Marie-Anne Simon-Philippe, gérante des meubles Philippine à Chantepie, le dit tout haut : « on a tout sauf besoin d'une nouvelle zone à Rennes. Vu de l'extérieur, cela paraît insensé de construire Rive Ouest, s'insurge-t-elle. Il y a largement assez de commerces différents au nord de Rennes. S'il y avait une opportunité d'un concept, une offre suffisamment différenciée qui créerait son propre marché, ça se saurait ! » Et elle n'est pas la seule de cet avis. Pour François Gravier, contrôleur de gestion chez Leroy Merlin, commerce phare et historique de la zone, « ça commence être saturé. Avec l'augmentation de la population prévue dans 20 ans, on aura des besoins plus tard. Mais là c'est trop tôt. On a besoin d'un peu de stabilité ». Et Marie-Anne Simon-Philippe d'ajouter qu'il « faut donc finir le sud en priorité ». À Chantepie, les commerçants ont un peu en travers de la gorge les investissements réalisés et ceux à venir à Pacé. « Nous demandons un accès supplémentaire, mais tout l'argent part au nord, regrette François Gravier. Les nouvelles routes de Pacé sont disproportionnées par rapport à ce dont nous nous avons besoin : juste une échappatoire pour désengorger le rond-point de la Hallerais (vers Vern et Le Blosne) et un autre accès depuis le rond-point des Ourmes ».
Des routes et des totems
Pourtant, les commerçants remarquent un léger regain d'intérêt des pouvoirs publics pour leur zone, « après 15 ans à ne rien voir changer ». Même si les aménagements sont minces, deux nouvelles routes ont été réalisées à l'automne dernier pour faciliter les accès à la zone. De plus, une signalisation avec totems est enfin posée depuis janvier, pour aiguiller le consommateur vers les enseignes, dans le dédale des rues de la zone. Car précisons que Chantepie n'est pas une zone mais en réalité quatre zones qui ont du mal à communiquer : Les Loges (Décathlon), les Logettes (DistriCenter, Noz), les Quatre Vents (Meubles Philippine) et le Parc Rocade Sud (Cultura, Leroy Merlin). Pour tenter une première fois de les fédérer, Marie-Anne Simon-Philippe avait créé une association des commerçants en 1985 (Puissance 4) qui a par la suite décliné, faute d'implication de ses membres. Aujourd'hui, sa fondatrice, épaulée d'une demi-douzaine d'autres commerçants, veut la relancer, « pour être force de proposition, justifie-t-elle. Car jusque-là, c'est la mairie qui a tout financé. Maintenant, ce serait bien que ce soit à Rennes Métropole et au conseil général de mettre de l'argent sur la table pour finir notre zone avant d'en commencer une autre ! ».
« On ne sait déjà pas quoi mettre à Betton ! »
Pour la commerçante, on voit surtout « les mêmes enseignes se dupliquer sur la métropole pour boucher les trous ! S'il y avait un vrai manque, on ne serait pas à se poser autant de questions pour remplir Betton et Cap Malo. Et que l'on ne nous oppose pas le modèle de l'Atoll à Angers, où la seule vraie différence réside dans l'architecture » (lire le Journal des entreprises de septembre2012). Selon le cabinet d'études Pivadis, mandaté par la CCI ou Rennes Métropole pour constater l'évolution du commerce, les besoins seraient largement déjà couverts, tant en équipement de la personne que de la maison. Pour Marie-Anne Simon-Philippe, le sud a aussi besoin d'attention et de retrouver plus d'attractivité, « plutôt que d'être fragilisé par l'arrivée de nouveaux pôles ». Cela passe notamment par la construction de routes en bon état, mais aussi une « allure ». « Il faut rafraîchir les Logettes et ses parkings, planter des arbres, faire des promenades, travailler l'éclairage,etc », suggère François Gravier. Et surtout, réhabiliter des espaces laissés en friche ou à l'abandon. « Une première autorisation nous donne espoir », remarque Marie-Anne Simon-Philippe : la CDAC a donné son accord en décembre pour la réhabilitation des anciens locaux de Colas. 2.800m² de commerces et 600m² de bureaux vont être réalisés aux Logettes. Intersport et La Grande Récré viendront ainsi compléter l'offre de la zone. Reste la friche de GMR (groupement maraîcher rennais), propriété de Pierre Le Duff. La Ville envisage, pour ces 5.000m² laissés à l'abandon depuis plus de dix ans, des constructions de bureaux et pourquoi pas de logements. « Je souhaiterais n'importe quel commerce du moment que ça vit ! », espère la commerçante.
zone Chantepie
60 commerces ; 5.900 salariés ; 150M€ de CA