France

Politique économique

Sarah El Haïry lance un appel aux entreprises sur la biodiversité

Par David Pouilloux, le 29 novembre 2023

Dans la foulée de la présentation par la Première ministre Élisabeth Borne de la stratégie nationale biodiversité, le 27 novembre, la secrétaire d’État à la biodiversité Sarah El Haïry a réuni plus de 200 entreprises au ministère de la Transition écologique. Objectif : lancer un appel en faveur de la biodiversité afin de stopper l’effondrement du vivant et promouvoir une économie régénérative.

Sarah El Haïry, Secrétaire d’Etat à la biodiversité, lors de la première édition des "Roquelaure entreprises et biodiversité", où étaient présentes 200 entreprises, le 29 novembre 2023.
Sarah El Haïry, Secrétaire d’Etat à la biodiversité, lors de la première édition des "Roquelaure entreprises et biodiversité", où étaient présentes 200 entreprises, le 29 novembre 2023. — Photo : David Pouilloux

Les deux mots entreprises et biodiversité n’ont pas l’habitude de se côtoyer, et ce duo ferait presque figure de frères ennemis tant ce sujet a été glissé sous le tapis depuis des lustres, et tant la protection de la nature passait par perte et profit du développement économique. Le pari de la secrétaire d’État à la Biodiversité, Sarah El Haïry, n’en est que plus audacieux, même si elle peut compter sur le soutien de la Première ministre, Élisabeth Borne, qui a présenté la Stratégie nationale biodiversité, à Matignon, lundi 27 novembre, et qui a été auparavant ministre de l’Écologie. "Il faut le reconnaître : la biodiversité est depuis longtemps dans l’angle mort de notre modèle d’affaires, de notre économie, déclare Sarah El Haïry, qui a pris le pilotage de ce secrétariat, lové au sein du vaste ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires, dirigé par Christophe Béchu. Il était important d’embarquer les entreprises dans la foulée de la présentation de la planification écologique du gouvernement, dont la stratégie nationale biodiversité est un volet important."

200 entreprises pionnières mobilisées pour la biodiversité

Sarah El Haïry, lors des Roquelaure entreprises et biodiversité. 200 entreprises étaient présentes pour parler préservation et restauration de la biodiversité.
Sarah El Haïry, lors des Roquelaure entreprises et biodiversité. 200 entreprises étaient présentes pour parler préservation et restauration de la biodiversité. - Photo : Cédric Bufkens.

Ainsi, à l’occasion de la première édition des "Roquelaure Entreprises et Biodiversité", près de 200 entreprises se sont bousculées à Paris, au ministère de la Transition écologique, pour assister à la mise en route des travaux d’Hercule qui les attendent sur cette thématique de la biodiversité, jusqu’ici assez peu au centre des débats politico-économiques, contrairement à la question climatique. "Je suis heureuse de voir que nous avons dû rajouter des chaises, lance Sarah El Haïry. Ces deux cents entreprises sont nos pionniers. Ce sont des grands comptes, des donneurs d’ordres, et nous souhaitons qu’ils impulsent une dynamique en faveur de la biodiversité, sur toutes leurs chaînes de valeurs, sur les territoires, en particulier auprès des TPE, PME et ETI qui sont leurs fournisseurs. L’objectif, c’est d’avoir 5 000 entreprises engagées pour la protection de la nature d’ici à 2030."

Parmi les présents, on ne notait rien moins que L’Oréal, Kering, Carrefour, Dalkia, Eramet, la Maif… Ainsi que des ONG, comme WWF, et l’Office français de la biodiversité, pilier de l’action du secrétariat d’État à la biodiversité, ainsi que des élus.

50 % du PIB mondial lié à la nature

50 % du PIB mondial dépend de la nature : pollinisation par les abeilles, bois, sources d’énergie, minerais… D’où l’intérêt de la protéger et de la restaurer.
50 % du PIB mondial dépend de la nature : pollinisation par les abeilles, bois, sources d’énergie, minerais… D’où l’intérêt de la protéger et de la restaurer. - Photo : Pixabay (Enrique)

L’enjeu de ces travaux n’est pas mince. Nombreux sont celles et ceux qui ont rappelé que plus de 50 % du PIB mondial était lié aux services rendus gratuitement par la nature. "Nous assistons à un effondrement du vivant, alors qu’il rend service à l’humanité, à notre économie, résume la secrétaire d’État. L’objectif est d’abord de stopper cet effondrement, puis de restaurer la biodiversité. Pour prospérer durablement, les entreprises doivent investir dans la préservation et la restauration de la biodiversité. Les entreprises sont exposées aux risques de cet effondrement, car elles doivent une partie de leur chiffre d’affaires à la nature, et cela quel que soit leur secteur d’activité : agroalimentaire, textile, industrie, mais aussi le secteur des assurances, fortement impacté par exemple par les effets du changement climatique que ce sont les sécheresses, les inondations ou les incendies."

Du côté des assureurs, Pascal Demurger, directeur général de la Maif, le dit tout net : "Il n’y aura pas de business dans l’effondrement. On estime que la nature rend des services gratuitement pour l’équivalent de 140 000 milliards d’euros, soit 1,5 fois le PIB mondial. Aujourd’hui, nous orientons nos investissements en faveur des entreprises qui ont un impact positif sur la préservation de la biodiversité. Nous avons également un fonds Maif pour le vivant."

"Alors que la nature joue un rôle important dans le chiffre d’affaires des entreprises, elle n’est pas au board de l’entreprise, dit Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. Nous comptons sur nos entreprises pionnières pour entraîner avec elles les autres. "

Un modèle d’affaires qui prend la nature en compte

Hervé Navellou, directeur général L’Oréal France, explique, lui, que "61 % des matières pour leurs produits cosmétiques sont aujourd’hui biosourcés, renouvelables" et que le numéro un mondial de ce secteur vise les "95 % d’ici à 2030." Chez l’autre géant du luxe, Marie-Claire Daveu, directrice du développement durable et des affaires institutionnelles du Groupe Kering rapporte que "la biodiversité est au cœur de la stratégie de l’entreprise présentée en 2020. La majorité de nos matières premières sont issues de la nature. Un modèle d’affaires qui ne prend pas en compte la nature est hors sujet." Elle ajoute : "Je pense qu’il faut que tous et toutes bougent sur ce sujet avant d’avoir les chiffres…" Autrement dit passer à l’action, avant même d’avoir des indicateurs précis, tant sur le point de départ que sur les objectifs à atteindre.

200 mesures d’ici à 2030

Sarah El Haïry, lors des Roquelaure entreprises et biodiversité, a lancé six groupes de travail : bois-bâtiment-construction, textile, énergie, agroalimentaire, comsétique…
Sarah El Haïry, lors des Roquelaure entreprises et biodiversité, a lancé six groupes de travail : bois-bâtiment-construction, textile, énergie, agroalimentaire, comsétique… - Photo : Cédric Bufkens

Pour ce qui est des moyens, Sarah El Haïry annonce un milliard d’euros supplémentaire qui vient abonder son budget 2024, ainsi qu’un éventail de 40 mesures et 200 actions, appliquées d’ici à 2030. "Nous allons baisser de 50 % l’utilisation des pesticides, planter 50 000 km de haies, planter un milliard d’arbres, réduire la pollution lumineuse de moitié, lancer 500 opérations coups de poing contre les espèces invasives, instaurer un grand parc national en zone humide, appliquer la loi sur le Zéro artificialisation net (ZAN), soutenir la réhabilitation des friches industrielles avec le fonds vert, liste la secrétaire d’État. Et nous n’allons pas attendre 2030 pour mesurer le résultat. Nous ferons un point annuel sur l’avancée de nos travaux." Parallèlement au plan d’actions du gouvernement, six groupes de travail seront conduits par les entreprises pionnières : bois, bâtiment et construction, textile, cosmétique, énergie, agroalimentaire. "Ces groupes permettront notamment d’évaluer notre dépendance à la biodiversité, conclut Sarah El Haïry, Ils permettront également de déterminer des leviers d’action, des opportunités à saisir, des projets de territoire à soutenir. L’objectif ultime, c’est que l’économie française soit une économie régénérative, une économie qui assure notre prospérité, et l'avenir de nos enfants."

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