Ille-et-Vilaine

Industrie

Doudou et Compagnie lance la production des mascottes des JO "made in France" à La Guerche-de-Bretagne

Par Carole André, le 06 décembre 2022

Les Phryges, déjà célèbres mascottes de Paris 2024, seront partiellement fabriquées en France. L’entreprise Doudou et Compagnie, leader du marché de la peluche, inaugurait fin novembre son site de production à La Guerche-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine. Cette unité devrait sortir autour de 500 000 peluches rouges d’ici le début des Jeux.

Les Phryges, mascottes de Paris 2024, sont confectionnés par les anciennes couturières de Maïlou Tradition à La Guerche-de-Bretagne.
Les Phryges, mascottes de Paris 2024, sont confectionnés par les anciennes couturières de Maïlou Tradition à La Guerche-de-Bretagne. — Photo : Carole André

La polémique avait démarré dès le dévoilement de la mascotte des Jeux. Si les petits bonnets phrygiens ont fait parlé à cause de leur design, ils ont aussi soulevé l’épineuse question de la production des jouets en France. Les deux entreprises qui ont décroché l’appel d’offres de Paris 2024 pour la fabrication de ces jouets estampillés "mascotte officielle", le francilien Doudou et Compagnie et le normand Gipsy Toys, fabriquent majoritairement en Chine. De toute façon, seules 1 % des peluches vendues en France sont fabriquées sur le territoire.

Une relocalisation en Bretagne

"Nous avons été séduits par cette entreprise qui a le goût de la compétition", affirmait fin novembre Tony Estanguet, président du comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 lors du lancement de la production des mascottes. Avec l’inauguration de son nouveau site à La Guerche-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine, le groupe Doudou et Compagnie (110 salariés, 22 millions d’euros de chiffre d’affaires) a fait valoir sa volonté de relocaliser durablement une partie de sa production en France. "Un challenge", d’après son président Alain Joly, dans un contexte économique tendu et pour une industrie qui a entièrement délocalisé sa production, là où les coûts de main-d’œuvre "sont 5 à 6 fois moins chers qu’ici". Cette volonté avait déjà été amorcée lors du rachat en 2019 de l’entreprise Maïlou Tradition, qui créait et cousait des nounours haut de gamme 100 % made in France à Châteaubourg, à une vingtaine de kilomètres de La Guerche. Les couturières de Maïlou sont donc réquisitionnées pour fabriquer les mascottes.
Il y a un an, elles ont commencé à cinq dans le nouvel atelier, avant de monter à une quinzaine de salariées. Elles devront accueillir et former une trentaine de nouvelles collègues pour anticiper l’augmentation de l’activité liée à la fabrication des mascottes. La nouvelle unité, comprenant 1 500 m2 dédiés à la production et 2 000 m2 de stockage installés dans une friche commerciale, bénéficie d’un investissement de 3,5 millions d’euros. Toute une partie logistique avec des quais d’embarquement va être développée pour faire face à l’augmentation de la production. Les peluches seront officiellement vendues à partir du 15 janvier 2023. Un réseau de couturières à domicile pourrait également être mis sur pied pour les périodes intenses.

Une nouvelle vie après les Jeux

Doudou et Compagnie avait remporté l’appel d’offres, notamment car il était spécifié qu’un quart des peluches produites seraient confectionnées en France. La polémique sur la relocalisation des savoir-faire a incité son président Alain Joly à pousser ce chiffre à 50 %. Cela signifie que l’unité de production devra sortir environ 1 000 à 1 500 mascottes par jour.

500 000 Phryges devraient sortir de l’atelier Doudou et Compagnie de La Guerche. Ici Alain Joly, le président de la PME, aux côtés de Tony Estanguet (Paris 2024).
500 000 Phryges devraient sortir de l’atelier Doudou et Compagnie de La Guerche. Ici Alain Joly, le président de la PME, aux côtés de Tony Estanguet (Paris 2024). - Photo : Carole André

"C’est à la fois une aubaine et un défi pour notre groupe", poursuit le président qui prévoit une croissance de 20 à 30 % pour son groupe en 2022 mais qui souhaite pérenniser son outil de production après les Jeux Olympiques. "C’est l’opportunité de créer une véritable usine pour des produits de qualité et d’impulser une vraie dynamique après la reprise de Maïlou Tradition dans un contexte difficile, explique le dirigeant. Il faudra ensuite trouver de nouveaux débouchés". Une équipe travaille d’ores et déjà à "l’après". Une première phase consistera à recycler ou upcycler les éventuels invendus, puis il faudra inventer un nouvel avenir pour la peluche française afin que les emplois puissent être maintenus. Avec 110 personnes basées principalement à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise), le groupe devrait passer à 150 salariés en 2023. La marque fabrique plus de 3 millions de doudous et peluches par an et en exporte 35 % pour un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros.

Un peu plus grande que la mascotte chinoise et avec un rembourrage à mémoire de forme, la mascotte France sera vendue au prix de 39,99 € contre une trentaine d’euros pour celle fabriquée en Asie. "Tout le monde a accepté de faire un effort sur le produit France, assure Alain Joly. Les distributeurs réduisent leur marge bénéficiaire pour offrir un produit à un tarif raisonnable". Elle sera distribuée dans 5 000 points de vente et en ligne "Cette réindustrialisation en France de tout un secteur n’a ni équivalent ni précédent, conclut Alain Joly. Nous espérons ouvrir la voie à d’autres entrepreneurs."

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