Valérie Tellier : Autodidacte confirmée

Valérie Tellier : Autodidacte confirmée

Présidente de la Glass Vallée, le pôle verrier de la vallée de la Bresle, Valérie Tellier dirige au quotidien deux entreprises de laquage. Normande d'adoption et Picarde de coeur, cette acharnée de travail se décrit comme une pragmatique qui n'a qu'un leitmotiv: aller à l'essentiel!

À Ouville-la-Rivière près de Dieppe comme dans sa maison de famille de la Baie de Somme, Valérie Tellier n'est jamais très loin du bord de mer. Une respiration nécessaire pour cette Picarde de coeur qui s'impose presque quotidiennement un court détour entre son entreprise de laquage et son domicile, juste pour sentir l'océan. Chef d'entreprise, elle l'est doublement: créatrice en 1998 de Val Laquage et repreneur de la société Inserdeco en 2006, Valérie Tellier se démultiplie sur tous les fronts. Une situation pour laquelle elle se sent particulièrement taillée, issue d'une famille «où l'on a toujours beaucoup travaillé».




«Mon école de commerce»

Sortie du circuit scolaire juste avant le Bac, elle a su créer les conditions de sa propre réussite. Toute jeune mariée, contre l'avis de son père, elle fait l'acquisition d'un commerce d'alimentation générale qui va devenir son «école de commerce»: «c'était la meilleure expérience possible, car il n'y a pas pire que d'être toute seule douze heures par jour!» Entre sa boutique et les allers et retours quotidiens dans l'entreprise de son père artisan pour s'occuper de la comptabilité, Valérie Tellier, qui se décrit alors comme une timide maladive, apprend «le dépassement». Dix-huit mois plus tard, lorsqu'elle revend son commerce, c'est pour intégrer pleinement l'entreprise familiale de robinetterie dont elle devient actionnaire dans la foulée. Chargée des relations avec la clientèle, c'est là qu'elle entre en contact avec le monde de la verrerie pour lequel l'entreprise artisanale de Saint-Valery sur Somme fournit des prestations d'application de peinture. Lorsque le groupe Saint-Gobain frappe à leur porte à l'occasion du lancement d'un nouveau flacon, l'entreprise familiale change alors de dimension: «on a dû monter dans l'urgence la première ligne de laquage de la région», se souvient Valérie Tellier. «De quelques caisses on est passé à un camion de palettes», puis au 2/8 et bientôt aux 3/8... Au four et au moulin, elle vit une fois encore une formation en accéléré. Du coup, «aujourd'hui, on ne peut pas me raconter n'importe quoi», explique-t-elle; «je connais les machines!»




200.000francs en poche et beaucoup de bluff

Après plusieurs déménagements l'entreprise se pose à Dieppe en 1992, à Rouxmesnil-Bouteilles. Entre-temps le groupe Nestlé est venu garnir les carnets de commandes jusque-là monopolisés par Saint-Gobain Desjonquères. Une montée en puissance qui n'empêche pas Valérie Tellier de quitter une nouvelle fois le giron familial avec en tête l'envie de s'émanciper en créant sa propre entreprise: «j'avais besoin de me prouver que je pouvais le faire toute seule». «L'entreprise familiale était monoclient et à ce rythme on n'allait pas tenir très longtemps», explique la créatrice d'entreprise. Dans le même temps elle décèle des opportunités de marchés à saisir et crée en avril1998 la société de laquage sur verre Val Laquage, à Ouville-la-Rivière. Enceinte, elle lance ce qui reste à ce jour son «plus beau projet». «Avec 200.000francs en poche, j'ai dû frapper à toutes les portes en faisant beaucoup de bluff pour obtenir les six millions de francs nécessaires pour démarrer». Avec la certitude de vivre une première année difficile sur le plan professionnel et non moins compliquée sur le plan familial avec la naissance de sa fille: «Là, j'ai compris pourquoi il y avait aussi peu de femmes chefs d'entreprises!» Très vite les verriers de la région remplissent les carnets de commandes de Val Laquage, avec toujours le risque de devenir une entreprise monoclient, mais la satisfaction d'une certaine fidélité dans les relations de travail qui a permis à l'occasion à l'entreprise de se maintenir à flot en période de crise. Aujourd'hui, elle affronte mieux que d'autres les difficultés que vivent beaucoup d'entreprises du secteur. Guillaume Ducable