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Confinement, aéronautique et masques : le cocktail explosif qui a déréglé les échanges commerciaux de la France

Par Pierrick Lieben, le 07 août 2020

Les échanges commerciaux de la France malades du coronavirus. Depuis le début de l’année, le rythme des exportations et des importations s’est violemment ralenti. Avec, à la clé, un déficit qui ne cesse de se creuser. Le pays subit en particulier la crise actuelle de l’aéronautique et sa dépendance structurelle aux produits de santé importés.

Dachser France et Prolaser ont importé 8,5 millions de masques
En avril, les importations françaises de masques ont décollé de 2 117 %, selon les douanes. Ce mois-là, les entreprises Dachser et Prolaser s'étaient, par exemple, organisées pour faire venir 8,5 millions de masques de Chine. — Photo : Dachser

Déficit commercial en hausse, crash de l’export plombé par les transports, envolée des achats de santé porté par les masques… Les échanges commerciaux de la France ont subi de plein fouet le dérèglement sanitaire mondial, provoqué par l’épidémie de coronavirus, pendant la première moitié de l’année 2020. Le dernier bilan des douanes témoigne de l’ampleur de ce trou d’air, encore plus violent au deuxième trimestre qu’au premier. Il témoigne aussi de la dépendance croissante et structurelle du pays aux importations de produits de santé, révélée au grand jour par la crise actuelle.

L’aéronautique tire les exportations vers le bas

L’épidémie de Covid-19 avait déjà fait sentir ses effets en début d’année. Le confinement et ses répercussions en ont démultiplié l’impact au deuxième trimestre. Le déficit commercial atteint désormais -20,4 milliards d'euros (+6,9 Md€ en trois mois) et a encore battu un record mensuel en juin (-8 Md€).

À l’origine de ce trou, la dégringolade des exportations entre avril et juin. Elles ont chuté de 28,9 % (après -7,3 % de janvier à mars), et même d’un tiers par rapport à la même période, en 2019. Aucun domaine n’est épargné, mais l’essentiel de ce décrochage est attribué aux transports en général (-59,9 %), et à l’aérospatial en particulier (-64,2 %, après avoir déjà encaissé -26,2 % début 2020).

Résultat, « le solde aéronautique se dégrade de 4,3 milliards [d’euros], compte tenu d’une baisse des ventes sans précédent (-8 milliards) », constatent les douanes qui souligne que « l’excédent n’est plus que de 0,9 milliard » à la fin juin. Le secteur entraîne toute l’industrie dans sa chute. Au total, le « déficit manufacturier » s’élève à 18,8 milliards d’euros. Deux fois plus que trois mois plus tôt.

Les produits sanitaires dopent les importations

Du côté des importations, le glissement est tout aussi impressionnant, bien que la pente soit moins raide. Elles ont baissé de 20,7 % sur un trimestre (après -6,4 %) et de plus d’un quart sur un an. Là encore, ce sont les transports qui patinent, l’aéronautique (-51 %) comme l’automobile (-44,6 %). Les biens d’investissement sont aussi à la peine (-30,8 %). Sans doute un signe de plus que les entreprises sont en train de revoir leurs projets, dans le contexte du coronavirus.

S’il est un produit qui ne connaît pas la crise en revanche, c’est bien le masque sanitaire. Leurs achats « tirent très fortement à la hausse le montant des importations françaises de textile-habillement (+12,8 %) ». Avec, à la clé, un déficit commercial, sur ce secteur, de 2,9 milliards d’euros. Il faut dire que les chiffres sur les masques donnent le tournis : il s’en est importé, « très majoritairement en provenance de Chine », pour environ 3,6 milliards d’euros au deuxième trimestre… 35 fois plus qu’un an auparavant !

Et ce n’est pas tout. La catégorie de produits, à laquelle appartiennent les masques, connaît des chiffres de croissance hallucinants. Le montant des achats français à l’étranger sur ces marchandises a décollé de 4 974 % en mai, par rapport au même mois de l’an passé ! Un phénomène constaté avec d’autres matériels, comme les thermomètres à liquide (+2 536 % en mai), les produits immunologiques vendus au détail (+977 % en juin), etc.

• Une dépendance croissante depuis 20 ans

En réalité, cette situation ne date pas du Covid-19. Certes, sur les « produits liés à la lutte contre les crises sanitaires », la France était encore excédentaire en 2019 (+1,2 Md€). Mais elle le devait surtout à la pharmaceutique. Sans elle, le solde commercial s’est « dégradé de 3,4 milliards d’euros entre 2000 et 2019, du fait d’une hausse des importations de 8,8 milliards (+162 %), non compensée par l’augmentation des exportations de 5,4 milliards (+104 %) ». Grands gagnants de cette période, les pays asiatiques.

« La crise a donc été révélatrice d’une fragilité et d’une dépendance plus anciennes. »

L’épidémie de coronavirus n'aura fait d'ailleurs que confirmer ce glissement inexorable. En mars, les exportations françaises de produits sanitaires, tirées par la pharmaceutique, avaient fortement progressé, avant que la situation ne s’inverse brutalement dans les mois qui ont suivi.

« La crise a donc été révélatrice d’une fragilité et d’une dépendance plus anciennes », en concluent les douaniers. Avant de lancer cet avertissement : « Si la situation sanitaire devait perdurer dans les mêmes conditions économiques, le déficit commercial de la France s’alourdirait d’environ 10 milliards d’euros par an. »

Pas étonnant que la souveraineté industrielle, en particulier dans la santé, ait été remise au goût du jour par le gouvernement. Mais après les ratés autour de la production nationale de masques ou les appels improvisés à produire d'autres équipements comme les surblouses, il lui reste encore à trouver les bons remèdes pour combattre une dépendance installée au fil des deux dernières décennies.

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