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Agroalimentaire

Min de Nantes : Dans les coulisses du grand déménagement

Par Amandine Dubiez, le 07 avril 2017

Raillé il y a encore deux ans, le futur Min, deux fois plus grand que l'actuel, est plébiscité par toutes les entreprises, qui ont finalement toutes accepté de suivre le transfert du Min à la Porte de Rezé. La plupart en profitent même pour s'agrandir...

Les site du futur MIN de Nantes avant que le chantier ne démarre, en janvier 2017.
Les site du futur MIN de Nantes avant que le chantier ne démarre, en janvier 2017. — Photo : Jean-Michel Decazes

C'est un projet grandiose, colossal, sur lequel on pourrait utiliser bien des superlatifs. Le futur marché d'intérêt national de Nantes, qui verra le jour à la Porte de Rezé d'ici un an et demi, en face du Leclerc Oceane, sera le deuxième plus grand Min de France après Rungis. Le plus moderne aussi. « On pourrait y coucher la Tour Eiffel ou faire entrer le Queen Mary II », s'enthousiasme Laurent Jacquet, chef du projet pour Nantes Métropole. Sur place, les tractopelles commencent à s'agiter. 150.000 m3 de terrassements ont été préparés. Les travaux pour accueillir les eaux de pluie, qui seront stockées en sous sol dans l'équivalent de deux piscines olympiques, ont commencé. Le toit lui, sera équipé de 32.000 m² de panneaux photovoltaïques, soit la plus grande installation solaire en toiture du grand ouest. Le Min aura aussi son propre centre de tri de déchet.

"Des réunions très violentes" 

Si les commerçants, les grossistes, les opérateurs mais aussi les élus applaudissent en choeur aujourd'hui ce gigantesque projet dessiné par l'architecte Erik Guidice, le futur Min n'a pas toujours suscité l'enthousiasme. Ce déménagement qui nécessite 148 millions d'euros d'investissements de la part de Nantes Métropole, aidé de 9,5 millions d'euros de l'État, a demandé des heures de négociations et de réunions. « Il y en a quelques-unes qui ont été très violentes », se rappelle Laurent Jacquet. Quand il a pris le dossier du transfert du MIN en charge en 2014, les tensions étaient au plus haut. « Aucun opérateur ne croyait que le projet allait se faire, certains nous regardaient de haut, ils nous provoquaient un peu : « cela sera comme Notre-Dame-des-Landes, ça ne se fera jamais », raconte le chef de projet. « Il y avait beaucoup de défiance, on était inquiet », concède l'un des opérateurs. En déménageant à 20 minutes du centre-ville, certains avaient peur de perdre leurs clients. Et tous râlaient aussi pas principe sur ce déménagement qu'ils n'avaient pas décidé, imposé par Nantes Métropole.

Dix nouveaux opérateurs

Las, après 600 réunions, toutes les entreprises ont finalement décidé de suivre le mouvement vers la porte de Rezé. Seul un opérateur a préféré s'installer dans le nord de l'agglomération parce que c'était plus cohérent avec sa stratégie. Il a même fallu agrandir la surface disponible pour accueillir toutes les entreprises. « On était parti sur 48.000 m² et finalement on a étendu à 65.000 m² », raconte Laurent Jacquet. En incluant le pôle agro, le futur Min sera deux fois plus grand en surface que l'actuel. Beaucoup d'opérateurs ont finalement vu dans ce déménagement une opportunité stratégique. C'est ainsi que Benoit Van Ossel a regroupé ses entreprises sous une même enseigne. Il occupait 3.500 m² sur le Min actuel, il occupera 5.500 m², soit la moitié du pôle Bio, sur le futur site. Signe de la bonne santé du bio, tous les opérateurs bio profitent de ce déménagement pour s'agrandir. Le projet a aussi convaincu une dizaine d'opérateurs extérieurs de profiter du voisinage. C'est le cas de Richardeau et d'Atlagel. Locataire à Bouguenais, Richardeau est installé sur le Min depuis octobre dernier. « On se sentait à l'étroit à Bouguenais, on a saisi l'opportunité de s'installer sur le pôle agro. Le terrain que j'ai acheté est moins cher que le prix du marché, détaille-t-il. Avec ce rapprochement, le spécialiste de la chaîne du froid a pu signer quelques contrats et convaincre ses futurs voisins de faire appel à lui. « En cas de dépannage, nous serons juste à côté », analyse celui qui réalise 5 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Les contrats signés fin avril

Comme lui, 14 entreprises ont décidé d'accéder à la propriété. C'est le cas de Mechinaud, Fruidor et Miti qui en profite pour doubler sa capacité de production de crevettes et produits de la mer préparés. À l'heure où nous bouclons ces lignes, trois opérateurs n'ont pas encore signé leur contrat de transfert lié aux indemnisations. Tout devrait être bouclé d'ici la fin du mois d'avril. C'est le cabinet d'avocat EY qui est en charge des négociations. Il dispose en tout d'une enveloppe de 15 millions d'euros délivrées par Nantes Métropole à ne pas dépasser. « Certains négocient au centime près », raconte Reynald Briec, avocat d'EY qui conseille Nantes Métropole. Un avocat travaille avec lui à plein-temps sur le dossier depuis un an. L'enjeu de ces discussions : l'indemnisation accordée pour le déménagement. « Il y a autant de problèmes et de questions qu'il y a d'opérateurs », rapporte Reynald Briec. Pour l'heure, il reste quelques places disponibles, 200m² ici et là, et quelques places sur le pôle agro pour des TPE/PME. Le déménagement du Min qui réalise le plus gros chiffre d'affaires de France après Rungis (470 millions d'euros) devrait se faire en octobre 2018. Ou au plus tard en janvier 2019.
 

Les site du futur MIN de Nantes avant que le chantier ne démarre, en janvier 2017.
Les site du futur MIN de Nantes avant que le chantier ne démarre, en janvier 2017. — Photo : Jean-Michel Decazes

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