Pharmacie

Comment l'État compte remettre l'industrie pharmaceutique dans la course aux biothérapies

Par Pierrick Lieben, le 07 janvier 2022

La (re) localisation de l’industrie pharmaceutique passera par l’innovation. C’est le message en filigrane de la nouvelle stratégie nationale sur les biothérapies et leur production. Une ordonnance à 800 millions d’euros en quatre ans, pour positionner la France à la pointe de la recherche et de la fabrication des médicaments de demain.

Avec sa nouvelle stratégie en faveur des biothérapies, le gouvernement espère parvenir à la production de 10 biomédicaments en France à l’horizon 2025. Soit deux fois moins que ce que faisait déjà l’Allemagne en 2021.
Avec sa nouvelle stratégie en faveur des biothérapies, le gouvernement espère parvenir à la production de 10 biomédicaments en France à l’horizon 2025. Soit deux fois moins que ce que faisait déjà l’Allemagne en 2021. — Photo : DR

L’État remet le couvert pour l’industrie pharmaceutique. Mais plus question de la jouer défensif, comme en juin 2020, où l’urgence était à la relocalisation de substances bien connues. L’heure est plus que jamais de passer à l’offensive pour préparer l’avenir. C’était tout l’objet du plan "Innovation santé 2030" à 7,5 milliards d’euros, présenté au début de l’été 2021. Six mois plus tard, le ministère de l’Économie a enfin précisé comment il comptait utiliser, d’ici à 2025, 800 millions d’euros de cette stratégie, afin de "faire de la France un leader mondial" en matière de bioproduction et de biothérapies, considérées comme l’avenir du secteur et de la médecine.

Cibler des biothérapies, sur lesquelles la France peut briller

Pour y parvenir, le gouvernement compte, en particulier, s’appuyer sur trois appels à projets. Le premier, doté de 275 millions d’euros, vise à accélérer la recherche et les innovations autour de "quelques grandes technologies d’avenir, sur lesquelles la France veut, et peut, faire la course en tête", explique-t-on à Bercy.

Sont visés, entre autres, les anticorps monoclonaux, les thérapies géniques et cellulaires, les "produits biologiques vivants, ou toute autre innovation de rupture ou piste thérapeutique, encore non-explorée ou non-commercialisée". Les dossiers de candidature pourront être déposés dans les prochains jours, et jusqu’en novembre 2023.

Favoriser l’industrialisation des innovations

Plus en aval, l’État promet 130 à 280 millions d’euros pour améliorer l’industrialisation de ces innovations biomédicales. Ce soutien à la bioproduction, opérationnel au cours du premier trimestre 2022, s’articulera autour de deux axes : la création d’outils ou l’optimisation de techniques existantes, d’une part ; l’ouverture de "nouvelles unités de production intégrant des innovations technologiques de rupture", d’autre part. Parmi les priorités retenues par le gouvernement, l’accent semble mis, en la matière, sur la culture de cellules et son automatisation.

Densifier le réseau des sous-traitants pharmaceutiques

L’objectif ultime est clair, et même chiffré : produire durablement au moins 10 biomédicaments en France dans les cinq ans (le double d’aujourd’hui, hors vaccins). Problème : le réseau des sous-traitants pharmaceutiques (CDMO, dans le jargon du secteur) ne serait pas à la hauteur, selon une consultation publique menée par Bercy. "Pas assez fourni, d’où des délais parfois trop longs et des coûts trop élevés", résume-t-on dans l’entourage de la ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher. Dont acte.

Une enveloppe de 150 à 250 millions d’euros dédiée au "déploiement de projets d’industrialisation de bioproduction" viendra à leur secours, en plus d’une "action de labellisation puis de structuration d’un réseau national d’intégrateurs industriels" (pour 20 à 40 M€). L’espoir, avec cette double initiative, est de voir enfin émerger un "outil industriel flexible, performant et sécuritaire", mais aussi ouvert aux start-up et réactif en cas de crise sanitaire.

Se positionner sur un marché annoncé à 320 milliards d’euros

Certains contours de cette stratégie à 800 millions d’euros restent encore un peu flous. Mais l’enjeu est de taille. "Aujourd’hui, un médicament sur deux en développement est un biomédicament", explique Bercy. Et ce n’est qu’un début. Le marché pourrait atteindre 320 milliards d’euros d’ici à 2025.

Pour en capter une partie, l’État espère, avec sa stratégie, contribuer à l’émergence d’au moins une licorne (start-up valorisée plus d’un milliard de dollars), cinq nouvelles ETI, cinq biotechs, et deux fois plus d’emplois dans le secteur par rapport à 2018 (soit 20 000 postes espérés au total). Ce ne sera pas de trop : la France part en position de faiblesse dans cette course à l’innovation. Passée, ces dernières années, de la première à la quatrième place dans la production de médicaments, selon la filière, elle importe actuellement 95 % de ses biothérapies, reconnaît le gouvernement. Et n’en produit que 5, quand l’Allemagne en fabrique déjà 21 sur son sol.

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