Que représentent les enjeux liés à la santé et à la sécurité pour un groupe comme Arkédia (60 M€ de CA en 2025) ?
Au-delà du groupe, le milieu du BTP constitue déjà une filière très accidentogène pouvant générer des accidents graves. Notre objectif est de tendre vers le zéro accident et de garder les personnes en bonne santé et en sécurité sur les chantiers. C’est un travail de tous les jours : il faut beaucoup répéter, faire de la pédagogie et de la formation. L’entreprise Arkédia détient la certification MASE (Manuel d’Amélioration de la Sécurité des Entreprises) depuis 2016. Si elle nous permet de montrer patte blanche dans le milieu industriel, par exemple, cela nous oblige aussi à nous remettre en question au quotidien en vue de continuer à nous améliorer. Cette certification permet également de dupliquer nos actions et d’instiller nos bonnes pratiques aux autres entités du groupe.
Comment l’idée d’en faire un événement d’envergure est-elle née ?
J’ai émis ce projet à mon arrivée il y a trois ans. Une première édition avait vu le jour, en janvier 2024, et tout le monde en avait été satisfait. C’est un moment de partage mais aussi de cohésion pour l’ensemble du personnel autour de la sécurité. L’espace congrès du Parc des expositions de Colmar nous permet également d’avoir de la place car il est modulable pour déployer des ateliers.
"Les addictions, on sait que cela existe mais pas à quel niveau. Cela nous permet d’ouvrir le sujet et d’en parler"
Vous avez mis cette année l’accent sur la prévention des addictions et des troubles musculosquelettiques, pourquoi ces deux thématiques ?
Pour les addictions, on sait que cela existe mais on ne sait pas à quel niveau. Cela nous permet d’ouvrir le sujet et d’en parler. La loi autorise les entreprises à réaliser des tests salivaires et d’alcoolémie au travail, mais la première étape est de sensibiliser nos collaborateurs sur ce sujet. Nous avons ainsi déployé un atelier karting avec des lunettes qui simulent le fait d’être alcoolisé et sous l’emprise de cannabis pour sensibiliser aux risques routiers. Quant aux troubles musculosquelettiques, ils constituent la première cause d’accidents et de maladies professionnelles dans le secteur du BTP. Là encore, un atelier prévient sur les risques de chutes en hauteur à l’aide d’un casque de réalité virtuelle. À côté de cela, nous avons imaginé une sorte d’escape game face aux risques d’accidents et un challenge créatif qui nous permettra d’animer et illustrer nos actions en matière de santé et de sécurité.
Quel bilan aviez-vous tiré de la première édition de ces "Journées Santé Sécurité" ?
Des QR codes avaient été disposés pour donner lieu à une enquête de satisfaction. Cela nous a permis de reconfigurer les ateliers. Si je n’ai pas d’éléments chiffrés à communiquer, ce genre d’événement est plutôt marquant. Nos salariés le retiennent davantage que lorsque nous nous déplaçons régulièrement sur les chantiers parce qu’ils sont tous réunis et qu’ils participent à divers ateliers en équipe.
La sécurité figure parmi les valeurs du groupe Arkédia, qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
C’est l’un des piliers du groupe au même titre que l’innovation et le management adapté. Si les valeurs liées à la santé, la sécurité et l’environnement semblent être à la mode, c’est loin d’être le cas dans toutes les entreprises du BTP. Aujourd’hui, nous sommes trois personnes au sein de ce service, ce qui traduit la volonté d’avoir une politique structurée sur ces domaines. Un budget important est alloué à cet événement d’autant qu’on mobilise des intervenants de qualité.
"Nous avons créé notre propre application digitale afin de faciliter l’organisation des chantiers"
Avez-vous recours aux outils numériques, voire à l’intelligence artificielle, pour la prévention des risques liée à la santé et à la sécurité ?
Nous avons créé notre propre application digitale afin de faciliter l’organisation des chantiers. Auparavant, tout était formalisé sur papier. Cet outil nous permet aussi bien de mentionner l’existence d’une situation dangereuse que de valider la feuille de présence et les causeries des chefs d’équipe via leur téléphone professionnel. Nous réalisons des audits croisés entre nos différents corps de métiers afin d’impliquer tout le monde. Nous avons également investi dans un casque de réalité virtuelle pour la formation et l’accueil de nos nouveaux collaborateurs, dans des exosquelettes et un porte-outil pour soutenir une lance qui projette du béton afin de réduire les TMS. Pour l’heure, l’intelligence artificielle nous aide à mieux faire passer des messages et à créer des visuels plus impactants. Peut-être qu’un jour, l’IA sera en mesure de détecter les situations dangereuses sur les chantiers.
Et au niveau de l’humain ?
Nous avons fait appel à une sophrologue externe, que chaque salarié du Groupe peut solliciter entre six et huit séances pour des séances prises en charge par l’entreprise, ainsi qu’à une coach et psychologue du travail et une assistante sociale pour les problèmes du quotidien. On travaille également avec divers organismes comme l’OPPBTP (Organisme professionnel de prévention du BTP) et la Carsat qui peuvent nous inspirer à trouver de nouvelles idées. Des modules de formation ont été créés en 2025 à destination des conducteurs de travaux pour mieux communiquer et appréhender la gestion de conflits. L’objectif est de tendre vers le zéro accident. Chez Arkédia, on a eu une période de 100 jours sans accident en 2025, ce qui nous permet de délivrer aujourd’hui un message positif.