Chaque année, la croissance des pays occidentaux est tirée de 1,5% par les pays émergents (étude Natixis). Beaucoup d'entreprises françaises sont donc tournées vers ces pays, et notamment dans le monde arabe, pour réaliser leur business. Et forcément, sans parler de la hausse du prix du pétrole, quand ceux-ci s'embrasent, celles-ci sont touchées. Les entreprises rhônalpines, sont d'ailleurs bien implantées en Tunisie (44), où elles trouvent souvent des fournisseurs plus compétitifs mais aussi des marchés à exploiter. «En Rhône-Alpes, nous sommes dans une phase de développement des relations commerciales avec les pays arabes, analyse Hugues Poissonnier, professeur de géopolitique à Grenoble école de management. Le salon Classe export a présenté l'Égypte comme invité d'honneur en 2010, l'aéroport Saint-Exupéry a ouvert la première liaison Lyon - Tripoli l'été dernier...» Nombreuses sont les PME qui envisagent de faire leurs premiers pas à l'international au Maghreb. À l'instar du chaudronnier basé à Échirolles, SEEF. «Je vais y aller de toute façon, assure Frédéric Thévenet, le gérant. En 2011, SEEF va démarcher l'Algérie, la Tunisie et même l'Égypte. La façon d'approcher les marchés va peut-être changer. Mais les opportunités de business sont réelles. Ces pays continueront forcément d'avoir des projets dans le pétrole, le gaz et même les minerais.»
Désordre administratif
Déjà installée depuis longtemps au Maghreb mais aussi en Égypte, et dans les pays du Golfe, à Dubaï, Oman et bientôt au Qatar, Artelia international (née de la fusion entre Sogreah et Coteba l'an dernier), a déjà subi concrètement l'impact économique des révoltes dans le monde arabe. «AuCaire, nous avons dû fermer le bureau une dizaine de jours, explique Alain Gueguen, directeur adjoint d'Artelia international, société d'ingénierie spécialiste des problématiques liées à l'eau, l'environnement et l'énergie. Quelques personnes ont été rapatriées mais la plupart a préféré rester sur place. L'impact économique est donc bien réel. D'autant plus que l'activité reprend très lentement. Par exemple, les contrats déjà signés n'ont pas été remis en cause. Mais les contrats non signés prennent davantage de temps. Non pas parce qu'ils vont être annulés. Mais parce que les révoltes ont de fait créer un désordre administratif dans les ministères qui rejaillit immanquablement sur le business.» En revanche, Artelia n'a rencontré aucune difficulté particulière en Algérie et au Maroc. Quant aux pays du Golfe, «à Oman, il y a eu quelques manifestations mais la situation reste quand même instable». À Bahreïn, Artelia international réalise quelques contrats via sa filiale installée à Dubaï. Et pour l'heure, les projets continuent. «En Libye, nous n'avons pas de projet en cours, commente le directeur. Mais nous avions des perspectives de développement qui sont complètement abandonnées. Nous avions notamment un projet avec l'aéroport de Tripoli...» Néanmoins, cette situation politique instable ne remet pas en cause la présence du groupe dans ces pays. «Ces pays ont besoin de maintenir une activité pour ne pas tomber dans la crise économique, commente Hugues Poissonnier. Ce serait presque un crime de partir aujourd'hui! Et quand l'activité va redémarrer, qu'il y aura plus de stabilité politique, il y aura toujours de très bons fournisseurs. Il faut donc mieux être déjà sur place.» De plus, les fondamentaux de ces pays sont bons. En 2010, la Tunisie a enregistré une croissance de 5,3%. Or, «2,4% du PIB est ponctionné directement par la famille Ben Ali, affirme le professeur. On aurait donc dû avoir plus de croissance qui se serait traduite par plus d'investissements. Ce qui est rassurant pour l'avenir.»
Le monde arabe connait depuis plusieurs semaines des révoltes, voire une situation de guerre, comme en Libye.
Est-ce que les entreprises de l'Isère sont touchées ? Doivent-elles rester dans ces pays ? Est-ce au contraire le moment d'y investir ?