L
es liquidations et les redressements judiciaires s'enchaînent depuis quelques mois parmi les transporteurs ligériens. Quand la spirale infernale a-t-elle commencé ?
J'ai le sentiment que cela a commencé en 2012 avec les liquidations de Liabeuf et Sapin et de Coquet. Il s'agissait de deux belles PME roannaises. Ces deux disparitions ont fortement ébranlé le secteur dans le Nord du département. Cela a continué avec les Transports Munster, à Andrézieux-Bouthéon, qui ont été placés en redressement judiciaire. Le dirigeant, Thomas Wilson, avait repris l'affaire récemment. Or, on sait que sur notre secteur d'activité, une entreprise avec de nouveaux dirigeants est forcément plus à la peine qu'une autre. Avant la mise en redressement judiciaire, Thomas Wilson avait dû se séparer d'une part importante de son activité mais cela n'a pas suffi. La bonne nouvelle, c'est que le tribunal de commerce lui a donné l'autorisation de poursuivre. Et puis, il y a eu Ferrapie, à Roche-La-Molière. Mais là, même si c'est dommage pour la famille Ferrapie, l'histoire se termine plutôt bien puisque l'entreprise a été reprise par les Transports Mazet, une belle entreprise familiale dont le siège est dans la Drôme. Mais attention, la situation n'est pas propre à la Loire. Mes confrères des autres régions constatent les mêmes évolutions.
Est-ce que la liste des mauvaises nouvelles est terminée selon vous ?
Non, malheureusement, nous avons de grosses inquiétudes sur quelques PME ligériennes d'importance. L'année 2013 va être compliquée. Nous allons encore devoir faire face à plusieurs défaillances.
Vous pensez à quelles entreprises en particulier ?
Je ne peux évidemment pas vous donner de noms car il n'est pas question d'enfoncer davantage ces entreprises. Ce n'est pas mon rôle.
Est-ce que la crise et le resserrement du marché peuvent expliquer toutes ces défaillances ?
En fait, la crise est un révélateur de faiblesses. De faiblesse en trésorerie, en fonds propres... C'est souvent la banque qui dit "Stop". Si vous êtes sur la ligne, ça passe tant que le travail est là. Dès qu'il y a un ralentissement, vous ne pouvez pas faire face très longtemps. D'autant que le secteur du transport est toujours en surcapacité pour pouvoir répondre rapidement aux nouvelles commandes. L'ajustement à la baisse est long et peu apprécié de nos dirigeants de PME. Ceci étant, il est certain qu'il y a une contraction importante du marché. Du coup, la concurrence est exacerbée. Pour améliorer leur résultat d'exploitation, les industriels font de plus en plus appel à des prestataires étrangers. Et j'irais même plus loin : le mal est encore plus profond au sein même de la profession puisque certains commissionnaires de transports font la même chose. Pour les entreprises qui sont uniquement sous-traitantes, comme c'est le cas d'un certain nombre de transporteurs ligériens, c'est un facteur important de fragilité. C'est pour cette raison d'ailleurs qu'il est de plus en plus difficile de rester indépendant dans ce secteur. Il faut avoir une certaine taille pour passer ces moments difficiles. C'est pour cette raison, par exemple, que TFM à Veauche s'est rapproché tout récemment des Transports Garnier à la Fouillouse. L'entreprise était en bonne santé mais son dirigeant a préféré anticiper.
Le département compte tout de même de belles entreprises de transport encore indépendantes...
Oui, fort heureusement. On peut citer Vialon qui est la plus importante, Garnier, Chazot, Fertier, Daniel et Demont, Bayard... Je ne peux pas toutes les nommer évidemment, mais nous pouvons compter sur de solides PME familiales. Et puis, il ne faut pas oublier les groupes comme Dentressangle ou Transalliance qui vient d'ailleurs d'investir dans une nouvelle plateforme.
L'avenir n'est pas si sombre alors ?
Il est clair que l'année 2013 va être douloureuse, avec en plus des charges supplémentaires comme la taxe poids lourds dès le mois d'octobre. Mais nous allons nous relever. J'ai une grande confiance dans les capacités d'adaptation et de réactivité de nos dirigeants ligériens.
CONJONCTURe. Depuis plusieurs mois, les transporteurs routiers ligériens sont sérieusement chahutés. Certains y ont d'ailleurs laissé plus que des plumes. Sylvie Plotton, secrétaire générale de la Fédération nationale des transporteurs routiers de la Loire, admet que l'heure est grave mais assure que les PME locales sauront réagir.