Transmission d'entreprise : La courroie régionale grippée

Transmission d'entreprise : La courroie régionale grippée

Le marché de la transmission d'entreprise marche au ralenti dans le Nord - Pas-de-Calais. Les cédants attendent les nouvelles mesures fiscales du gouvernement. D'une manière générale, les pépites régionales à reprendre se font rares.

Plus de 700.000entreprises vont changer de main dans les 15ans et donc autant à reprendre. Ce chiffre, on l'entend régulièrement au gré des salons, conférences et autres événements. Pourtant, il masque une réalité bien différente... «Il n'y a pas autant d'entreprises à reprendre qu'on le dit», affirme Paul Damestoy, nouveau directeur de Nord Transmission (groupe IRD). «Sur la gamme des entreprises de 20 à 200salariés, il y a peu de sociétés disponibles», appuie Marc Verly, directeur général de l'IRD. Sur la bourse de la transmission d'Oséo, quelque 47.000annonces de cession sont consultables en ligne. Il n'y a plus qu'un millier de résultats lorsqu'il s'agit d'un focus sur le Nord - Pas-de-Calais.




Difficile de dénicher la pépite
Les belles PME au fort potentiel à reprendre ne sont en effet pas légion sur le marché régional. Quelques pépites ou perles rares, souvent des entreprises familiales qui font figure de belles endormies, sont néanmoins à réveiller. «J'ai racheté une société vieillissante et je suis reparti avec du sang neuf», témoigne ainsi ce chef d'entreprise de BTP installé dans les Flandres. Il a même réembauché d'anciens salariés. Un produit, une marque réputée, une belle histoire, mais souvent un déficit chronique : il n'en fallait pas moins non plus à Thierry Landron, ancien expert de KPMG, pour reprendre la pâtisserie Meert dans le Vieux-Lille. «C'est une boutique qui m'intéressait depuis très longtemps», raconte-t-il volontiers. Il a alors jeté son dévolu sur les macarons maison. Repreneur de la société Verrières du Nord en 2009, à Lesquin, «une entreprise saine», Gilles Michau conseille: «Pour reprendre, il faut se constituer un réseau et il est important de définir ce que l'on veut précisément.» Dans les statistiques de la reprise, ce sont bien souvent les TPE, les entreprises artisanales et les commerces qui gonflent les chiffres. «Les bons dossiers sont plus difficiles à trouver et il y a beaucoup plus de repreneurs que d'entreprises intéressantes à reprendre, ajoute Paul Damestoy. Il n'est pas rare d'avoir trois à quatre lettres d'intention pour une seule entreprise!» Dans son rôle d'accompagnateur de cédants - une dizaine d'opérations par an (310 depuis 1985) -, il sélectionne six à sept candidats. «C'est toujours le cédant qui choisit son repreneur», précise l'expert. «Il faut disposer de profils d'entrepreneurs », selon Thierry Malo, président de Cote d'Opale Entreprendre qui exprimait il y a quelques mois, en public, le souhait de monter une bourse locale.




Beaucoup plus de demandes que d'offres

«C'est bien le vendeur qui choisit son acquéreur et il le choisit plus pour ses valeurs que pour la valeur», confirme Marc Verly, qui tire la sonnette d'alarme: «Quand j'ai créé Nord Transmission en 1985, il y avait cinq entreprises pour un acheteur; aujourd'hui, nous avons une entreprise pour dix acheteurs! Beaucoup souhaitent devenir indépendants; nous sommes dans une période d'attentisme sur la transmission d'entreprise. Les cédants attendent de connaître les règles du jeu et les acheteurs ne savent pas encore si les frais financiers des emprunts seront déductibles.» Attention aux freins fiscaux! C'est la formule que martèle à l'envi François Hurel, président de l'Union des auto-entrepreneurs (UAE).




Délais
D'une manière générale, les processus d'investissement comme de reprise s'allongent. «L'amélioration et la détérioration peuvent aller beaucoup plus vite aujourd'hui, c'est la vraie difficulté», indique cet expert. Du côté du bureau de rapprochement des entreprises (BRE), chaque année, plus de 300repreneurs sont accompagnés et 250 mises en relation réalisées. On estime à 2.500 ou 3.000 le nombre d'entreprises transmises en région chaque année. Difficile aujourd'hui de vérifier l'ensemble des données chiffrées : en effet l'Insee ne publie plus de chiffres sur le sujet. L'autre ombre au tableau pour les repreneurs renvoie à la conjoncture. Les banques montrent plus de prudence quant aux soutiens de leurs projets. Plusieurs repreneurs évoquent la nécessité d'avoir 30 % d'apport pour obtenir le feu vert bancaire. Il leur faut aussi composer avec la surévaluation de certaines entreprises. Ces facteurs conjugués expliquent également que certains optent parfois non pour vers la reprise, mais pour la franchise qui a le vent en poupe et devrait, cette année, occuper une large place au Salon Créer.