Ille-et-Vilaine

Chimie

Kersia veut passer le seuil des 600 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025

Par Baptiste Coupin, le 17 juin 2022

Société experte en solutions d’hygiène très élaborées pour les élevages et les industries agroalimentaires, Kersia se développe à vive allure, sous l’impulsion du fonds IK Investment Partners. Le groupe dinardais, qui compte 12 000 clients dans le monde entier, s’attache à une mission première : éradiquer tout développement de bactéries dans les environnements de travail.

Kersia est l’un des principaux acteurs mondiaux de la biosécurité et de la sécurité des aliments. L’entreprise bretonne fabrique 285 000 tonnes de solutions biocides (détergents et désinfectants) chaque année.
Kersia est l’un des principaux acteurs mondiaux de la biosécurité et de la sécurité des aliments. L’entreprise bretonne fabrique 285 000 tonnes de solutions biocides (détergents et désinfectants) chaque année. — Photo : CC-BY-Hypred

Elle est organisée comme une machine de guerre, avec des spécialistes du microbe à demeure, pour prévenir et éradiquer tout risque pathogène (agents infectieux) dans les élevages et les sites de production alimentaires du monde entier. La société dinardaise Kersia (2 100 salariés, 12 000 clients actifs, 416 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021), l’un des principaux acteurs mondiaux de la biosécurité et de la sécurité des aliments, ne laisse pas indifférents les fonds d’investissement, bien décidés à faire grandir l’entreprise bretonne pour en maximiser tout le potentiel business.

Entre 2016 et 2020, alors sous contrôle du fonds français Ardian, la société bretillienne avait triplé de taille, agrégeant les entreprises les unes derrière les autres (six en tout) derrière Hypred, l’ancienne filiale du groupe de fertilisants malouin Roullier, point de départ de l’actuel groupe. Depuis la fin 2020, c’est le fonds scandinave IK Investissement Partners, leader européen du capital-investissement, qui est l’actionnaire majoritaire de Kersia (via un LBO). Avec la même intention de mettre sur orbite ce spécialiste de l’hygiène, déjà très affûté, lui qui dispose de 35 sites industriels et qui déploie son offre dans près de 120 pays dans le monde, sur les cinq continents. Le nouveau propriétaire a ainsi favorisé la réalisation de plusieurs croissances externes ces deux dernières années. En janvier 2022, Kersia a pris une participation majoritaire dans Kalinisan, fabricant de solutions de nettoyage et d’assainissement aux Philippines. L’entreprise bénéficie d’un portefeuille de clients de premier ordre dans les secteurs de la restauration, des boissons et de l’alimentation. Kersia veut en faire un élément clé de sa stratégie en Asie du Sud-Est. En octobre 2021, Kersia avait déjà préempté le savoir-faire de la société américaine Agrochem, spécialisée dans l’hygiène des exploitations laitières. Une acquisition qui lui a permis de renforcer sa présence sur le marché agricole américain avec une gamme de solutions d’hygiène multi-espèces. Parfois, les bonnes opportunités se présentent à sa porte. C’est ainsi qu’en mai 2021, le groupe a fait entrer dans son giron la PME costarmoricaine Bioarmor (43 salariés, 9 M€ de CA) basée à Plaintel dans les Côtes-d’Armor, spécialisée dans les produits naturels pour la nutrition, l’hygiène et l’environnement de l’élevage. Une occasion pour Kersia de consolider son portefeuille sur les compléments alimentaires (pour les élevages) et d’accélérer son développement à l’international. "Nous cherchons, derrière nos acquisitions, soit de la technologie, soit un complément de géographie, soit un complément de gammes, soit tout ça en même temps. C’est ce qui est arrivé avec Bioarmor", souligne Sébastien Bossard, président de Kersia. Le britannique Holchem, le néerlandais Connecterra et le belge Sopura complètent la liste des entreprises ayant rejoint le groupe breton sous l’ère d’IK Investissement Partners.

Un millier de formules propriétaires

Le millier de formules que détient Kersia dans la fabrication de solutions de désinfection ou de détergents industriels (pour une quinzaine de produits brevetés) vaudrait-il de l’or ? Il est en tout cas le socle d’une société en pleine croissance (sur un ratio de 70 millions d’euros annuel depuis cinq ans), qui souhaite se positionner comme un acteur mondial incontournable de la biosécurité pour les professionnels de l’agroalimentaire et de l’agriculture.

Sébastien Bossard, président de Kersia.
Sébastien Bossard, président de Kersia. - Photo : CC-BY-Hypred

"Notre focus, il est sur la sécurité des aliments, qui représente 95 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. On vient avec des produits très élaborés qui peuvent être appliqués pendant le process de travail ou à des moments non productifs", explique Sébastien Bossard. Le groupe breton dispose également d’une activité dédiée au secteur médical (5 % du chiffre d’affaires global). L’entreprise fournit notamment les hôpitaux en gel hydroalcoolique. Pour le patron de 47 ans, entré chez Hypred dès 2005, grandir était une nécessité. "Quand on est fournisseur de grands groupes alimentaires mondiaux, très vite on vous demande si vous pouvez fournir au Brésil, aux États-Unis, au Canada… Nos clients nous demandent d’être plus gros. Le deuxième point tient au marché sur lequel nous sommes présents : les produits de nettoyage et de désinfection. C’est un marché ultra-réglementé, avec des barrières à l’entrée qui sont très élevées. Si vous voulez que vos investissements soient rentables, il faut adresser davantage de clients, car les coûts d’innovation et de réglementation sont de plus en plus chers. On avait nécessité à grossir, sinon on se serait fait racheter…" Kersia n’a pas fait dans la demi-mesure. En 2016, quand Hypred a été cédé au fonds Ardian, l’entreprise faisait 100 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 400 collaborateurs. Kersia prévoit d'atteindre 420 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, avec 2 100 personnes. "Nous avons multiplié par plus de cinq la taille du groupe depuis 2016", sourit le dirigeant, par ailleurs président du syndicat FHER (qui regroupe une centaine d’adhérents, les industries françaises de produits d’entretien et des produits d’hygiène industrielle). Présente sur tous les segments de marché qui vont de l’élevage jusqu’à la transformation alimentaire, Kersia challenge aujourd’hui les mastodontes américains que constituent Ecolab et Diversey, deux sociétés historiques cotées à la Bourse de New York.

Gestion de crise

Dans 90 % de son temps, Kersia fait de la prévention de routine chez le client. Mais la gestion de crise fait aussi partie intégrante de son métier.

Une partie des équipes de Kersia. Le siège de la holding est situé à Dinard.
Une partie des équipes de Kersia. Le siège de la holding est situé à Dinard. - Photo : David Palomino Echeverria

Les événements sanitaires qui ont émergé chez de gros industriels de l’agroalimentaire ces derniers mois (Buitoni/Nestlé, Lactalis et Ferrero ont dû, tour à tour, retirer des produits du marché pour suspicion de contaminations, NDLR) ont montré l’impérieuse nécessité de mettre en place des solutions d’hygiène adaptées. "Ce sont des dossiers que je ne connais pas et que je ne commenterais pas, réagit Sébastien Bossard. Mon interprétation c’est que le monde du pathogène est un monde vivant, qui évolue en permanence. On se doit d’adapter notre protocole de nettoyage en permanence selon les sites. Notre métier, c’est de faire bouger le processus pour qu’on bouge en même temps que le vivant."

"L’efficacité de nos solutions biocides est préalablement évaluée. Quand on utilise un désinfectant, on en connaît l’efficacité, testée au travers de processus lourds et importants, complète Samuel Sardin, responsable du département comptes clés et support clients. Si un problème survient (dans une usine), c’est que le protocole a été déviant. Ça n’est jamais l’efficacité du produit qui est remise en cause". La formation du personnel sur la bonne utilisation de produits d’hygiène, et au bon dosage, apparaît comme une clé du problème.

Soutenir une agriculture responsable

Fabriquant 285 000 tonnes de produits chaque année, Kersia affiche une santé économique florissante. L’ambition est de faire entre 600 et 700 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en développant des équipes où l’entreprise est déjà présente et en ajoutant des produits innovants dans sa gamme de produits. Le groupe veille aussi à soutenir une agriculture durable et responsable, en mettant en avant la biosécurité et l’exigence. Grâce à l’Aquatabs, une pastille avec des molécules désinfectantes, Kersia permet notamment de purifier et de désinfecter l’eau, un enjeu majeur du XXIe siècle. Son produit est utilisé dans plus de 22 000 écoles en Afrique, protégeant plus de 5 millions d’enfants vulnérables.

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