Auvergne Rhône-Alpes

Investissement

Interview Jean-Luc Raunicher : "Nous allons investir dans des entreprises en dessous du radar"

Entretien avec Jean-Luc Raunicher, président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes

Propos recueillis par Audrey Henrion - 12 janvier 2022

La plateforme digitale recueillant les dépôts de candidatures au fonds souverain Auvergne-Rhône-Alpes ouvre cette semaine. Ce fonds, doté de 75 millions d’euros (100 millions à terme) et destiné à soutenir les entreprises du territoire, dispose d’un compartiment de 10 millions d’euros copiloté par le Medef Auvergne-Rhône-Alpes. Son président Jean-Luc Raunicher détaille les objectifs de ce compartiment et les entreprises concernées.

"Nous interviendrons auprès des entreprises sur des durées d’investissement de 5 à 8 ans", indique Jean-Luc Raunicher président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes.
"Nous interviendrons auprès des entreprises sur des durées d’investissement de 5 à 8 ans", indique Jean-Luc Raunicher président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes. — Photo : DF.Corlin/ www.fluxvideo.eu

Quelles entreprises souhaitez-vous épauler à travers cette manne de 10 millions d’euros ?

Nous ciblons, avec Siparex, la société de gestion retenue par le Conseil régional, des TPE-PME plutôt hors des grandes métropoles de notre région, qui ne sont pas dans le spectre habituel des fonds d’investissement, un peu fragilisées par la crise sanitaire et qui ont besoin d’investir dans leur outil industriel, leur digitalisation… Ni des "pépites" dont nous considérons qu’elles n’ont pas trop de difficultés à trouver des financements ni des entreprises moribondes bien évidemment, mais plutôt des entreprises " en dessous des radars ", pour lesquelles un renforcement des fonds propres peut constituer un accélérateur de développement. Il peut s’agir par exemple d’une entreprise de l’agroalimentaire, qui fabriquerait du saucisson dans l’Allier et pour qui investir relève aussi d’un enjeu de préservation de l’emploi dans un territoire.

"La crise des Gilets jaunes a montré à quel point certains territoires se sentent parfois oubliés et notre volonté consiste à aller vers eux."

À son lancement, ce fonds souverain avait pour enjeu de cibler des secteurs clés, qui font la force de la région, tels que la santé ou l’aéronautique par exemple. Est-ce toujours le cas ?

C’est toujours le cas mais pas nécessairement sur le compartiment TPE-PME. Les entreprises que nous allons accompagner (leur nom sera dévoilé en partie mi-février, NDLR) sont avant tout des acteurs clé dans leur bassin de vie et d’emploi. La crise des Gilets jaunes a montré à quel point certains territoires se sentent parfois oubliés et un peu éloignés des grandes métropoles et des centres de décision, et notre volonté consiste à aller vers ces territoires. Nous allons pour ce faire nous appuyer sur nos 11 antennes territoriales qui vont contribuer à l’identification des entreprises intéressées… et intéressantes.

Quel est le portrait type des entreprises ?

Nous avons reçu plus d’une soixantaine de candidatures TPE-PME depuis le lancement du fonds par Laurent Wauquiez. Parmi celles qui restent dans la course (environ la moitié, NDLR), un tiers des entreprises réalisent moins de 500 000 euros de chiffre d’affaires, et un autre tiers affichent entre 1 et 2 million(s) d’euros de chiffre d’affaires. Et côté effectif, 50 % ont moins de 10 salariés et 33 % entre 10 et 20 salariés.

"Le projet doit être ambitieux et cohérent, avec une équipe dirigeante qui tienne la route."

L’écrémage est conséquent ! Pour quelles raisons ?

À l’instar de n’importe quel fonds d’investissement, nos critères de sélection sont extrêmement rigoureux, les comptes sont épluchés, vérifiés, l’entreprise doit être rentable sur au moins un des trois derniers exercices. Et le projet doit être ambitieux et cohérent, avec une équipe dirigeante qui tienne la route. Le point de vigilance, quand il est question de petites PME, se focalise beaucoup sur le chef d’entreprise, qui incarne souvent le fonds de commerce à lui tout seul. Le management doit présenter des perspectives de développement, une volonté de rebond, d’investissement durable dans l’outil industriel par exemple, et cohérent avec les enjeux environnementaux.

Quels sont les seuils d’investissement que vous vous êtes fixés ?

Pour le compartiment TPE-PME, nos tickets moyens sont situés entre 200 000 et 300 000 euros. Avec un effet de levier auprès des autres acteurs financiers, on peut atteindre un coefficient multiplicateur de 4.

Quel niveau de rentabilité en attendez-vous ?

L’initiative du Conseil régional de créer l’an dernier un fonds souverain a rapidement reçu le soutien de nombreux acteurs bancaires et économiques de la place, avec déjà 75 millions d’euros levés à ce jour. Grâce à eux, nous interviendrons auprès des entreprises sur des durées d’investissement de 5 à 8 ans avec des taux de rendement que nous souhaitons volontairement modestes. Au quotidien, nous travaillons main dans la main avec les équipes de Siparex, de la Région et de l’agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises mais aussi d’Action Logement, qui nous a aidés à mettre en place cette plateforme digitale pour recueillir les candidatures.

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