Vendra? Vendra pas? Cela a l'air évident, mais pour transmettre son entreprise, encore faut-il que le dirigeant ait vraiment envie de la céder. Ce qui est loin d'être toujours le cas. Il n'est pas rare en effet de voir des négociations bien avancées entre un repreneur et un cédant s'interrompre juste parce que ce dernier n'est pas mentalement prêt à vendre. «La préparation psychologique est fondamentale. Une fois que le dirigeant est prêt, il a fait 30% du parcours de cession», appuie Éric Gambino, directeur d'In Extenso Transmission. Il faut dire que pour beaucoup de dirigeants, céder est vécu comme une véritable déchirure, une ?petite mort?. Surtout - et ils sont nombreux-pour ceux qui considèrent l'entreprise comme leur bébé. «Pour certains, l'entreprise, c'est l'accomplissement de leur vie. Ils sont reconnus socialement pour cela et parfois uniquement pour cela. C'est d'autant plus vrai pour l'autodidacte qui a commencé tout seul et qui a bâti une belle PME. Quand vous lui enlevez l'entreprise, il n'a parfois plus rien», poursuit Éric Gambino. Dans cette optique, transmettre, c'est d'abord affronter la peur du vide.
Se projeter
La solution? Se projeter après la cession et se bâtir un nouveau projet de vie. Est-ce le moment venu de goûter une retraite bien méritée, de s'engager dans le monde associatif ou para-professionnel (fédération, tribunal de commerce, etc.) ou continuer l'aventure entrepreneuriale en lançant une nouvelle affaire, quitte, pour les seniors, à n'y consacrer que quelques jours par semaine (accompagnement d'un créateur, lancement d'un cabinet de conseil, etc.)? À chacun de mener sa propre réflexion et de trouver sa voie. Cela demande évidemment du temps. Les spécialistes de la transmission recommandent généralement entre trois et cinq ans entre les premières réflexions autour de la cession et l'acte de vente.
Être tout le temps prêt?
Transmettre est d'autant plus difficile que la plupart des cessions sont plus ou moins ?subies? par les dirigeants: 60% d'entre elles sont dues au départ en retraite du dirigeant, 11% surviennent suite à une maladie ou à un décès, selon une étude réalisée en 2008 par KPMG pour le ministère de l'Économie. Plus rares sont les ?chefs d'entrepriseprofessionnels? qui peuvent vendre et racheter plusieurs affaires tout au long de leur parcours professionnel. Un état d'esprit que met en avant Dominique Liguet, dirigeant du cabinet de conseil en cession 3CGE: «Le bon cédant, c'est celui qui a une stratégie de cession, pas celui qui vend un peu forcé, à l'âge de la retraite». Dans cette logique, mieux vaut être prêt à céder-et donc s'y préparer-à n'importe quel moment. «Être continuellement à l'écoute des opportunités, cela peut être très intéressant. Cela peut permettre de vendre votre entreprise au plus haut, un peu comme à la Bourse», poursuit le consultant. Une façon de tirer le meilleur prix de l'entreprise. Après, tout est affaire d'état d'esprit.
Que vais-je devenir après la cession? Inutile d'engager un processus de transmission sans avoir au préalable répondu à cette question.