmatel est épargné par le marasme de la construction. Par ailleurs, le groupe continue de grossir au rythme d’une croissance externe par an, pour se développer sur une activité proche qu’il ne maîtrise pas ou mailler le territoire. "Nous sommes le plus gros groupe privé de l’ouest dans notre domaine. Avec l’appui de notre investisseur, nous sommes désormais en mesure d’aller chercher des projets plus importants et plus éloignés de notre siège", indique le dirigeant qui devrait prochainement annoncer la deuxième plus grosse croissance externe de l’histoire de l’entreprise.