Ubifrance : «Amener les PME vers les pays émergents»
# International

Ubifrance : «Amener les PME vers les pays émergents»

Directeur général d'Ubifrance depuis 2008, Christophe Lecourtier a été l'un des artisans de la réforme du dispositif public d'appui au commerce extérieur qui repose aujourd'hui très largement sur son Agence et les réseaux consulaires. Tous deux au coeur de la nouvelle Équipe de France de l'Export, ils se sont vus fixer des objectifs chiffrés par l'État. Propos recueillis par Aline Gandy



L'État vous a fixé des objectifs chiffrés pour la période 2008-2011. Qu'en est-il à ce jour?

Le principal objectif, et donc le plus ambitieux, portait sur la détection de 10.000 nouveaux primo exportateurs en trois ans. À mi-parcours, le travail des réseaux consulaires a permis d'en identifier environ 4.500, donc de tenir nos engagements. Pour ce qui est d'atteindre le seuil de 10.000 jeunes VIE (Volontariat international en entreprise, NDLR) en poste à l'étranger en 2011, les résultats sont, il est vrai, un peu moins flatteurs (ils sont actuellement 6.500 en poste, NDLR). La crise économique a complexifié notre travail, les grands comptes ayant dans l'ensemble réduit leurs quotas de VIE. Nous pouvons néanmoins nous réjouir d'un plus grand nombre d'entreprises utilisatrices- plus de 1.500- et notamment de PME qui ne sont pas exclues de ce dispositif, bien au contraire. Quant au dernier objectif fixé, il était de 17.200 accompagnements annuels d'entreprises à l'étranger en 2010 et de 20.000 en 2011. Sur les dix premiers mois de 2010, Ubifrance en a réalisé plus de 16.200.


Comment articulez-vous cet objectif avec le Programme France export, dont la version 2011 a été dévoilée par Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État au Commerce extérieur, le 20octobre dernier?

Le Programme France export, c'est l'agenda des opérations collectives dédiées à l'accompagnement des entreprises françaises sur les marchés étrangers. En 2011 comme en 2010, il a été défini en équipe, dans une logique de complémentarité entre, d'une part, ce que propose Ubifrance et, d'autre part, ce que proposent divers opérateurs tels que les CCI, les fédérations professionnelles ou les organismes de la filière agroalimentaire,etc. Dans une préhistoire pas si lointaine, on assistait en permanence à une sorte de concurrence malsaine entre les opérations qui brouillait toute lisibilité pour les entreprises. Cet agenda commun leur permet au contraire de se projeter dans l'avenir en programmant à l'avance leur participation à des opérations collectives dans le monde entier et ce, indifféremment de la structure qui les y accompagne.


En matière d'international, à quel échelon les priorités doivent-elles selon vous être définies?

Au niveau régional avant tout. De par leur compétence économique, les Régions ont toute légitimité à définir leurs priorités à l'international. Ubifrance n'a rien d'une entreprise jacobine ou d'une agence nationale qui viendrait s'imposer. Son rôle n'est pas d'expliquer à la région Midi-Pyrénées, Aquitaine ou Bretagne ce que doit être sa stratégie internationale. Chaque Région est le meilleur décideur compte tenu de sa réalité économique, des relations qu'elle a nouées avec un certain nombre de pays étrangers et du choix qu'elle peut faire en mettant l'accent sur tel ou tel accompagnement. En revanche, en tant qu'outil et opérateur, nous pouvons l'aider à passer à l'acte, c'est-à-dire donner à ses priorités une capacité de projection à l'international grâce à nos équipes, notre programmation, nos ressources financières (en 2010, l'État a doté Ubifrance d'un budget de 100M€, NDLR).


Le réseau Ubifrance vous paraît-t-il dimensionné pour assumer, à l'étranger, le rôle de capitaine de l'Équipe de France de l'export qui vous a été confié?

Ubifrance dispose aujourd'hui d'un réseau de 64 missions économiques présentes dans 44pays, représentant près de 90% du commerce extérieur de la France. Entre janvier2011 et janvier2012, ce réseau sera renforcé et l'Agence couvrira en propre une dizaine de pays supplémentaires; il sera alors présent sur tous les marchés où, raisonnablement, il doit être. Dans ces nouvelles implantations figurent des «pays-pari», j'entends par là des pays émergents, tels que le Kazakhstan, l'Angola, la Colombie ou la Libye qui, sans représenter aujourd'hui un potentiel de marché considérable, deviendront sans doute un enjeu important à un horizon de cinq ou dix ans. Et si une entreprise veut aller dans un pays qui ne figure pas dans cette liste, elle en aura la possibilité grâce à des partenariats que nous allons nouer avec des Chambres de commerce françaises à l'étranger et des opérateurs privés.


Outre ces nouvelles implantations, comment faire en sorte que les entreprises françaises regardent davantage vers les pays émergents et s'appuient sur la croissance mondiale?

Il est vrai que nous sommes encore trop centrés sur l'Europe. À travers le Programme France export et nos nouveaux bureaux, nous essayons de corriger cette tendance naturelle des entreprises françaises en les orientant vers des pays émergents. Mais force est de constater que si beaucoup ont conscience des opportunités qui s'offrent à elles en Inde, au Brésil ou en Afrique du Sud par exemple, il est quand même plus simple d'exporter ou tout simplement de se déplacer en Belgique ou en Allemagne. C'est une réalité que nous devons prendre en compte à l'heure où nous travaillons à pérenniser et améliorer notre dispositif de soutien aux entreprises.

# International