Dans son usine du Boupère le contraste est saisissant. D’un côté, une ligne de fabrication rigide. Depuis 30 ans, l'outil sort des lots de 80 pièces grand minimum et ses machines peuvent exiger jusqu’à une heure de réglage… De l’autre, la nouvelle ligne «Flex», inaugurée à la rentrée. Cet ensemble de 70 mètres de long, couvrant 1.500 m² au sol, opère davantage d'opérations d’une seule traite, délivre des séries de 10, 20 ou 30 pièces si besoin. Au fur et à mesure des séries, des robots préparent les outils à de nouvelles productions.
Cycle de fabrication réduit de 3 jours à 3 heures…
Quant aux réglages, ils se réduisent parfois à quelques secondes. « Résultat, le cycle de production d’un meuble a chuté de 3 à 5 jours auparavant, à seulement 3 heures aujourd’hui ! Une vraie ligne TGV », commente Olivier Hulot, directeur industriel chez Gautier.
Avec une visibilité sur son carnet de commandes « d’environ deux semaines », l’entreprise essaie de s’adapter au marché. « Il y une forte demande à la fois sur une gamme de produits élargie, un renouvellement fréquent des modèles, une mise sur le marché très rapide, détaille Oliver Hulot. Sans parler des délais de livraison exigés. Aujourd’hui quand on achète quelque chose, on le veut tout de suite.»
Enfin, côté distributeur « plus personne ne veut de stock», complète David Soulard, directeur général de l'entreprise, qui souhaite bientôt distribuer ses tables, ses lits ou ses armoires en trois semaines.
37 heures hebdomadaires et samedis travaillés
S’il doit aussi améliorer les conditions de travail (captation des poussières à la source, volume sonore réduit, moins d’efforts de maintenance…), l’atelier automatisé Flex entraîne suppose toutefois une profonde mutation des RH. «Cela veut dire moins de besoins en conducteurs de lignes par exemple, mais des besoins en techniciens de maintenance dotés de compétences en robotique », commente Olivier Hulot.
Qui dit flexibilité de la production dit aussi flexibilité d'organisation. « Un accord a été trouvé avec les partenaires sociaux, afin de porter le volume horaires de 35 à 37 heures, payées 37, ou encore pour travailler jusqu’à 12 samedis par an », précise David Soulard. En soulignant que les situations individuelles sont prises en compte, par exemple, «en ne faisant pas travailler un samedi un salarié qui a un événement familial important ...»
Centre de formation en interne
Pour s’adapter également, environ 1800 heures de formations sur les machines ont eu lieu. Agilité toujours : depuis un an, un centre de formation est en train de voir le jour en interne. Grâce notamment à des salariés proches de la retraite désireux de transmettre leur savoir, des descriptifs précis de nombreux postes ont été rédigés pour créer des programmes de formation.
« Une douzaine de salariés, experts en leur domaine, sont déjà devenus formateurs. Pouvant être détachés pendant un semaine si besoin, ils ont encadré une quarantaine de salariés jusqu'ici, décrit Jean-Bernard Sachot, le DRH de Gautier. Un moyen d’être plus efficace, par exemple en rendant opérationnel un conducteur de ligne en trois mois au lieu de six. Ou encore de valoriser les compétences accumulées par les salariés.»
Objectif : 180 à 200 magasins d’ici 2020
Grâce à Flex, l’industriel a aussi gonflé de 20% ses capacités de productions. Un moyen d’accompagner l’essor de ses 104 magasins, essentiellement franchisés, en France (55 boutiques) et surtout à travers le monde.
Ces trois dernières années le chiffre d’affaires export – un quart de l’activité – connaît une croissance à deux chiffres. Prochaines ouvertures en vue : les Philippines en décembre, Singapour en février, Abidjan mi 2016… Et pourquoi pas l’Iran ! « On vise entre 180 et 200 magasins à l’horizon 2020, même s’il faut rester prudent », indique David Soulard.
En jeu, l'avenir de ce chantre du Made in France, dont 95% de la production restent en Vendée et dont le bois provient des forêts de l’Hexagone. Ses efforts lui ont jusqu'ici permis de maintenir un effectif ainsi qu'un chiffre d’affaires stables ces dernières années (140 M€), ainsi qu'un résultat net positif, bien que «moins bon» depuis deux ans.
E-commerce en 2016
Beaucoup d'autres projets figurent dans les cartons, comme l’ouverture d’une boutique en ligne le 1er janvier 2016. Un nouveau canal de vente, après ses magasins, où figure la marque Gautier ou encore la grande distribution avec notamment sa marque Gami, pour le premier équipement.
Sur les dix millions d’investissements annoncés, trois millions ont ainsi été fléchés vers les technologies innovantes, la logistique mais aussi le numérique. Sur ce projet, les Vendéens ont sollicité la start up nantaise iAdvize, entre autres pour intégrer un système de fenêtres de chat, via lesquelles l’entreprise peut renseigner en temps réel l’internaute (pour des questions sur la livraison, le paiement…). Et donc lui fournir un service supplémentaire, tout en l’accompagnant vers l’acte d’achat.
Afin de fédérer ses franchisés autour du projet « 60% de marge brut sur les ventes seront reversés au réseau de magasins », souligne David Soulard.
Nouvelle génération aux manettes
A 43 ans, le directeur général pilote aujourd'hui l'entreprise familiale aux côtés de ses frères Arnaud et Hervé et de sa sœur Valérie Soulard-Brin. A la base, il s'agissait d'un petit fabricant de meubles créé par son oncle, Patrice Gautier en 1960.
Arrivé quelques années après dans l'entreprise comme ouvrier, son père Dominique Soulard mesure le chemin parcouru. « 85% de nos clients de l'époque n'existent plus aujourd'hui, peu à peu il a fallu aller en chercher ailleurs, s'adapter. Qui alors aurait pu prévoir l'arrivée d'internet ? A l’époque, on était huit. On ignorait que Conforama allait exister un jour, et on commençait tout juste à entendre parler d’un gérant suédois, du nom d’Ikea… »
Gautier (Le Boupère)
P-dg: Dominique Soulard
950 salariés
140 millions d'euros de CA
02 51 61 40 00