Conjoncture

Les TPE-PME débordées par les difficultés de recrutement plus que par l’inflation

Par Pierrick Lieben, le 20 juillet 2022

Les problèmes d’approvisionnement et les hausses de prix avaient fini par les éclipser. Et pourtant, les difficultés de recrutement étouffent bel et bien les TPE-PME, selon une enquête de la CPME. D’autant plus que les patrons s’avouent de plus en plus "désemparés" par le comportement des candidats… et même de leurs propres salariés.

Déjà en proie à une pénurie de main-d’œuvre, les dirigeants de TPE-PME doivent désormais composer avec un nouvel enjeu RH en cette période post-épidémique : retenir leurs propres salariés.
Déjà en proie à une pénurie de main-d’œuvre, les dirigeants de TPE-PME doivent désormais composer avec un nouvel enjeu RH en cette période post-épidémique : retenir leurs propres salariés. — Photo : Goodluz

Les TPE-PME prises entre le marteau de l’inflation galopante et l’enclume du recrutement impossible. Dans sa dernière enquête de conjoncture, la CPME jette une lumière crue sur le double enjeu actuel pour les chefs d’entreprise.

Inflation et embauches, la double peine des TPE-PME

Lors de sa précédente enquête de mars, la problématique des embauches semblait, pourtant, avoir quasiment disparu : seuls 16 % des patrons la citaient alors comme leur principale difficulté du moment, bien loin derrière l’inflation (mentionnée à 58 %). Trois mois plus tard, l’une comme l’autre se sont aggravées et les deux fléaux frappent désormais les TPE-PME dans des proportions identiques, assure leur confédération.

Ainsi, 93 % des 2 362 dirigeants interrogés du 16 juin au 12 juillet se disent confrontés à des hausses de prix de la part de leurs fournisseurs (énergie incluse). Dans le même temps, 94 % déclarent des difficultés à trouver le "bon profil", lorsqu’elles recrutent. Un chiffre, certes, impressionnant, mais à relativiser tout de même : il ne porte que sur la part des entreprises cherchant effectivement à pourvoir un poste (soit la moitié de l’échantillon).

Difficultés de recrutement : les patrons n’y comprennent plus rien

Il n’empêche, la CPME s’alarme d’une "situation inédite sur le front de l’emploi". En cause, des facteurs bien connus, à commencer par l’absence pure et simple de candidats (déplorée par 74 % des patrons concernés) et le manque de compétences (par 47 %). Mais la fidélisation de la main-d’œuvre devient aussi une gageure, avec des ressorts parfois déroutants.

Un quart des répondants se disent ainsi victimes d’une rotation importante de leur personnel. Or, ils apparaissent de plus en plus démunis face aux raisons invoquées par ces salariés sur le départ : la première d’entre elles tiendrait à leur volonté de "se consacrer à autre chose qu’à leur vie professionnelle" dans 53 % des cas ! Un phénomène nouveau, "à la fois surprenant et inquiétant", pour des employeurs "désemparés" face à ce genre de justifications : "Quand bien même vous pouvez proposer un CDI ou être prêt à discuter des conditions de travail, certains Français ont un autre projet […], comme si la relation au travail était, quelque part, différente de ce qu’elle était auparavant", a développé le président de la CPME François Asselin, sur France Inter, le 19 juillet.

« Aujourd’hui, si vous n’augmentez pas vos salariés, vous risquez de les perdre. »

Même impuissance quand les salariés affichent leur envie de changer de secteur, deuxième motif le plus souvent avancé (à 51 %). Mais les ruptures de contrat sont aussi entretenues par la pénurie de main-d’œuvre et la course aux talents qui en résulte, dans un contexte inédit d’euphorie sur le marché de l’emploi : 30 % des dirigeants ont vu partir leurs employés à la concurrence, attirés par ses propositions plus alléchantes. "Si vous n’augmentez pas vos salariés, vous risquez de les perdre", concède d’ailleurs François Asselin.

Sur ce point, pourtant, les TPE-PME assurent jouer le jeu des revalorisations. Les deux tiers disent ainsi avoir déjà augmenté tout ou partie des salaires de leurs effectifs en 2022 et 58 % prévoient de (re) mettre la main à la poche avant le 31 décembre. Mais ils sont un peu plus nombreux encore (68 %) à avoir préféré recourir à des primes. En revanche, l’intéressement, la participation ou l’épargne salariale n’ont été mobilisés que par 36 % des répondants.

Hausse des prix : les entreprises encaissent les coûts

En comparaison de ces difficultés à recruter évoquées par les dirigeants, l’impact de l’inflation sur leur activité paraît presque anodin. Pour preuve : ils sont plus nombreux à noter une amélioration de la situation globale de leur entreprise à l’issue du premier semestre (37 %), qu’une détérioration (22 %). La seconde partie de l’année s’annonce plus neutre, avec moins de patrons optimistes (-10 points) mais guère plus d’anxieux pour autant (+2 points). D’ailleurs, plus des deux tiers des TPE-PME estiment pouvoir "adapter leur modèle économique avec une inflation durable de 5 % par an". Et le remboursement de leurs prêts garantis par l’État n’est plus un problème pour 84 % d’entre elles (+13 points en six mois).

La flambée des prix n’est quand même pas sans conséquence. Son impact apparaît même multiple, que ce soit sur les indicateurs économiques (baisse du taux de marge anticipée par 44 % des répondants au deuxième semestre, recul du chiffre d’affaires par 31 % d'entre eux), sur les intentions d’investissement (la moitié n’en prévoit pas de toute l’année), ou encore sur les relations interentreprises. Trois quarts des TPE-PME considèrent ainsi que leurs fournisseurs se servent du contexte inflationniste comme prétexte pour gonfler leurs tarifs sans justification.

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