Ille-et-Vilaine

Textile

Racheté par Doudou et Compagnie, Maïlou Tradition devient le laboratoire des peluches made in France

Par Anna Quéré, le 27 octobre 2020

Racheté il y a un an, Maïlou Tradition, l’un des derniers fabricants de peluches en France, prend un nouvel essor. Pour Doudou et Compagnie, son repreneur, c’est une occasion unique de jouer la carte de la relocalisation. Tout en donnant à cette petite PME de Châteaubourg, en Ille-et-Vilaine, de nouveaux moyens pour se développer.

A Châteaubourg, en Ille-et-Vilaine, Maïlou Tradition veut réindustrialiser la peluche française.
"L'Ours français" se façonne dans les ateliers de Maïlou Tradition à Châteaubourg, en Ille-et-Vilaine. — Photo : © Anna Quéré

Il figure dans tous les catalogues de Noël. Avec sa cravate chic bleu-blanc-rouge, ce nounours affiche crânement son étiquette « made in France ». Cette pièce unique, cousue et façonnée à la main, est aujourd’hui fabriquée à Châteaubourg, en Ille-et-Vilaine, par les 15 ouvrières des ateliers Maïlou Tradition. Cette petite PME, parmi les derniers fabricants de peluches en France, a été rachetée il y a un an par Doudou et Compagnie, le leader du doudou en France, basé dans le Val-d’Oise. A travers cette acquisition, le géant de la peluche joue la carte de la relocalisation. « Ça avait été un crève-cœur pour moi de délocaliser mes usines en Asie dans les annes 1990, raconte Alain Joly, le président de Doudou et Compagnie. Il faut accompagner la demande émergente pour le "made in France" et proposer des pièces d’excellence. Notre objectif, c’est faire perdurer le savoir-faire français. » Choix des matières, sécurité, finition de haute qualité : « L’Ours français » possède un beau pedigree, son certificat de qualité affichant même sa date de conception et les prénoms des couturières qui l’ont façonné.

De fortes ambitions pour Maïlou

Bien que restreint, le marché du doudou fabriqué en France s’avère prometteur. Et le repreneur de Maïlou Tradition est serein. Avec 3 millions de doudous vendus par an, une croissance continue et 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, Doudou et Compagnie domine le marché français et exporte dans 50 pays, en Europe et en Asie.

Alain Joly, président du fabricant de peluches Doudou et Compagnie.
Alain Joly, président du fabricant de peluches Doudou et Compagnie. - Photo : © Neway Partners

« L’outil Maïlou entre dans un modèle économique qui se porte bien, assure Alain Joly. Maïlou pèse très peu pour le moment, mais demain cet atelier représentera entre 15 % et 20 % de l'activité de Doudou et Compagnie. »

De 300 à 500 pièces par jour

La petite PME revient de loin. Créée en 1975 à Châtillon-en-Vendelais (Ille-et-Vilaine), la société Nounours avait été fermée en 2008. L’activité avait été ensuite relancée par Annick Brault et Réjane Riant en 2011. L’entreprise, qui fournit plusieurs marques de luxe ou la Marine nationale, avait même été labellisée Entreprise du patrimoine vivant en 2017. En vain. « Le modèle économique que nous avions auparavant n’était plus viable. Il fallait changer, nous n’avions pas le choix », raconte Réjane Riant, directrice actuelle du site Maïlou Tradition de Châteaubourg.

A travers ce projet, le repreneur entend bien faire passer cet atelier de fabrication à un stade quasi-industriel. « On aurait pu en rester là, faire un simple investissement marketing. Mais nous sommes avant tout des industriels, donc nous voulons produire » martèle Alain Joly. Depuis le rachat, l’effectif est déjà passé de 11 à 15 salariés. « Nous allons bientôt recruter un chef d’atelier », ajoute Réjane Riant. Le rythme va également s’intensifier : aujourd’hui, les salariés fabriquent 150 pièces par jour. L’objectif est de passer à 300 pièces par jour au printemps 2021 et à 500 pièces par jour à terme. Le nombre de salariés va aussi aller crescendo. « D’ici 2022, on pense atteindre entre 20 et 25 collaborateurs », ajoute Réjane Riant. Doudou et Compagnie n’exclut pas non plus de chercher un nouveau site pour agrandir Maïlou Tradition à Châteaubourg.

Un modèle hybride

Pour pérenniser l’activité, Doudou et Compagnie a décidé de miser sur un modèle hybride : « Afin de proposer des prix attractifs, il faut imaginer un nouveau concept. Nous envisageons de conserver la fabrication des pièces détachées en Asie, où se trouve la matière première, de les acheminer par le train via la nouvelle route de la soie, puis de fabriquer le nounours à Châteaubourg », explique Alain Joly. Doudou et Compagnie souhaite également jouer la carte de la mutualisation. Le bureau de R & D mais aussi le stockage, la logistique et le marketing seront basés au siège de l’entreprise, en région parisienne. « Le conditionnement et la fabrication se feront en Bretagne. Il faut que l’on potentialise l’outil au maximum », insiste le dirigeant. D’ailleurs, « L’Ours français » est peut-être appelé à un grand destin : Doudou et Compagnie s’apprête en effet à répondre à l’appel d’offres lancé pour les Jeux Olympiques 2024. « On met en avant notre politique RSE, la proximité, notre empreinte carbone. C’est adapté avec ce que nous entreprenons avec Maïlou. En termes d’emplois ça aurait des implications assez énormes ! » s’enthousiasme Alain Joly. La future mascotte des JO se fabriquera peut-être en Ille-et-Vilaine.

A Châteaubourg, en Ille-et-Vilaine, Maïlou Tradition veut réindustrialiser la peluche française.
"L'Ours français" se façonne dans les ateliers de Maïlou Tradition à Châteaubourg, en Ille-et-Vilaine. — Photo : © Anna Quéré

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