Chez Clinitex, nombreux sont les jalons qui passent par le mois d’avril. En 2024, le groupe de propreté basé dans la métropole lilloise a choisi ce repère calendaire pour changer d’identité visuelle. Une première dans l’histoire de l’entreprise, qui esquisse un chiffre d’affaires prévisionnel de 65 millions d’euros pour 2024, soit le double du chiffre réalisé quand Édouard Pick, le fils du fondateur, a repris la barre en 2020. Affichant une croissance régulière depuis sa création, Clinitex poursuit aujourd’hui son expansion géographique, à coups de croissance externe. Une prochaine acquisition est prévue début octobre, du côté de Lyon. Ces opérations ont la particularité d’être à l’initiative des collaborateurs de l’entreprise, qui place le management libéré parmi les principaux moteurs de sa croissance.
Une création dans un garage
Derrière la dimension cosmétique de ce changement visuel, "c’est peut-être aussi le symbole de la chenille qui devient papillon et d’un nouvel envol pour apposer un nouveau sceau générationnel", estime celui qui n’aurait jamais pensé rejoindre le business familial. "L’étape était nécessaire en termes d’appropriation", concède son père, Thierry Pick, qui a fondé l’entreprise dans le garage de ses parents, tel un futur géant de la Silicon Valley.
La création est déclarée en 1980, en avril donc, par un jeune entrepreneur alors en recherche d’indépendance et d’autonomie. Parti aux États-Unis dans l’espoir d’en revenir avec la bonne idée, il la trouve in extremis dans l’avion du retour en tombant sur un encart publicitaire dans la presse anglo-saxonne, sur le nettoyage de locaux. Au début, il tâtonne. "Le B to C ne marchait pas du tout. J’ai mis un pied dans le B to B grâce à une relation qui travaillait dans un centre auto… Le bouche-à-oreille a fait le reste". En 1985, il recrute son premier agent de propreté… jusqu’à ce que, tous les cinq ans, l’entrepreneur change de local pour faire face à la croissance de l’entreprise, à Villeneuve-d’Ascq, Wasquehal, Croix (dont les locaux renferment actuellement la plus grosse agence Clinitex, 9 M€ de chiffre d’affaires, 500 salariés)… et à nouveau Villeneuve-d’Ascq, qui abrite aujourd’hui son siège social où exercent les services supports.
Un coming-out managérial
L’entreprise a, de l’aveu de ses dirigeants, toujours été en croissance forte et bien souvent à deux chiffres. Des performances que la direction lie à son modèle économique qui recourt, pour l’essentiel, à une clientèle d’abonnés… comme au bien-être de ses collaborateurs, valeur cardinale du développement de Clinitex. "Il y a des moments où nous avons été plus ou moins heureux dans l’entreprise", concède Thierry Pick. Il évoque l’existence, au début des années 2000, d’un comité de direction, supprimé depuis, qui a imposé une organisation verticale, source de souffrance au travail. "Sa manière de faire était contraire à nos valeurs alliant confiance et lâcher-prise", regrette-t-il.
Cet état d’esprit, la direction le conscientise pleinement et le formalise dans la foulée, au début des années 2010, en faisant ce qu’elle appelle son "coming-out managérial". Pour Thierry Pick, "il y a eu un avant et un après : nous avons été obligés de regarder dans le rétroviseur pour définir les clés d’une croissance à deux chiffres qui ne s’est pas démentie pendant trente ans". Cela s’est traduit par l’écriture d’un plan stratégique à dix ans, reformulé pour la période 2023-2033, pour lequel chaque collaborateur de l’entreprise a été mis à contribution.
Le collaborateur au cœur du réacteur
Pour pousser le sujet de l’autonomie et du sens des responsabilités individuelles et collectives, le nouveau patron de l’entreprise a d’ailleurs instauré, en début d’année, un principe d’autodétermination des salaires. Il a également entériné le lancement d’un fonds de dotation, où le soutien aux projets est discuté par les salariés. Chez Clinitex, pas de direction marketing ou de directeur financier, mais une équipe d’experts spécialisés dans plusieurs métiers et mis à disposition des différentes implantations. "Entre l’agent de propreté et moi, il n’y a que deux échelons : le directeur de l’agence et le manager d’équipe", précise Édouard Pick, qui a mis son numéro de téléphone personnel à disposition de tous ses salariés, dispersés sur le territoire.
"Je ne sais pas quels sont les projets de développement de l’entreprise"
C’est d’ailleurs le désir de mobilité des collaborateurs qui guide aujourd’hui l’expansion géographique du groupe qui a longtemps épousé les souhaits de la clientèle, avant d’opter pour son contrechamp. "Je ne sais pas quels sont les projets de développement de l’entreprise", s’amuse Édouard Pick. "Aujourd’hui, nous faisons émerger les envies professionnelles des collaborateurs". C’est ainsi que s’est décidée l’implantation en région Paca, en 2019.
Une vague de croissance externe
Depuis, "nous sommes passés de six agences à dix-neuf ", indique le DG. Ces implantations sont, pour la plupart, issues d’opérations de croissance externe. "Le développement externe n’a jamais été dans ma culture", concède le patriarche. À son arrivée, le fils aîné n’hésite pas, conclut deux opérations à Nice, deux à Montpellier et une à Cannes. "Ces opérations n’ont pas de connotation de voracité. Il s’agit d’accompagner le mieux possible le collaborateur dans son projet", souligne-t-il. Pour compléter son maillage hexagonal, Clinitex devra encore couvrir l’est de la France, le sud-ouest (Bordeaux, Toulouse) et la pointe bretonne. Et l’international ? "Je ne sais pas", sourit Édouard Pick. "Il faudra interroger nos 3 800 collaborateurs" qui auraient des envies d’ailleurs.