La Yaris III donne un formidable élan au Nord-Pas-de-Calais. À peine commercialisée, la voiture star de Toyota représente déjà d'énormes retombées économiques locales. Les investissements liés à ce modèle prometteur se chiffrent par dizaines de millions d'euros. Le constructeur a lui-même investi cent millions à Onnaing.
Des fournisseurs de plus en plus près de l'usine d'Onnaing
Sur les 142fournisseurs de la YarisIII, ils sont l'équivalent d'une équipe de foot en région (de rang1) dont cinq petits nouveaux. «Ces fournisseurs régionaux représentent 20% du coût des pièces achetées», souligne François Papin, vice-président de Toyota Motor Manufacturing France (TMMF) en charge du pôle administratif d'Onnaing et qui a dirigé dix ans sa production. Cette part d'achats en région est même en hausse de deux à trois points par rapport aux précédentes versions de la Yaris, qui compte environ 2.200pièces.
«Made in France» en force Toyota a changé sa stratégie, relocalisant au plus près de son usine nordiste ses fournisseurs. Objectif: réduire les coûts et aléas logistiques. En terme de com', la firme vend aussi le «made in France» à grands renforts de pub. «Toyota veut plus que jamais travailler avec les équipementiers européens et s'inscrire sur la durée. Cela ouvre des perspectives de volumes importantes pour eux. Nous allons être beaucoup plus ouverts sur leurs technologies», affirme François Papin.
40M€ investis par TBS
Dans ce «team» nordiste, terme cher à la firme nippone, Toyota Boshoku Somain est sans doute le plus emblématique. Et surtout le plus gros investisseur. Détenu à 40% par Toyota, ce groupe japonais a repris le site d'assemblage de sièges de Faurecia, à Somain, qui travaillait pour Renault Douai. Pour la YarisIII, il en a fait un fleuron mondial injectant plus de 40M€.
Un avant et un après Toyota À sa reprise en 2009, la moitié de l'usine de 17.000m² servait. Aujourd'hui, 86% de l'espace sont occupés grâce à sa réindustrialisation qui porte surtout 450emplois dont 270permanents contre 210à la reprise. «Sans Toyota, il n'y aurait plus rien, nous avons une chance incroyable. Grâce aux investissements, nous avons pérennisé l'emploi et l'activité», témoigne Jean-Luc Hennebicq, président de TBS qui a connu les deux ères. Avant Toyota, le site monoproduit ne faisait qu'assembler des sièges, sans valeur ajoutée. «Les sièges n'étaient pas produits en région.» Aujourd'hui, ses robots ultramodernes impressionnent. Ils forment l'armature métallique, injectent la mousse, mais aussi le plastique pour les pavillons de toit. Auparavant faits en Allemagne, ces derniers sont venus compléter la gamme produite en région avec les filtres extraits du Japon. Une première! «Nous avons ramené de la technologie ici. C'est une aventure industrielle devenue rare.»
Effectif doublé chez Toyotomi
Chez Toyotomi Europe, aux portes de l'usine d'Onnaing depuis 2005, on a doublé l'effectif pour les besoins de la YarisIII avec 100recrues
, en CDI pour les trois quarts. Et surtout, la société est passée du rôle de simple fournisseur de pièces de rechange pour plusieurs modèles à celui de producteur industriel, investissant 28M€ dont 7M€ dans une extension et le reste en équipement industriel (deux presses, robots de soudure...). «Toyota nous a donné l'opportunité de fabriquer les pièces de série de structure pour la nouvelle Yaris qui étaient auparavant fabriquées en Grande-Bretagne, se félicite Jérôme Rannou, manager des achats-ventes. Nous avons amélioré leurs rendements de production. Il y a un avantage concurrentiel à être juste en face. Nous sommes quasiment un fournisseur intégré.»
Mecaplast double la mise Entre Mecaplast Libercourt et la Yaris, la collaboration dure dans le temps. «Nous étions déjà fabricants pour les deux anciennes générations de Yaris», résume Laurent Mirabel, directeur du site. Pour la Yaris III, le constructeur a doublé le nombre de références fabriquées par Mecaplast. L'équipementier fournit tous les plastiques visibles à l'intérieur du véhicule: montants de portes, contour des compteurs de vitesse... Pas moins de 81références sont livrées chaque jour à Onnaing. «Nous sommes le plus gros fournisseur en terme de références», précise Laurent Mirabel. Pour fournir au mieux son client nº1, l'industriel du Pas-de-Calais a choisi de reconfigurer totalement son atelier de production et a investi dans des périphériques de postes d'assemblages. Le montant: 800K€. Mais c'est aussi côté emplois que le véhicule a des incidences: 15recrutements ont été opérés en CDI et une centaine en intérim, ce qui porte l'effectif à 300personnes. Le site est ainsi prêt pour répondre à une montée en puissance de la fabrication actuelle, voire d'une future. «Toyota est un client qui nous amène à tendre vers l'excellence industrielle. Il nous permet une visibilité dans le temps. Nous souhaitons qu'il y ait une YarisIV.»
S.Mahias et G.Bertrande
Fabriquée à Onnaing, dans l'usine valenciennoise de Toyota, la YarisIII fait travailler des PME de toute la région. Qui sont ces sous-traitants de l'ombre? Quelles relations entretiennent-ils avec la firme nippone? Quelles retombées pour le Nord - Pas-de-Calais? Enquête.