De l'avis de tous ceux qui se sont impliqués dans le développement de la Zone franche urbaine (ZFU) de Grenoble depuis sa création en 2004, le bilan est globalement positif. Le périmètre comptait début 2011 un effectif de 319 entreprises supplémentaires qui avaient créé 666emplois dont 237 ayant bénéficié aux habitants des quartiers en Zone urbaine sensible (Zus). Rappelons que pour accéder aux exonérations de charges sociales, les entreprises de la ZFU devaient recruter un tiers de candidats résidant dans les Zus de l'agglomération. Il en existe sept: quatre à Grenoble, une à Échirolles, une à Saint-Martin-d'Hères et une à Saint-Martin-le-Vinoux. Ainsi, le secteur de la ZFU (Villeneuve/Village Olympique) a vu son nombre d'entreprises progresser de 30% en 2008 contre 15% sur le reste de la ville. En matière d'immobilier, quatre opérations, soit 12.000m² de bureaux, sont sorties de terre en ZFU, que devrait compléter un prochain programme de 10.000m².
Un salarié sur deux
En moins de sept années, l'effet de levier est indiscutable, mais laisse un goût d'inachevé. C'est la raison pour laquelle élus et entrepreneurs se sont mobilisés pour la prorogation du dispositif. Il devait s'achever fin 2011; il sera poursuivi jusqu'en 2014. Pour autant, ce délai et les nouvelles contraintes associées sonnent le glas de cet outil de développement. La prochaine loi de finances annonce que le taux d'emploi requis de personnes issues des Zus passerait à une sur deux, pour prétendre aux exonérations fiscales et sociales. Impossible répondent aussitôt les entreprises qui peinent déjà à recruter un tiers des salariés de la population cible et se sentent poussées à quitter le dispositif plus tôt que prévu. Les recruteurs doivent en effet composer avec les adresses des candidats, leur manque de qualification et leur éloignement du milieu du travail. «Le premier recrutement a été d'une complexité effroyable et chronophage. Pour un poste de secrétaire, 2OO CV ont été étudiés attentivement, dans l'esprit de la ZFU, et on a mené 80entretiens. Les contraintes de la ZFU en termes d'emploi sont fortes», témoigne Dominique Verdiel, le P-dg de Dovemed (80 personnes, CA 2010: 12,5M€), qui a désormais en interne un spécialiste de la ZFU, lequel travaille avec l'Urssaf et les services des impôts «car la doctrine est sujette aux interprétations juridiques». Le groupe s'est installé avenue de l'Europe en 2008 et a joué le jeu de l'emploi comme bon nombre d'entreprises du secteur. Mais quand on lui parle des nouveaux critères, Dominique Verdiel grince. «Les évolutions à venir? C'est inadmissible d'avoir cette insécurité juridique absolue! On est arrivé avec une règle. Il y a deux ans, le plafond d'exonération a déjà baissé, comme si les entreprises en ZFU n'avaient vocation qu'à employer des gens payés au Smic. Nous, nous avons employé des gens qualifiés».
Entreprises éphémères Les investisseurs privés se sont rapidement positionnés sur la ZFU et les premiers programmes sont sortis dès 2006. «La première clientèle est constituée d'utilisateurs-acquéreurs», note Hugues de Villard, dirigeant du cabinet immobilier CBRE. Toutes ces opérations sont sorties en précommercialisation, tirées par des locomotives comme l'Afipaeim ou Pôle emploi. Mais les ventes ont tendance à se tasser. Les prix pratiqués sont les mêmes que dans le reste de l'agglomération, à 1.960€/m² à la vente et 135 €/m² à la location. Au début du dispositif, les commercialisateurs ont aussi vu débouler les "mercenaires", uniquement intéressés par une adresse en ZFU susceptible de dégager des avantages fiscaux et sociaux. C'est la raison pour laquelle le périmètre est désormais réputé pour attirer les contrôles fiscaux! La ZFU de Grenoble se caractérise aussi par son orientation largement tertiaire. Les professions du chiffre et du droit, connaisseuses des mécanismes d'optimisations fiscales se sont positionnées, créant un décalage avec l'employabilité des personnes résidant en Zus. «Du commerce et du tertiaire, mais peu de place pour absorber des emplois peu ou pas qualifiés», regrette Gérard Dini, le président du club Face. Toutes les entreprises ne jouent pas à armes égales, notamment au moment de leur création en ZFU. À la pépinière le Polynôme, le constat est là. Sur neuf créations, celles qui n'ont pas su prendre leur envol avaient été créées par des personnes peu qualifiées, dans le domaine du service à la personne et de la restauration. Les autres, plutôt positionnées sur des typologies d'emplois de niveau supérieur, ont su tirer parti à la fois du dispositif de la ZFU et des services d'accompagnement apportés par la pépinière. «Pour nombre d'entreprises, c'est un moyen de s'installer à bas coût», constate Philippe Moreau, dirigeant de l'hôtel d'entreprises Challenge, qui n'aurait jamais imaginé un tel turn over. «On a fait rêver des salariés au Smic ou au chômage.» De la casse donc, mais aussi de l'emploi, dans un quartier qui en était dépourvu.
Le dispositif de zone franche urbaine, qui devait s'achever en décembre, a été prorogé jusqu'en 2014.
Les acteurs de la zone pointent déjà les limites d'un système dont les critères d'emploi sont difficiles à respecter.