«La vie est faite de hasards. En 2009, j'ai récupéré un petit capital. C'était l'époque où les produits dérivés débarquaient sur les sites en ligne. Je me suis dit pourquoi pas?» Claude Jost, un entrepreneur lyonnais, a investi 3.500 €... pour une perte de 2.500 €. Pour autant, il ne s'avoue pas vaincu: «Il faut se brûler les doigts une fois pour ne pas recommencer les mêmes erreurs». Constat du trader alors en herbe: l'offre est pléthorique et il n'est pas toujours facile de trier le bon grain de l'ivraie. La plupart des experts en finance questionnés sur ce sujet rappellent que les traders professionnels suivent un cursus de plusieurs années. Il existe toutefois des logiciels de formation et de gestion de portefeuille intéressants. Les sites sérieux proposent aussi des formations, voire des évaluations de connaissance avant ouverture de compte.
Qui se cachent derrière les plates-formes?
Difficile également de savoir parfois qui se tient derrière les plates-formes. Sont-elles adossées à un établissement agréé? Sont-elles autorisées en France. Une vérification s'impose: les forums regorgent de récits qui relèvent de l'escroquerie pure. Pour autant, il est des sites sérieux et réputés offrant toutes les garanties. Ne pas hésiter à vérifier auprès de l'AMF. Claude Jost a fait le choix de privilégier des produits complexes - options binaires, CFD, etc. - et non d'opter pour la gestion plus "simple" d'actions traditionnelles. Explication: «la variation des valeurs du CAC 40 est relativement faible sur un mois. Alors qu'avec les options, par l'effet de levier, on peut ramasser dix, vingt fois la mise. Mais aussi perdre dans les mêmes proportions. Il ne faut donc pas oublier de se couvrir.» Avec un écueil de poids: les sites n'ont pas la réactivité des salles de marché professionnelles. Or, tout peut se jouer à la seconde. Autre constat de ce témoin: «tout est fait pour vous amener à multiplier les opérations.» Si les frais de gestion et d'opérations sont généralement plus faibles qu'avec des intermédiaires classiques, c'est sur le volume que les plates-formes font leur rémunération. La finance comportementale souligne les risques en la matière. Deux chercheurs américains, Brad M.Barber et Terrance Odean, de l'Université de Berkeley, ont analysé* le comportement de 1.607 investisseurs passés dans les années 1990 du passage d'ordres par téléphone à la gestion en ligne Leur constat: alors que leurs cas-témoins "surperformaient" le marché de 2% auparavant, ils "sous-performaient" de 3% en ligne. Leur conclusion: si le trading en ligne offre l'avantage de coûts plus faibles, de passages d'ordre plus rapides et d'une plus grande facilité d'accès aux différents marchés, il engendre aussi un excès de confiance en soi (overconfidence) qui pousse à une multiplication des opérations... et à une moindre performance.
«Des commerçants»
«Ce sont des commerçants. C'est un peu comme le casino: tout est fait pour que le client gagne un peu de temps en temps mais jamais au maximum», estime de son côté Claude Jost. Qui se dit prêt à retenter sa chance «mais en changeant de stratégie: comme certains turfistes, ne pas tout miser sur le quinté du jour mais tenter de sortir 40 € par jour. Sur un mois boursier, cela fait 800 €, ce qui n'est déjà pas si mal. Mieux en tout cas que ce que peut m'offrir ma banque!» * Étude disponible via http://faculty.haas.berkeley.edu/odean Online Investisors: Do the slow die first?.
Les plates-formes de bourse en ligne se multiplient avec des promesses de gain hallucinantes. Attention, elles masquent bien souvent les déconvenues.