Il a plu des étoiles dernièrement à Toulouse. Depuis le 1er février, la Haute-Garonne compte deux nouveaux chefs étoilés au Guide Michelin (Pierre Lambinon, du Py'R et Thierry Merville de la Table des Merville). De plus une cinquantaine de sites dans la ville ont été distingués par le Guide vert Michelin, ce qui place Toulouse à égalité avec Lisbonne, Copenhague ou Barcelone. Est-ce là un signe que le tourisme haut de gamme a de beaux jours devant lui dans la Ville rose ?
À chaque hôtel son créneau
Côté hôtellerie, Toulouse compte 68 établissements de 3 étoiles, 31 de 4 étoiles et quatre de 5 étoiles. La Cour des Consuls est le dernier né des hôtels grand luxe toulousains. Géré par le groupe carcassonnais Cité Hôtels, il a ouvert en plein centre-ville en septembre dernier. Était-ce un pari risqué pour Hadrien Pujol, à la tête de l'entreprise ? Selon lui, l'investissement est rentable à condition de savoir se positionner par rapport à l'offre déjà existante. « C'est un marché porteur, si l'on sait se positionner : nous sommes dans un hôtel à caractère patrimonial, dans les vieilles pierres de Toulouse, dans le quartier emblématique des Carmes. Nous avons une taille conviviale (32 chambres), un service restauration et un spa haut de gamme et nous nous sommes intégrés à la marque sélective MGallery Hôtel du groupe Accor », décrit l'homme d'affaires. Pas de CA annoncé au bout de ses cinq premiers mois d'activité, mais Hadrien Pujol vise les 2,5 à 3 M€ de CA en 2018. Son groupe Cité Hôtel gère quatre établissements au total (trois à Carcassonne, un à Toulouse) et pèse un CA total de 13,5 M€.
De la place pour tous ?
À entendre Frédéric Michel, président de la branche hôtellerie de l'UIMH 31 (syndicat de la profession), trop d'offres tuent l'offre : « Si l'on adresse un complexe hôtelier à chaque nouveau projet de la ville, comment vont vivre les structures déjà existantes ? » Il est vrai que les projets d'ouverture haut de gamme ne manquent pas : un Mama Shelter annoncé pour 2017 dans Toulouse (4 étoiles), un autre 4 étoiles au pied de l'aéroport, (celui-ci sera géré par le groupe espagnol NH Hotel group et est prévu pour le printemps 2018), et le projet encore lointain d'un hôtel haut de gamme sur le site de l'Oncopole, au côté du Quality Hôtel qui a ouvert en décembre dernier. Thierry Merville, le chef récemment étoilé installé à Castanet-Tolosan, croit aux bienfaits de la concurrence : « Plus nous serons, plus notre image sera forte. » Celui-ci prévoit d'ouvrir une maison d'hôtes juste à côté de son restaurant. « L'important est d'arriver à proposer une offre complète, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Pour cela, les acteurs locaux du tourisme doivent travailler en réseau pour que les visiteurs trouvent une réponse à chacun de leurs besoins. »
Un prix moyen trop bas
« Nous n'avons rien à envier aux Bordelais, analyse Sylvie Rouillon-Valdiguié, vice-présidente de Toulouse Métropole en charge du tourisme, en réaction au dernier rapport Deloitte In Extenso sur les tendances du tourisme et de l'hôtellerie 2016 qui vient de paraître et qui cite Bordeaux en exemple. Il est vrai que dans ce rapport, Toulouse tire plutôt bien son épingle du jeu, notamment dans les catégories supérieures : Le RevPar (indicateur hôtelier qui donne le revenu moyen par chambre disponible) des hôtels haut de gamme et luxe toulousains a augmenté de 5,3 % entre 2014 et 2015. Le taux d'occupation atteint les 69 % en 2015 contre 55 % dans la ville du vin. Didier Vincent, directeur du 5 étoiles Crowne Plaza Toulouse tempère ces résultats. « Il n'est pas normal que les hôtels haut de gamme de Toulouse, la 4e ville de France, affichent des prix moyens de plus en plus bas. Nous sommes descendus à un prix moyen de 113 € HT l'hiver dernier. »
L'Euro : source de business ?
Accueillerons-nous plus de touristes étrangers demain ? Parviendrons-nous à développer le tourisme loisir, au côté du tourisme d'affaire qui représente 80 % de la clientèle des beaux hôtels et restaurants toulousains ? Patrice Falcou, président de la commission tourisme à la CCI de Toulouse est optimiste : « Toulouse sera demain une ville européenne de congrès mais aussi un lieu gastronomique (avec des chefs mondialement connus comme Michel Sarran) et culturel majeur. » Cela semble aussi une priorité pour Toulouse Métropole, au vu de la réorganisation récente de ses structures d'accueil et de promotion touristique de la ville. Le 16 février dernier, la nouvelle agence d'attractivité de Toulouse Métropole est née avec l'objectif d'améliorer la visibilité de la ville. En plus du futur Parc des expositions, des travaux en ville et à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, Patrice Falcou mise sur "l'effet Euro 2016" : « cet évènement sportif doit agrandir notre visibilité internationale. » 200.000 visiteurs attendus,une belle aubaine.
Près de 5 millions de visiteurs sont venus découvrir Toulouse en 2015. Cette manne est-elle optimisée par les acteurs du secteur touristique, y compris par les prestataires haut de gamme ? Toulouse est-elle prête pour accueillir les visiteurs étrangers annoncés par les collectivités ?