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Transmanche : Le vertige de la page blanche
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Transmanche : Le vertige de la page blanche

Après un appel d'offres déclaré infructueux, le renouvellement de la déléguation de service public (DSP) pour la ligne Dieppe-Newhaven s'avère plus compliqué que jamais. Le Département doit trouver une solution avant le 1er janvier 2015.

L'appel d'offres lancé par le département de la Seine-Maritime pour renouveler la délégation de service public sur la liaison transmanche Dieppe-Newhaven pour huit ans à compter du 1er janvier 2015 s'est révélé infructueux. Le Syndicat Mixte de Promotion de l'Activité Transmanche (Smpat) a en effet pris acte de l'absence de candidature répondant au cahier des charges « conçu avec l'objectif de transparence de l'exploitation de la ligne et de maîtrise de la dépense publique ».




Pas d'offre de l'actuel délégataire

Les quatre opérateurs en lice sur les lignes transmanche entre Dunkerque et Roscoff avaient pourtant manifesté leur intérêt. Finalement, seule la Scop SeaFrance, qui exploite les trois ferries rachetés par le Groupe Eurotunnel sous la marque My Ferry Link (MFL) entre Calais et Douvres, a renvoyé un dossier. « En l'assortissant toutefois d'une lettre dans laquelle nous avons indiqué que nous n'étions pas en mesure de remettre une offre formelle dans les conditions prévues par le cahier des charges », indique Jean-Michel Giguet, son directeur général, qui « regrette l'amalgame qui a pu être fait entre la Scop SeaFrance et MFL en la circonstance ». Brittany Ferries et P & O Ferries n'ont pas rendu leur copie. Ni DFDS, l'actuel délégataire, ce qui a davantage surpris. Son porte-parole indique en substance que les conditions posées par le Département, souhaitant mettre en place une régie intéressée, ne sont pas compatibles avec les exigences d'exploitation du groupe. Opérateur de nombreux services ferries, DFDS a besoin de massifier ses achats pour réaliser des économies d'échelle. L'entreprise n'en reste pas moins « attachée à l'exploitation actuelle de Dieppe-Newhaven ». Une liaison historique, certes attachante, mais devenue structurellement déficitaire et sans objectif d'équilibre avec un chiffre d'affaires annuel n'atteignant pas 20 millions d'euros.




Le Département cherche des soutiens

En 2013, celle-ci a transporté 276.421 passagers (+ 4 %), 8.419 voitures (+ 3 %), 3.296 autres véhicules de tourisme, et 38.144 camions (- 5 %) dont 2.268 remorques routières non accompagnées (+ 8 %). Récemment élu président du Conseil général de la Seine-Maritime, Nicolas Rouly « s'interroge sur le modèle économique de la ligne » et souligne que « le Département n'a pas vocation à porter seul le transmanche et son avenir ». Il rappelle que pour la collectivité locale, la facture s'élève à près de 20 millions d'euros par an si l'on ajoute à la subvention d'équilibre (environ 14 millions), le coût des soutes, et l'amortissement des deux ferries alignés. Nicolas Rouly invite donc à « un tour de table le plus large possible réunissant acteurs publics et privés (...) afin d'envisager un diagnostic partagé de la situation ». Avec en perspective, « la construction d'un nouveau projet puis de nouvelles modalités de mise en oeuvre ».




Vers un prolongement de la DSP ?

Pour Alain Verna, président de Logistique Seine Normandie (LSN) et dirigeant de l'entreprise Toshiba TEC implantée à Dieppe, « Il convient de considérer la ligne non comme un service mais comme une infrastructure, autrement dit comme un investissement à long terme. Et en s'appuyant sur une plate-forme rail-route au Nord-Est de Rouen et le raccordement A28/A13, de créer un effet réseau pour renforcer son attractivité en l'intégrant dans une dimension Axe Seine ». En attendant, on évoque du côté du Smpat la possibilité de prolonger jusqu'à fin 2015 l'actuelle DSP. Dans l'immédiat, DFDS a obtenu d'utiliser le ferry Seven-Sisters sur Le Havre-Portsmouth pour y remplacer le Normandie-Voyager. De plus grande taille, ce ferry désormais affrété par Brittany Ferries opérera dès la fin mars un service mixte fret/passagers étendu à l'arc Le Havre-Portsmouth-Santander. Par ailleurs, l'armement breton va reconduire le service saisonnier Le Havre-Portsmouth pertinemment lancé en 2013 au moyen du Normandie-Express.

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