Le projet Aval du Futur va créer des milliers d’emplois. Quels sont les chiffres des recrutements attendus dans La Manche ?
Sur les 6 000 emplois annoncés d’ici 2034 sur l’ensemble de La Manche, 1 000 concerneront directement Orano, EDF et Naval Group, les 5 000 restants concernent les sous-traitants. L’estimation monte à 10 000 emplois à horizon 2040. Or, ces recrutements inquiètent les entreprises locales - surtout du bâtiment - qui voient déjà certains de leurs salariés rejoindre les trois grands donneurs d’ordres. Il faut éviter ce risque de "cannibalisation" parce que les besoins en logements seront difficiles à pouvoir si les entreprises chargées de les construire sont elles-mêmes dépourvues de leurs salariés.
Comment le Département de la Manche participe à ce recrutement ?Le département de la Manche est dans une situation de quasi plein-emploi (avec un taux de chômage de 5,3 %, NDLR). Avec France Travail, nous avons construit un dispositif d’insertion pour permettre aux entreprises de recruter parmi les différentes catégories de personnes bénéficiaires du RSA. Dans notre département à la démographie vieillissante, l’enjeu des recrutements consiste aussi à faire venir les familles.
Le foncier est-il suffisant ?
On se tourne vers l’État pour nous aider au sujet des limites imposées par l’objectif ZAN (Zéro artificialisation nette, NDLR) et nous travaillons aux recours vis-à-vis de la réserve de foncier nationale et régionale. Nous nous demandons s’il faudra construire autant de logements que de salariés, lesquels ne travailleront pas sur site 7 jours sur 7. Dans ce cas, on envisage de construire des "apparts hôtels" où pourront se succéder les collaborateurs : une solution qui répondrait aussi à la demande d’hébergement pour l’accueil touristique du département, encore insuffisant vu son attractivité grandissante.
Comment la mobilité va-t-elle être adaptée ?
Comment accueillir Aval du Futur si le train n’est pas plus fiable ? Il faut que ce soit le cas et pas seulement de Paris à Caen, mais aussi de Caen à Cherbourg. Ce projet est à construire avec l’État et Orano pour que nous ne supportions pas seuls les conséquences des besoins en mobilité. D’autant plus que les trains pourraient déjà circuler sur cet axe à plus de 200 km/h. Quant au réseau routier, on roule sur l’A13 entre Valognes et Cherbourg à 90 km/h. Ça fait 30 ans que l’État nous promet d’améliorer l’A 13 !
Combien ce projet va coûter au territoire ? Et lui rapporter ?
Tant que le projet de territoire n’est pas défini, nous ne pourrons produire de chiffres. Il y aura des effets induits : par exemple, si le contournement Sud-Ouest de Cherbourg se fait - un projet déjà nécessaire avant même Aval du Futur qui ne fait que confirmer le besoin -, ce projet avoisine les 100 millions d’euros, à partager entre la Région Normandie et l’agglomération de Cherbourg.