Vous l'ignorez peut-être mais une entreprise sur trois est reprise par ses salariés, bien devant le schéma classique de la transmission familiale qui ne représente que 9% des transmissions des TPE-PME selon la dernière étude Oséo réalisée en 2005. Pourtant, les cédants ont rarement le réflexe de penser spontanément à passer le relais à leur dauphin, encore moins à l'ensemble de leurs salariés, «soit que leur entreprise va bien et qu'ils espèrent en maximiser le prix, jugeant que les moyens financiers de leurs collaborateurs sont loin de combler leur appétit, soit que l'entreprise va mal et que leur ego leur interdit de penser que leurs salariés réussiront là où ils ont eux-mêmes échoué», analyse Kalyann Kong, directeur associé du cabinet spécialisé dans le conseil en transmission d'entreprise Actoria.
Méconnaissance des montages financiers
«À cela s'ajoute une méconnaissance des montages financiers qui permettent d'assurer la transmission au juste prix», appuie Pascal Trideau, directeur général de la Confédération générale des Scop (société coopérative de production) qui souligne aussi qu'un ancien salarié de l'entreprise a deux fois plus de chances de réussite qu'un repreneur extérieur, selon l'étude Oséo précitée. Un facteur de poids pour un cédant préoccupé par la pérennité de sa boîte plutôt que par le seul montant du chèque.
La crise favorise la RES
Car la transmission est une phase très risquée de la vie des entreprises, plus d'une transmission sur cinq échouant avant six ans. La violence de la crise que nous traversons a d'ailleurs remis la bonne vieille RES (reprise d'entreprise par les salariés), tombée en désuétude à la fin des années 80, au goût du jour. «L'impact de la crise sur la baisse des valorisations des entreprises rend ce type de transmission plus accessible aux salariés», confirme Hugo Hentz, associé au cabinet d'avocats Fidal à Nantes, qui distingue deux principaux modes de transmission: «Les entreprises à forte composante syndicale ont plutôt tendance à privilégier la transmission en Scop, tandis que les cédants des secteurs où la tradition syndicale est moins prégnante étudient des scénarios de transmission en MBO [NDLR: management buy-out] où les salariés repreneurs sont adossés à un partenaire financier qui apporte une partie de la mise.»
En impactant la valorisation de nombreuses sociétés, la crise a remis au goût du jour la reprise d'entreprise par les salariés (RES). Ces transmissions en interne qui s'opèrent le plus souvent en Scop ou via MBO sont également favorisées par plusieurs dispositifs fiscaux incitatifs. Représentant déjà un tiers des reprises d'entreprise, ce mode de transmission semble donc appelé à prendre encore davantage de poids dans les prochaines années.
Dossier réalisé par Houda Senhaji