Une boîte à idées. C’est ainsi que Maxime La Doucette, responsable des projets stratégiques pour le groupe Salins (2 000 salariés, CA : 600 M€) perçoit le programme Reisol. Lancé par la Préfecture de Meurthe-et-Moselle, le laboratoire GeoRessources et l’agence Lorr’Up pour évaluer le potentiel énergétique et la capacité de stockage du sous-sol lorrain, le programme a été lancé sous forme de chaire universitaire, hébergée au sein de la fondation "Geol Nancy Fondation", dans le giron de l’Université de Lorraine. Un sujet a priori très universitaire, que les industriels sont aujourd’hui amenés à se réapproprier. Stockage de CO2 ou d'autres gaz, exploitation de l'hydrogène présent dans le sous-sol lorrain ou encore géothermie, le programme doit permettre d'explorer toutes les pistes.
Pour lancer leurs travaux, les animateurs de la chaire ont rassemblé un total de 2 millions d’euros de financement, dont 150 000 euros apportés par la Métropole du Grand Nancy. Parmi les contributeurs figurent aussi des PME régionales ainsi que trois grands groupes industriels, qui ont amené chacun 50 000 euros : le groupe Salins, Humens et Vicat.
Un réseau de galeries de 350 kilomètres de long
"L’exploitation du sol, la mine, sont encore perçues comme appartenant au passé. C’est une idée reçue et une mine comme celle de Varangéville est un levier pour inventer l’avenir", explique Maxime La Doucette. À Varangéville, en Meurthe-et-Moselle, le groupe Salins exploite la dernière mine en France. À 160 mètres sous terre, une équipe dédiée de 30 mineurs sort 250 000 tonnes de sel de déneigement par an. L’exploitation s’appuie sur un réseau de galeries de 350 kilomètres de long, dans lequel il fait 16°C toute l’année.
"Nous avons besoin d’idée", insiste Maxime La Doucette, en rappelant que le groupe a investi dans la mine 10 millions d’euros sur les trois dernières années. Constatant que le marché du sel de déneigement est en baisse, les équipes du groupe Salins cherchent à créer de la valeur ajoutée autour de cette infrastructure unique : "Un espace de stockage ? De la géothermie ? Nous allons mettre toutes les bonnes idées sur la table", indique le responsable des projets stratégiques pour le groupe Salins.
50 % du chemin déjà parcouru, des idées pour le reste
Le président du groupe Humens, Christian Bouigeon ne fait pas mystère de ses intentions : décarboner. Producteur de carbonate et de bicarbonate de soude, le groupe Humens (400 salariés, CA : 300 M€) dont la principale usine, Novacarb, est située à Laneuveville-devant-Nancy, en Meurthe-et-Moselle, a investi près de 220 millions d’euros, dans deux projets : Novasteam et Novawood.
Deux projets pour décarboner un seul site, en abandonnant le charbon au profit des combustibles solides de récupération, les CSR, et de la biomasse. "Une fois que ces deux unités de production d’énergie seront en service, nous aurons fait la moitié du chemin. Soit 50 % d’émission de CO2 en moins", détaille Christian Bouigeon. Pour parcourir les 50 % restant, l’industriel le reconnaît avec humilité : "Nous devons découvrir de nouvelles solutions". Il y va de la pérennité de la soudière installée à Laneuveville. Sur les neuf soudières en activité en Europe, une usine vient de fermer, une autre est en passe d’être arrêtée. "Décarboner, c’est une exigence du marché", rappelle Christian Bouigeon.
Vers du stockage de CO2 en local ?
Le directeur industriel du groupe Vicat (10 000 salariés, CA 2022 : 3,6 Md€), Laurent Meurette, est lui aussi venu participer au programme Reisol pour trouver des idées. "Nous sommes là pour la deuxième phase de notre décarbonation", précise l’industriel, qui exploite à Xeuilley, en Meurthe-et-Moselle, une cimenterie qui produit chaque année 600 000 tonnes de ciment.
Les efforts de l’équipe de la cimenterie de Xeuilley permettent aujourd’hui à Laurent Meurette de revendiquer le titre de première cimenterie de France à atteindre les 100 % de substitution, comprendre se passer totalement des énergies fossiles pour alimenter en énergie le four nécessaire à la cuisson du calcaire. "Avec 90 000 tonnes de déchets venus du territoire, nous avons réussi à nous passer de 50 000 tonnes de coke", se félicite Laurent Meurette. Dans les prochains mois, Vicat va faire démarrer à Xeuilley une unité de production d’argiles activées. Un investissement de 50 millions d’euros, soutenus à hauteur de 30 % par France Relance, qui doit permettre d’abaisser de 50 % les émissions de CO2 du site.
Stocker dans le sous-sol le CO2 émis, utiliser de l’hydrogène pour faire fonctionner le four, le directeur industriel de Vicat ne s’interdit rien et espère, une nouvelle fois, trouver des idées pour finaliser la décarbonation de la cimenterie de Xeuilley. "À l’échelle du groupe, nous avons lancé un projet de stockage, dans lequel, il va falloir stocker loin du site de production, indique-t-il. Mais s’il était possible de stocker du CO2 localement, ce serait beaucoup plus vertueux".