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Jean Morin : "Avec Aval du Futur, l’enjeu des recrutements consiste à faire venir des familles dans la Manche"
Interview Manche # Nucléaire # Aménagement du territoire

Jean Morin président du Département de La Manche "Avec Aval du Futur, l’enjeu des recrutements consiste à faire venir des familles dans la Manche"

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Le site Orano de La Hague se prépare au projet Aval du Futur, qui vise à moderniser ses installations de traitement des déchets nucléaires. Pour ce chantier évalué à plus de 40 milliards d’euros, Jean Morin, président du Département de La Manche et membre du Comité stratégique du projet Aval du Futur, estime que le Cotentin va avoir besoin de logements et d’infrastructures de transport.

Jean Morin, président du département de la Manche et membre du comité stratégique pilotant le projet Aval du futur, réclame davantage de fiabilité dans la desserte ferroviaire entre Caen et Cherbourg — Photo : David Daguier

Le projet Aval du Futur va créer des milliers d’emplois. Quels sont les chiffres des recrutements attendus dans La Manche ?

Sur les 6 000 emplois annoncés d’ici 2034 sur l’ensemble de La Manche, 1 000 concerneront directement Orano, EDF et Naval Group, les 5 000 restants concernent les sous-traitants. L’estimation monte à 10 000 emplois à horizon 2040. Or, ces recrutements inquiètent les entreprises locales - surtout du bâtiment - qui voient déjà certains de leurs salariés rejoindre les trois grands donneurs d’ordres. Il faut éviter ce risque de "cannibalisation" parce que les besoins en logements seront difficiles à pouvoir si les entreprises chargées de les construire sont elles-mêmes dépourvues de leurs salariés.

Comment le Département de la Manche participe à ce recrutement ?Le département de la Manche est dans une situation de quasi plein-emploi (avec un taux de chômage de 5,3 %, NDLR). Avec France Travail, nous avons construit un dispositif d’insertion pour permettre aux entreprises de recruter parmi les différentes catégories de personnes bénéficiaires du RSA. Dans notre département à la démographie vieillissante, l’enjeu des recrutements consiste aussi à faire venir les familles.

Le foncier est-il suffisant ?

On se tourne vers l’État pour nous aider au sujet des limites imposées par l’objectif ZAN (Zéro artificialisation nette, NDLR) et nous travaillons aux recours vis-à-vis de la réserve de foncier nationale et régionale. Nous nous demandons s’il faudra construire autant de logements que de salariés, lesquels ne travailleront pas sur site 7 jours sur 7. Dans ce cas, on envisage de construire des "apparts hôtels" où pourront se succéder les collaborateurs : une solution qui répondrait aussi à la demande d’hébergement pour l’accueil touristique du département, encore insuffisant vu son attractivité grandissante.

Comment la mobilité va-t-elle être adaptée ?

Comment accueillir Aval du Futur si le train n’est pas plus fiable ? Il faut que ce soit le cas et pas seulement de Paris à Caen, mais aussi de Caen à Cherbourg. Ce projet est à construire avec l’État et Orano pour que nous ne supportions pas seuls les conséquences des besoins en mobilité. D’autant plus que les trains pourraient déjà circuler sur cet axe à plus de 200 km/h. Quant au réseau routier, on roule sur l’A13 entre Valognes et Cherbourg à 90 km/h. Ça fait 30 ans que l’État nous promet d’améliorer l’A 13 !

Combien ce projet va coûter au territoire ? Et lui rapporter ?

Tant que le projet de territoire n’est pas défini, nous ne pourrons produire de chiffres. Il y aura des effets induits : par exemple, si le contournement Sud-Ouest de Cherbourg se fait - un projet déjà nécessaire avant même Aval du Futur qui ne fait que confirmer le besoin -, ce projet avoisine les 100 millions d’euros, à partager entre la Région Normandie et l’agglomération de Cherbourg.

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