Caen

Biens de consommation

Interview Gipsy Toys : "Le marché de la mascotte des JO de Paris est une vraie bouffée d’oxygène pour nous"

Entretien avec Sandra Callahan, vice-présidente de Gipsy Toys

Propos recueillis par Isabelle Evrard - 21 novembre 2022

L’entreprise Gipsy Toys, installée à Ifs, près de Caen, s’est vue attribuer le marché de la conception et fabrication des peluches et mascottes des prochains Jeux Olympiques de Paris 2024, avec l’entreprise bretonne Doudou et Compagnie. Deux millions de pièces ont été commandées par Paris 2024, pour lesquelles l’entreprise normande assurera 60 % de la production.

Stephen et Sandra Callahan ont travaillé sur la conception des Phryges pendant seize mois.
Stephen et Sandra Callahan ont travaillé sur la conception des Phryges pendant seize mois. — Photo : Gipsy Toys

Comment s’est déroulée la candidature de Gipsy Toys pour l’attribution du marché des peluches mascottes des Jeux Olympiques 2024 ?

Les JO ont une connotation spéciale pour mon mari Stephen (codirigeant de Gipsy Toys, NDLR) et moi car nous nous sommes rencontrés aux JO de Barcelone en 1992. Notre rêve le plus fou était de faire un jour la mascotte… Mais c’est un long chemin à parcourir avant d’y arriver. Nous avons d’abord répondu à un appel à manifestation d’intérêt (AMI) au premier trimestre 2021. Le cahier des charges était très précis : nous avons dû présenter un business plan très détaillé, mais sans savoir à quoi ressemblait la mascotte. Nous avons dû travailler à l’aveugle, faire des projections de prix au consommateur, imaginer les assortiments idéaux en fonction de chaque type de magasin : c’était un véritable défi.

À quels défis avez-vous dû répondre ?

Il a fallu imaginer une peluche la plus écoresponsable possible. L’objectif imposé par Paris 2024 était de produire une peluche a minima 20 % écoresponsable mais, dès le départ, nous avons voulu aller plus loin et avoir une mascotte en peluche 100 % éco-conçue : la matière peluche, le rembourrage, les fils de couture et de broderie et les rubans sont tous issus de bouteilles post-consommation 100 % recyclées. Nous n’utilisons donc pas de matières qui viennent d’énergies fossiles vierges. C’est une première pour les mascottes des JO. Il a fallu aussi montrer que nous étions capables de gérer la logistique, la distribution et de mener une production à grande échelle, d’au moins deux millions de peluches.

Comment avez-vous travaillé la charte graphique ?

Nous avons travaillé dans le plus grand secret, pendant seize mois, sur la charte graphique imposée par Paris 2024, sur le thème du bonnet phrygien. L’objectif était de donner du volume à la peluche pour qu’elle soit bien douce et de trouver des astuces au niveau des coutures pour le dos et le bonnet. Nous avons aussi voulu donner du volume aux yeux avec deux dégradés de bleu pour l’iris et la pupille. Nous avons réalisé de nombreux prototypes avant d’arriver au résultat final pour chacune des tailles de la peluche. Les mascottes, en forme de bonnet phrygien, baptisées "Phryges", sont déclinées en porte-clés de 10 cm, ainsi qu’en peluche de 15 et 24 cm. Nous travaillons aussi sur d’autres développements pour des tailles allant de 30 à 80 cm, ainsi qu’un sac à dos.

Comment la commercialisation va-t-elle se dérouler ?

Nous avons lancé la première vague de production de 450 000 pièces. 35 000 pièces sont d’ores et déjà disponibles dans 400 magasins Carrefour, avec lequel nous avons un accord d’exclusivité, et dans les boutiques officielles Paris 2024, ainsi que sur le site e-commerce des JO et sur le site de Gipsy Toys. La distribution s’étendra à partir du 1er juin 2023 dans les autres enseignes de la grande distribution. Depuis le lancement de la commercialisation, nous sommes dévalisés, que ce soit pour la mascotte olympique ou paralympique.

Où les peluches seront-elles fabriquées ?

Elles seront fabriquées dans quatre entités de production, au sein de nos usines partenaires sous-traitantes en Asie : une en Chine et trois au Vietnam. Ce sont des partenaires de longue date avec lesquels nous travaillons depuis plus de 15 ans. Elles ont l’habitude de travailler avec des produits sous licence et sont en capacité de traiter de gros volumes.

Une production en France n’était-elle pas envisageable ?

Il n’y a plus d’usine de production de peluches en France et ce n’est pas avec les JO que l’on s’aperçoit que la France est complètement désindustrialisée depuis plus de vingt ans au niveau du jouet. Ce savoir-faire, pour les peluches haut de gamme, ne se trouve plus guère qu’en Asie. Lors de sa création il y a quarante ans, Gipsy fabriquait en France, mais le rembourrage venait déjà de Corée. En 1989, lorsque la société était au bord du dépôt de bilan, ma famille a repris le savoir-faire de la société. Mais pour survivre et garder un maximum d’emplois, il a fallu faire des choix stratégiques et donc délocaliser la partie façon. Si nous devions fabriquer en France, les coûts de production seraient beaucoup plus chers, et donc les peluches plus onéreuses pour le consommateur… La France n’est malheureusement pas réputée pour être la moins chère en termes de main-d’œuvre. Mais soyons fiers que ce soient deux sociétés françaises qui aient remporté ce marché ! Et n’oublions pas que toutes les autres parties du marché, la création, le marketing, les emballages restent réalisés en France.

Qu’est-ce ce marché va apporter à l’entreprise ?

C’est une vraie bouffée d’oxygène pour l’entreprise, surtout après deux années difficiles de Covid pendant lesquelles les ventes de peluches avaient dramatiquement baissé. Nous avions perdu pendant cette période près de 30 % de notre chiffre d’affaires. Cette annonce a remotivé toute l’équipe (l’entreprise emploie une vingtaine de salariés sur le site d’Ifs, NDLR). Nous savons qu’il y aura beaucoup de travail à venir mais nous sommes prêts. Avec ce marché, nous espérons doubler notre chiffre d’affaires. Actuellement, nous enregistrons entre huit à dix millions d’euros par an.

Quelles seront les prochaines étapes de votre travail ?

Il va falloir adapter notre site de 8 000 m2 et faire appel à des intérimaires pour nous aider à gérer le stock olympique qui va monter en puissance d’ici les JO. La production est estimée pour l’heure à deux millions de pièces tous formats confondus ! Nous sommes en discussion pour délocaliser une partie de notre stock "dormant" et "hors saison" chez des confrères spécialistes du stockage et de la logistique pour faire de la place pour nos Phryges. Nous travaillons également sur de nouvelles adaptations des Phryges. Le travail commence : le compte à rebours est lancé jusqu’aux JO !

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