Pays de la Loire

Ressources humaines

Enquête Mobilisation générale pour l'emploi des migrants dans les Pays de la Loire

Par Caroline Scribe, le 14 novembre 2019

Dans une région qui peut se targuer d'avoir le plus faible taux de chômage en France, embaucher des migrants peut être une solution pour répondre aux tensions sur le marché de l’emploi. Mais pas seulement. De plus en plus d’entreprises mettent en avant une démarche citoyenne. Retours d’expérience.

Asador Al Shamani était menuisier en Irak. Il exerce désormais son métier à Machecoul au sein de l’usine bois du groupe Cetih.
Asador Al Shamani était menuisier en Irak. Il exerce désormais son métier à Machecoul au sein de l’usine bois du groupe Cetih. — Photo : Groupe Cetih

Asador Al Shamani était menuisier en Irak. Depuis février 2017, il exerce son métier à Machecoul (Loire-Atlantique), au sein de l’usine bois du groupe Cetih, fabricant de portes et fenêtres (1 300 salariés, 215 M€ de CA). « J’ai été heurté par les images des migrants à la rue, expose François Guérin, directeur général de l'entreprise. J’étais, à l’époque, président de Dirigeants responsables de l’Ouest (DRO) et j’ai interpellé les membres de l’association en disant que si chaque entreprise embauchait 1, 2 ou 3 migrants, nous pourrions contribuer à désamorcer la bombe sociale que représente cette misère. C’est également en ces termes que j’ai présenté ma décision en CSE (Comité social et économique) de l’entreprise. Quand l’occasion s’est présentée, nous avons embauché Asador, puis son neveu, et nous devrions accueillir prochainement un migrant albanais sur notre site de Saint-Macaire-en-Mauges, en Maine-et-Loire. »

À l’image de l’ETI de Machecoul, de plus en plus d’entreprises de Loire-Atlantique et de Vendée s’essaient à recruter des migrants. Les initiatives sont dispersées, difficiles à recenser, et elles n’aboutissent pas toutes. Mais la tendance semble bien là. L’AMI (Accompagnement Migrants Intégration), par exemple, dit avoir signé plus de 700 contrats de travail en 2018, soit 50 % de plus qu’en 2017. Le dispositif régional Hope, permettant de recruter des migrants sur des métiers en tension, annonce avoir formé 63 migrants en 2018 et se poursuit en 2019.

Répondre à la pénurie de main-d’œuvre

Sur un bassin d’emploi où le taux de chômage est l’un des plus faibles de France, le recrutement de migrants permet d’abord de pallier la pénurie de main-d’œuvre. ACSM (60 salariés), qui propose des solutions de stockage et de manutention aux Herbiers (Vendée), a ainsi embauché trois réfugiés (2 en CDD, 1 en CDI) comme soudeurs via le programme Hope. « S’ils n’avaient pas été là, on n’aurait trouvé personne pour ces postes, alors qu’on a de grosses difficultés pour honorer les demandes de nos clients », déclare Jean-Claude Le Bourdonnec, son dirigeant.

• Des besoins en agriculture

La chambre d’agriculture des Pays de la Loire y a également vu une chance pour les métiers du maraîchage, de l’élevage ou encore de la viticulture, qui peinent à trouver des bras. « Les migrants représentent une opportunité de recrutement. Toutefois, nos métiers demandent des compétences avant d’accéder à l’emploi. De plus, nous ne voulons pas cantonner les migrants dans les tâches les moins qualifiées, mais les faire monter en compétences, dans une perspective de réelle intégration », explique Matthieu Cousin-Adabra, chargé de mission Orientation en agriculture. C’est pourquoi, la chambre d’agriculture a mis en place des parcours comprenant une formation linguistique, notamment aux termes techniques agricoles, des visites d’exploitations, des modules métiers, comme l’apprentissage de la conduite de tracteur, et des stages.

« Voir des personnes qui se battent pour obtenir un emploi et s’investissent dans leur travail, c’est positif pour les équipes et l’entreprise. »

Touhami et Mohammad, originaires du Soudan, vivent en France depuis un an et demi. Début décembre, ils commenceront une formation pour devenir agent d'entretien du bâtiment.
Touhami et Mohammad, originaires du Soudan, vivent en France depuis un an et demi. Début décembre, ils commenceront une formation pour devenir agent d'entretien du bâtiment. - Photo : Jéromine Doux - Le Journal des Entreprises

Ce dispositif a permis à un premier groupe de 8 migrants d’intégrer des exploitations maraîchères via un contrat de professionnalisation. Et d’autres groupes ont démarré. La société de maraîchage Vendéa (105 salariés, 10 M€ de CA), qui avait besoin de main-d’œuvre pour mener à bien de nouveaux projets, a, pour sa part, embauché, par l’intermédiaire d’AMI, 5 migrants nigérians, syriens ou éthiopiens sur son site de La Garnache (Vendée). « Je ne voulais pas recourir à de la main-d’œuvre détachée. J’ai préféré donner une chance à ces personnes qui se sont montrées travailleuses, ponctuelles et motivées. Dans cette relation, l’entreprise a autant à gagner qu’elles », souligne Loïc Letierce, le dirigeant.

Accueillir les personnes fragiles

Donner leur chance à des personnes éloignées de l’emploi, s’inscrire dans une démarche citoyenne en faveur de l’inclusion par le travail, ce sont là également des motivations fortes pour les entreprises qui font le choix d’intégrer des migrants.

« Accueillir des publics éloignés de l’emploi fait partie de l’ADN de l’entreprise. De la même façon que nous offrons du travail à des anciens détenus, nous accueillons des migrants. Voir des personnes qui se battent pour obtenir un emploi et s’investissent dans leur travail, c’est positif pour les équipes et l’entreprise. Accepter leur fragilité est également important. Cela réhumanise l’entreprise et donne du sens au travail », témoigne Olivier Riom, dirigeant de la société Vivolum (60 salariés, 6,5 M€ de CA), spécialisée dans l’aménagement d’espaces professionnels.

• Une formation pour les jeunes

Nasire, 26 ans, est afghan. Il est arrivé en France il y a un an et va suivre le programme "Hope".
Nasire, 26 ans, est afghan. Il est arrivé en France il y a un an et va suivre le programme "Hope". - Photo : Jéromine Doux - Le Journal des Entreprises

Même démarche pour le groupe de travaux publics, matériaux et génie civil Charier (1 400 salariés, 254 M€ de CA) : en association avec d’autres acteurs (Face 44, les Apprentis d’Auteuil, les Compagnons du Tour de France…), il a lancé un dispositif de formation à ses métiers, à l’attention des jeunes et notamment des migrants. La première promotion de ce programme, baptisé Agile, a permis à 6 migrants, sur les 8 engagés, de décrocher leur diplôme de Compagnons du Tour de France.

Cette réussite a incité le groupe à lancer une seconde promotion, qui inclut 9 jeunes Soudanais et un de Guinée Conakry. « Nous sommes confrontés à des difficultés de recrutement sur nos métiers. Mais cette action participe aussi de la volonté d’une entreprise familiale d’être actrice sur son territoire, de porter des valeurs RSE fortes et de tendre la main aux jeunes en difficulté, migrants ou pas », insiste Michel Mérien, DRH du groupe.

Des obstacles à ne pas négliger

Si la grande majorité des dirigeants qui emploient des migrants souligne le côté positif de l’expérience, accueillir ces populations suppose de trouver des solutions à une multitude de problèmes : logement, transport, démarches administratives…

De nombreux acteurs économiques locaux sont, certes, mobilisés pour accompagner les entreprises. Mais le frein le plus important reste celui de la langue. « C’est un énorme problème. Au début, tout se passait avec Google Traduction et on communiquait via un portable. Cela nécessite beaucoup de patience de la part de l’équipe et de la vigilance du côté des managers », témoigne Caroline Barbin-Siraudin, responsable de la communication chez Cetih. Il faut également accepter que les migrants, au même titre que les autres salariés, quittent parfois l’entreprise qui avait investi sur eux.

Asador Al Shamani était menuisier en Irak. Il exerce désormais son métier à Machecoul au sein de l’usine bois du groupe Cetih.
Asador Al Shamani était menuisier en Irak. Il exerce désormais son métier à Machecoul au sein de l’usine bois du groupe Cetih. — Photo : Groupe Cetih

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