Pourquoi vous êtes-vous constitué en Scop?
La plupart de no
s propriétaires successifs et les candidats à la reprise nous avaient bien montré qu'ils n'étaient intéressés que par les "bons morceaux" de l'entreprise. Alors que nous étions en redressement judiciaire, l'un des repreneurs potentiels voulait même récupérer le carnet de commandes tout en demandant aux salariés de mettre de leur poche! Notre administrateur judiciaire, Maître Robert, nous a fait prendre conscience d'une autre alternative.
Quelle était alors la situation de l'entreprise?
Nous nous sommes aperçus qu'elle ne perdait pas d'argent, que nous n'avions pas non plus perdu de commandes. Or l'actionnaire Amsted s'était engagé dans le même temps à soutenir à hauteur de 2M€ tout projet de reprise. Maître Robert nous a conseillé de nous intéresser à la reprise par les salariés. Nous avons pris contact avec l'Union régionale des Scop à Rennes, qui nous a assisté pour tout ce qui concernait le business plan et l'offre de cession.
Comment êtes-vous organisés aujourd'hui?
Notre conseil d'administration est constitué de quatre cadres, quatre ouvriers et quatre Etam (NDLR: Employés, techniciens, agents de maîtrise). Avec ce principe: un homme égale une voix. L'ouvrier lambda a la même voix que moi, indépendamment du fait que j'ai pu mettre davantage d'argent dans le capital. Celui-ci est passé de 191.200 € à 220.000 €. Sur 86 CDI, 45 personnes sont actionnaires de 100% du capital. Nos statuts prévoient qu'au terme de sa première année chez nous, un CDI doit faire acte de candidature au sociétariat. Sinon, il est considéré comme démissionnaire. Toutefois, c'est l'AG des actionnaires qui valide l'acceptation des candidats au sein de la confrérie.
À quoi correspond l'engagement financier pour devenir sociétaire?
Trois mois de salaire net.
C'est loin d'être neutre. Et sa faiblesse, c'est qu'une Scop est désorganisée si trop de salariés la quittent...
Effectivement.
Mais dans les faits, y compris dans les Scop les plus imposantes, comme par exemple Fagor, qui emploie plus de 5.000 personnes au Pays Basque, très peu sont confrontées à des départs massifs. Le taux de défaillance des Scop est inférieur aux sociétés classiques car les actionnaires sont dans la maison. Nous payons des impôts comme tout le monde, même si nous ne payons pas la taxe professionnelle. L'avantage majeur de ce type d'entreprise est qu'elle est fondée sur le partage des richesses.
Justement, comment s'organise ce partage?
Nous consacrons 65% de notre résultat à nos fonds propres, nos réserves impartageables, alors que la loi nous impose seulement d'y dédier 15%. 25% sont dévolus à la participation, soit le seuil voulu par la loi. Et 10% aux dividendes, que la loi n'oblige pas à verser mais plafonne en revanche à un maximum de 33%. Nous avions expliqué aux salariés qu'ils seraient remboursés de leur investissement de départ en trois ans. Aujourd'hui, ils touchent près de 14 à 15 mois de salaire.
Quels facteurs expliquent rétrospectivement la réussite du projet?
Avant la reprise par ses salariés, l'entreprise vivait dans une forme de résignation. Pourquoi deux ou trois cadres auraient réussi là où les Américains avaient échoué? Or, il faut bien se dire que les Américains n'échouent pas. Ils font des choix. Ces derniers n'étaient simplement pas en notre faveur. À l'époque, certains salariés étaient farouchement opposés au projet de Scop, ce qui aurait pu être gênant. Mais les Américains nous ont cédé 1,5M€. Et grâce aux stocks nous nous sommes retrouvés riches dès le départ! Notre carnet de commandes se montait alors à 5M€, l'activité ferroviaire redémarrait, il est désormais de plus de 7M€.
Et votre chiffre d'affaires?
Il sera de 8,4M€ en 2008. Nous avions budgété 9,4M€ mais nous avons eu du mal à trouver de la main-d'oeuvre à Ploërmel, où ce problème était assez récurrent jusqu'à l'été 2008. Or, quand on perd du CA, on perd de l'argent.
Quelle a été votre réaction?
Nous avons été obligés de faire appel pour six mois à de l'intérim de main-d'oeuvre étrangère, dix Roumains en l'occurrence, qui sont restés jusqu'en mars. Nous avons été critiqués pour cela mais quand on ne trouve personne, il faut bien prendre les décisions qui s'imposent. Désormais, la situation a plutôt tendance à s'inverser: en deux mois, nous avons recruté 17 personnes et d'autres postes vont être à pourvoir suite au départ des Roumains...