Transdev : Le groupe prend un partenaire italien pour gagner la gestion du métro lillois
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Transdev : Le groupe prend un partenaire italien pour gagner la gestion du métro lillois

L'opérateur français de transport Transdev a décidé de répondre à l'appel d'offres de la Mel pour gérer son réseau de métro, actuellement entre les mains de Keolis. Et pour maximiser ses chances, Transdev est allé chercher un partenaire en Italie : le groupe ATM, qui gère le réseau de transports publics milanais.

Sa candidature est déposée depuis le 6 juin dernier. L'opérateur français de transport Transdev, actuellement détenu par la Caisse des Dépôts, a décidé de batailler pour obtenir, dès 2017, la gestion du métro lillois. Suite à l'appel d'offres lancé par la Mel, il est en concurrence sur ce dossier avec l'actuel gestionnaire, Keolis. Et l'enjeu n'est pas négligeable. Cet hypothétique contrat avec la Mel se chiffre à 2 milliards d'euros sur 7 ans. « C'est l'équivalent de 10 % de notre chiffre d'affaires en France », indique Franck-Olivier Rossignolle, directeur adjoint France Transdev. Autant dire que l'opérateur a décidé de concentrer ses efforts sur ce dossier et il ne s'en cache pas.

Un partenaire italien

À l'époque actionnaire de Transdev, Veolia avait déjà répondu en 2010 à cet appel d'offres, dans un groupement à 50/50 avec l'opérateur milanais ATM (CA 2015 : NC, 9.695 collaborateurs et 792 millions de passagers en 2015). Mais c'est Keolis qui l'avait emporté. Aujourd'hui Transdev retente sa chance, seul : « Veolia n'exploitait plus de métro à l'époque. Nous, si. Mais nous exploitons différentes lignes, ici et là, pas un réseau complet dans une ville. C'est pourquoi nous avons choisi de répondre à cet appel d'offres avec la société ATM, qui gère les transports publics de la métropole de Milan. Il s'agit d'un réseau multimodal comprenant notamment un système de métro automatique et un tramway de très haut niveau. » Cette fois, pas de groupement, donc, entre Transdev et ATM, une SPL détenue à 100 % par la ville de Milan : « Nous voulons conjuguer nos forces et bénéficier de l'expertise technique d'ATM. Si nous décrochons cet appel d'offres, nous ouvrons la possibilité pour ATM d'être actionnaire minoritaire de la société de gestion que nous créerons ». Celle-ci aura son siège à Lille et emploiera, a minima, 1.900 salariés. La compagnie milanaise pourrait ainsi entrer au capital à hauteur de 20 %.

Une expertise italienne

Avec ce partenariat, Transdev espère mettre toutes les chances de son côté. Il faut dire qu'ATM mise sur l'innovation et affiche certaines expertises qui pourraient, selon Franck-Olivier Rossignolle, faire mouche face aux attentes de la Mel. Parmi celles-ci : le fait que la compagnie desserve avec le métro un grand stade de 90.000 places, celui de San Siro. ATM y a mis en oeuvre un système de portiques avec décompte digital, permettant de gérer le flux de passagers aux entrées et sorties de match ou de concerts, sachant que lors d'un match à Milan, 20.000 spectateurs s'y rendent en métro. En 2015, Milan a ausi accueilli l'Exposition Universelle et ATM a alors assuré plus de 11 millions de déplacements, soit 26,2 % des visiteurs de l'exposition. ATM déclare enfin un taux de fraude de 1 % sur son réseau de métro quand celui-ci s'élève à 14 % à Lille en 2015 (contre 18 % en 2014), selon une étude mandatée par Keolis.

Les attentes de la Mel

Dans son appel d'offres, la Mel a demandé aux deux sociétés en concurrence de dresser un cahier des charges répondant à diverses de ses attentes. Celles-ci commencent à dessiner le visage qu'aura le métro lillois dans quelques années. « À l'horizon 2020, la Mel nous demande de fermer toutes ses stations : le métro de Lille est le seul en France à être en libre accès ! La station Lille-Europe serait ainsi en accès fermé dès 2017 et 6 autres stations dès 2018. Il nous est aussi demandé de faire baisser le taux de fraude et de trouver d'autres recettes que celle du prix du ticket, grâce à des espaces commerciaux ou de la publicité, à l'image de ce que fait ATM avec sa station Garibaldi ». L'ensemble de la communication de cette station milanaise, située sur la ligne 5, est géré par Nissan, qui en est le sponsor. Franck-Olivier Rossignolle poursuit : « Il nous est également demandé de faire une proposition de nom commercial pour remplacer l'actuel " Transpole " ».

Sujet plus critique, la Mel demande aussi aux sociétés candidates de chiffrer un démarrage du métro 52 mètres (contre 26 actuellement) à Lille en 2020. Un projet qui relève aujourd'hui du serpent de mer : la Mel a déjà investi dans celui-ci plus de 630 millions d'euros, selon Franck-Olivier Rossignolle et, s'il démarre en 2020, il affichera ainsi quatre ans de retard. Enfin, pour clore ses demandes, la Mel souhaite également réaliser 20 millions d'euros d'économies par an : « Elle verse aujourd'hui 210 millions d'euros par an à son délégataire et attend donc 10 % de moins », précise le Dg adjoint France de Transdev. Une demande qui ne semble pas effrayer Franck-Olivier Rossignolle, même lorsqu'il déclare que « Keolis affiche en 2015 une perte de 18 millions d'euros sur la gestion du métro lillois. » Côté calendrier, la réponse à l'appel d'offres doit être rendue à la Mel le 2 novembre, pour un dialogue compétitif entre les deux candidats de janvier à fin mai, avant un choix final du gestionnaire en juin 2017.

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