Un mois avec Monseigneur Pierre d'Ornellas
# Conjoncture

Un mois avec Monseigneur Pierre d'Ornellas

Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo Parcours Né le 9mai 1953 Ingénieur HEI, Docteur en théologie Fonctions au sein de l'Église: membre du Comité ?Études et Projet?, responsable du Groupe bioéthique, accompagnateur de l'Arche Internationale

«La persécution des chrétiens. On assiste à des persécutions contre les chrétiens en Irak, en Égypte, en Inde, au Pakistan... Ça m'interroge. Quand il y a un tremblement de terre, on parle de plaques souterraines qui s'entrechoquent. Dans notre monde actuel, des plaques sont en train de bouger de manière profonde. Certains le refusent et cela se caractérise par leurs violences aveugles. Il y a une question à se poser: ou bien on fait un monde où les religions vivent ensemble de façon confraternelle, comme c'était le cas au Liban avant 1975, ou bien on fait un monde scindé en deux, le christianisme d'un côté et les autres religions de l'autre. Et ce monde-là me fait peur. Est-ce un choc de civilisation? C'est plutôt l'émergence de groupes fondamentalistes qui ne comprennent pas le vrai vent de l'histoire, celui de la liberté et donc, plus profondément, de la liberté religieuse. Ce qui se passe en Tunisie, c'est ça le vent de l'histoire.




Le suicide des jeunes.

Je sens qu'une part de la jeunesse souffre et j'aimerais qu'on l'aide. Quand on parle des jeunes dans notre société, on les associe au chômage, à la sanction due à l'absentéisme, à l'alcoolisme. Or, un jeune est par définition une promesse de talent, un projet pour la société. Je suis attentif à être optimiste en évoquant la jeunesse car il y a toujours une voie possible. Mais ça demande une aide financière considérable pour mettre en place des lieux éducatifs. Comme d'autres, les entreprises doivent être éducatrices de la jeunesse, non pas en leur présentant un visage de stress et de rentabilité à tout prix, mais une communauté humaine où il fait bon travailler ensemble, où l'on propose aux jeunes un projet.




Bioéthique et euthanasie.

La Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 est l'expression du progrès dans le respect intangible de la dignité humaine. Elle a été signée à Paris. On ne peut l'oublier. L'actualité nous invite à y réfléchir dans deux situations: le début et la fin de vie. Pour moi, le projet de loi sur la bioéthique et la proposition de loi sur l'euthanasie expriment des tentations de réduire ce respect. Pour le début de la vie, les scientifiques nous le disent, dès la fécondation commence une nouvelle vie humaine. Et personne ne peut dire que cet embryon humain n'a pas droit au respect dû à la dignité. Or en voulant le congeler et le détruire pour la recherche, nous cédons à la tentation de ne pas le respecter. Avec les cellules souches adultes, il y a de vrais résultats pour soigner. C'est là qu'il faut continuer les recherches. Là est l'avenir, le progrès. Sur la fin de vie, on n'a pas complètement mis en oeuvre la loi de 2005 (Léonetti) sur les soins palliatifs. Là aussi est le progrès. L'acharnement thérapeutique est toujours déraisonnable, mais un accompagnement raisonné de la fin de vie n'est jamais contraire au respect de la dignité. Benoît XVI, devant le parlement britannique, a évoqué la grandeur de la raison humaine. Pour le début et la fin de vie, la raison est capable de trouver des solutions qui soient toujours respectueuses de la dignité humaine.»

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