Qu’est-ce qui vous a incité à postuler à la présidence du Medef Alsace ?
Je suis un entrepreneur engagé et je souhaite porter haut les couleurs de l’entrepreneuriat et de l’Alsace. Depuis quelques mois, je trouve que nous n’avons pas été suffisamment représentatifs dans nos actions. J’ai toujours été un promoteur de l’action du patronat (Franck Favre est un membre actif du Medef Alsace depuis une vingtaine d’années, NDLR). Un patron, c’est quelqu’un qui est ancré dans un monde économique, à proximité de son écosystème, et qui essaye de le comprendre sans avoir besoin d’une paire de jumelles en étant à distance. Et, depuis tout jeune, j’ai toujours été frustré de la façon dont la plupart des médias nationaux décrédibilisent le monde de l’entreprise lorsqu’ils parlent du CAC 40 ou des dérives de certains grands patrons. Cela m’a toujours insupporté car nous sommes très nombreux à faire avancer nos entreprises au quotidien, à faire de la formation, à créer de l’emploi et de la valeur tout en passant parfois par des moments très difficiles sur le plan personnel.
Cela ne dit pas pourquoi vous avez choisi de vous retrouver en première ligne ?
Ce que j’ai essayé de faire avec Alemploi (société coopérative d’intérêt collectif, née en 2006, qui réunit et mutualise les moyens humains et matériels des groupements d’employeurs et des GEIQ présents en Alsace sur les secteurs du bâtiment, des travaux publics, de l’industrie et de l’interprofessionnel, NDLR), qui est aujourd’hui une structure intelligente pour construire des parcours d’insertion et de qualification, incarne une réussite alsacienne unique en France. J’aimerais que le Medef Alsace porte ce même idéalisme, en fédérant l’ensemble de ses branches, pour travailler au service de l’intérêt général de l’entreprise, des entrepreneurs et donc de l’emploi.
Quelle est votre feuille de route en tant que président du Medef Alsace ?
Les enjeux liés à la formation, l’apprentissage qui représente à mes yeux davantage un investissement sur l’avenir qu’une ligne budgétaire, et aux difficultés de recrutement que rencontrent nos entreprises figurent dans nos priorités. La France est aussi le pays champion du monde des charges sociales et de l’impôt de production. Aujourd’hui, nos entreprises ne peuvent plus absorber de nouvelles charges. Au sein du groupe Arkedia (380 collaborateurs pour un CA de 62 M€ en 2023), nous sommes parvenus à nous développer, à grandir, à former et à nous digitaliser. Si on parvient à faire mieux et plus vite grâce notamment aux outils numériques, on est en droit de s’interroger sur la destination de toute cette collecte ? Il est temps de se poser les bonnes questions sur l’impôt et les charges sociales au sens large.
"Les chefs d’entreprise ont besoin de visibilité à long terme"
Les récents propos de Bernard Arnault, patron de LVMH, qui avait fustigé le principe de surtaxe sur les grandes entreprises, trouvent-ils écho en Alsace ?
Il faut comprendre que le tissu industriel alsacien est fortement dépendant des stratégies et décisions prises par des groupes allemands, suisses, américains ou encore japonais qui sont présents sur notre territoire. Les dirigeants de ses sociétés sont de vrais combattants pour gagner des investissements et conserver leur outil de production. Chapeau à eux mais tout cela reste fragile car nous dépendons de choix stratégiques émanant de multinationales et de leurs choix stratégiques. On se retrouve avec une deuxième fragilité reposant sur le nombre de travailleurs frontaliers, qui contribue à notre faible taux de chômage grâce aussi au dynamisme de nos voisins. Il faut toujours rester humbles par rapport à ce contexte car nous sommes sur des équilibres qui sont fragiles. Je pense que tout impôt nouveau peut ainsi fragiliser des investissements sur des sites existants.
Qu’attendez-vous de l’État après plusieurs mois d’incertitude à la tête de l’exécutif depuis la dissolution de l’Assemblée Nationale ?
On avait bien travaillé avec l’État, les hauts fonctionnaires, les corps intermédiaires et la classe politique locale pendant la pandémie liée au Covid-19. C’était très positif. Aujourd’hui, il va falloir recréer ce lien, qu’on a quelque peu perdu ces dix-huit derniers mois, pour anticiper les problèmes qui peuvent surgir. Il est important que le monde économique, le monde politique et la haute fonction publique recommencent à discuter ensemble afin que l’État se remette en ordre de marche. Les chefs d’entreprise ont besoin de visibilité à long terme.
Quelles perspectives se présentent à l’économie alsacienne pour 2025 ?
Je redoute une année très compliquée. Que ce soit dans la chimie, l’industrie sans même parler du logement. D’autant que l’Allemagne rencontre des difficultés, ce qui risque d’avoir un impact sur l’économie de l’Alsace, et j’estime qu’il ne faut pas se réjouir de leur situation.