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Industrie

Coronavirus : Les industriels nantais s’engagent à se relancer sur des projets écologiques et responsables

Par Amandine Dubiez, le 04 juin 2020

Durement touchées par les conséquences de la crise sanitaire, les entreprises industrielles du pôle de compétitivité nantais EMC2 ont décidé de réagir en s’engageant, via un manifeste, pour une industrie "écologique et responsable". Airbus, Manitou, Chantiers de l’Atlantique, Daher, Europe Technologies, Cougnaud Construction et une trentaine d'autres industriels s’engagent également à relocaliser des technologies et à travailler ensemble pour trouver des diversifications. 

Avion de ligne A350 d'Airbus
Un plan de relance sur l'avion "vert" et connecté est un des axes forts du manifeste des industriels membres du pôle nantais de compétitivité EMC2 publié début juin. — Photo : Laurent ERRERA - Wikimedia

Airbus, Daher, Manitou, Europe Technologies, Cougnaud Construction, Mecachrome etc.. Pour beaucoup d’industriels de la région nantaise, la crise sanitaire et le confinement ont provoqué un véritable séisme pour leur activité jusqu’ici florissante. « Nous vivons la plus grande crise de l’aéronautique. Pour la plupart des entreprises, le plan de charge est revu à la baisse de 30 % par rapport à ce qu’il était avant la crise », explique François Paynot, directeur du site d’Airbus de Nantes et président du pôle de compétitivité nantais EMC2.

« Plusieurs études montrent que l’on ne reviendra pas au niveau d’avant la crise avant au moins trois ou quatre ans. La supply-chain sera de toute façon différente », complète Nicolas Orance, dirigeant du sous-traitant aéronautique Daher Aerospace. « Nous allons être confrontés à des problèmes majeurs dans les prochains mois, avec des productivités en chute libre. Il va falloir que l’on soit capable de se diversifier », poursuit Patrick Cheppe, PDG d’Europe Technologies, spécialisé dans l'ingénierie mécanique et industrielle.

Une prise de conscience écologique

Pour tenter de s’en sortir, ces dirigeants de groupes industriels, réunis au sein du pôle EMC2 ont réfléchi à des axes de rebond qu’ils développent dans un manifeste « pour une industrie éco-responsable ». « Il y a aujourd’hui deux typologies de dirigeant du futur : ceux qui vont travailler seuls et augmenter leurs prix. Ceux-là vont mourir. Et puis il y a l’autre famille de dirigeants qui auront une stratégie de rebond avec une prise de conscience écologique », explique Nicolas Orance, dirigeant de Daher Aerospace.

Il fait partie des 34 dirigeants d’entreprises qui ont déjà signé le manifeste. Parmi les autres signataires : Airbus, Manitou, Armor, Chantiers de l’Atlantique, Alfi Technologies, Monroc, Aplix, Capacités, Cetih, Engie, Cougnaud Construction mais aussi Mecachrome, Tronico, Multiplast, Naval Group, Saunier Duval, Idea, Europe Technologies et Omega Systèmes.

Accélérer sur l’hydrogène et le recyclage des déchets

Ces industriels s’engagent à accélérer sur les projets écologiques. « Des travaux seront menés sur les biomatériaux, sur la recyclabilité et la gestion des déchets, notamment des nouveaux matériaux comme le composite », expliquent-ils dans le manifeste. Tous s’engagent également à accélérer sur la maturation technico-économique de nouvelles solutions comme l’hydrogène ou les films photovoltaïques organiques développés par Armor.

« Ces mesures permettront l’émergence d’une réelle écologie industrielle portant sur la consommation énergétique, la réduction des nuisances (émissions polluantes d’effluents ou de bruit) et la circularité, qui sera suivie par des référents formés et positionnés au sein même des entreprises », explique le manifeste.

Un engagement sur la relocalisation

Autre axe fort sur lequel s’engagent les industriels : la relocalisation. Tout comme le réseau Néopolia qui réunit les PME sous-traitantes, le pôle EMC2, pôle européen des technologies de fabrication, veut s’engager à relocaliser des technologies clé qui pourraient être produites à l’étranger. « L’industrie régionale, en accord avec les Comités Stratégiques de Filières au niveau national, contribuera à limiter les risques de dépendance technologique et industrielle à laquelle notre économie européenne est confrontée », précise le manifeste.

« Nous travaillons sur un plan de relance pour aller vers un avion "vert" et connecté. On va donc travailler sur la production de biocarburant, l’avion électrique, l’électronique de puissance, toujours dans une logique de zéro émission. On compte aussi accélérer sur les technologies composites et accélérer sur l’automatisation qui rendre possible ces technologies », précise Nicolas Orance.

« Il va falloir oser, quitte à prendre des risques incroyables »

Vers une plus grande prise de risques

Dans le creux de la vague, les 400 membres du pôle EMC2, qui travaillent majoritairement pour les secteurs du transport (aéronautique, naval etc.) et de l’énergie tentent aussi de trouver des voies de diversification. « Chez Europe Technologies, nous commençons par exemple à travailler pour l’e-commerce avec la société LivingPackets. Je ne connaissais rien au e-commerce mais j’y vais. Il va falloir oser, quitte à prendre des risques incroyables », explique Patrick Cheppe, PDG d’Europe Technologies.

Les industriels signataires du manifeste s’engagent également à prendre davantage en compte l’humain en améliorant notamment « la prise en compte du handicap et de l’inclusion ». Autre axe fort : l’engagement pour une industrie collaborative et solidaire en « valorisant les croisements de compétences et les actions entre filières qui permettent de faire émerger de nouvelles opportunités de croissance et de développement ».

Reste à savoir comment ces industriels pourront financer tous ces travaux de R & D, d’autant que la crise devrait avoir un impact fort sur leurs capacités d’investissement. « Les entreprises cherchent d’abord à survivre. Il est encore trop tôt pour prévoir un chiffre d'affaires », indique François Paynot, directeur du site Airbus de Nantes.

Avion de ligne A350 d'Airbus
Un plan de relance sur l'avion "vert" et connecté est un des axes forts du manifeste des industriels membres du pôle nantais de compétitivité EMC2 publié début juin. — Photo : Laurent ERRERA - Wikimedia

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