160M€ d'investissement, 25.000m², 125 boutiques de près de 200m² chacune, des produits de luxe... Le projet de l'américain Mac Arthur Glenn, prévu pour 2015 dans la ZAC de Normandie Parc, en bordure de l'A13 à Douains, près de Vernon, se pose d'emblé comme impressionnant par son importance. Suffisamment impressionnant en tout cas pour susciter l'inquiétude des élus de la Chambre de commerce et d'industrie territoriale (CCIT) de Rouen qui voient là un concurrent sérieux au commerce local. Selon la CCIT le projet, fixé au départ à 25.000m², pourrait dans un second temps s'étendre à 80.000m². Réunie le 21janvier dernier, la CCIT a voté une motion qui souligne que: «Le projet ne peut pas être sans conséquences sur les pôles commerciaux du département de l'Eure mais également sur les pôles commerciaux d'Elbeuf, de Rouen...»
Étude d'impact
Commanditée par la CCIT de l'Eure, une étude d'impact sur les conséquences du projet révèle les dangers à venir pour les commerçants locaux, selon Pierre Bellanger, vice-président en charge du commerce à la CCIT de Rouen: «L'étude, bien qu'incomplète puisque ne prenant en compte que l'Eure, nous a conforté dans notre idée. En cas d'implantation d'un village de marques de luxe à Douains, son chiffre d'affaires devrait s'élever à 125M€ dont 15M€ seront pris des commerces de l'Eure. Ce qui revient à dire que 100M€ proviendront de la région parisienne et de la zone de Rouen, seulement à trente minutes de voiture. Cette problématique ne peut donc pas être traitée unilatéralement par les élus de l'Eure». Au total, 25 à 40 magasins d'équipements à la personne seraient fragilisés dans l'Eure pour une perte de 50 à 60 emplois. «Et si 40 magasins sont fragilisés dans l'Eure, combien le seront en Seine-Maritime», s'interroge l'élu de la CCIT de Rouen.
«Une étude positive»
Co-promoteur du projet avec Mac Arthur Glenn, Jacques Bunel de la société Built explique que l'objectif principal du village de marques de Douains sera de capter une clientèle de région parisienne: «C'est notre cible principale. Et l'étude d'impact menée par la CCIT de l'Eure prouve que globalement cette installation sera positive pour la région, avec notamment la création de 625 emplois à terme, essentiellement recrutés en local». Même s'il dit comprendre l'inquiétude de la CCIT de Rouen, Jacques Bunel répond que le village de marques permettra: «D'éviter l'évasion commerciale, car les gens vont sur Paris pour ce type d'achats du fait qu'il y ait peu d'offre dans l'Eure et en Seine-Maritime». Sa société a également prévu d'organiser des voyages pour touristes (essentiellement Russes et Chinois) avec visites de sites prestigieux comme Giverny ou le Bec Hellouin couplés au village de marques. «20 à 25% de notre clientèle au total».
Un problème régional
Pour Pierre Bellanger, de nombreux paramètres doivent être intégrés à la réflexion sur le projet: «Mac Arthur Glenn propose aux commerçants de venir chez lui faire du commerce en grand. Mais qu'en sera-t-il alors de la surface occupée jusque-là en ville: une friche? Y-a-t-il une valeur ajoutée pour le commerçant? Et puis, ce potentiel touristique, s'il assèche son porte-monnaie à Douains, que restera-t-il pour nous? Notre intention n'est pas de bloquer le projet, mais que chacun mesure les incidences et prennent les mesures pour limiter les effets induits sur le commerce. Une étude doit être menée sur l'impact régional car il y a potentiellement menace sur l'équilibre commercial».
Sébastien Colle
Aménagement commercial Le groupe Mac Arthur Glenn a lancé un projet de village de marques à Douains (27). La CCI s'inquiète de l'impact sur la zone de Rouen.