La pluie et le froid qui se sont abattus sur le Morbihan ces deux derniers mois ne laissent pas présager un début de saison des plus fameux. D'après Jean-François Sérazin, président de l'Umih, le début de saison serait même «moyen à tendance basse». Et pourtant, d'avril à septembre, le Morbihan se poste sur la cinquième place des départements français en matière de destination touristique. Une place de mieux que sur douze mois. «Le Morbihan doit être le "stop projet" des Français», assure Jean-Jacques Micoud, directeur du comité départemental du tourisme (CDT) à la tête de 29 salariés et d'un budget de 2,85 millions d'euros. Budget doté d'une enveloppe de 500.000 euros dédiée à la communication qui met en avant le territoire à l'année. «Cela contribue à le rendre crédible et accessible et moins dépendant de la météo», selon Jean-Jacques Micoud. Un plan médias que certains aimeraient différent. «Pourquoi ne pas communiquer sur des grandes chaînes nationales?», questionne le président de l'Umih jugeant que le 6e département touristique français le mérite bien.
Un milliard d'euros de consommation
Dans le Morbihan, l'activité touristique fait vivre plus de 9.000 professionnels, incluant toutes les activités qui gravitent autour du tourisme. Hôtelliers, restaurateurs mais aussi loueurs de vélo, parcs de loisirs... Au total, la filière emploie 20.900 salariés directs en haute saison, soit 9,5% de l'emploi morbihannais et pèse un milliard d'euros de consommation touristique. Une manne réalisée grâce aux 33,4 millions de nuitées enregistrées dans le Morbihan en 2011 (+0,3% par rapport à 2010). Et pourtant, cette année encore plus que d'habitude, les professionnels peinent à recruter. «Il n'y a aucun candidat», remarque Jean-François Sérazin, qui a fait des demandes restées vaines à la mission locale d'Auray et auprès de Pôle Emploi pour son restaurant de l'île d'Houat. «La direction régionale de l'emploi m'a informé qu'il y avait 17.700 demandeurs d'emploi en Bretagne dans l'hôtellerie et la restauration, mais où sont-ils ?», s'interroge-t-il.
Schéma départemental révisé
Si cette problématique est récurrente, le Département dessine cette année un nouveau schéma de développement touristique. «Ou plutôt une révision de celui déjà en place, qui doit être voté en décembre prochain par le conseil général du Morbihan», précise Pierrik Nevannen, président du CDT et conseiller général. Commencent dès maintenant concertations et études pour élaborer ce plan d'actions qui doit courir jusqu'en 2018. Et permettre ainsi de structurer le tourisme dans le Morbihan, véritable filière industrielle. Avec le souhait d'une prise en compte des flux touristiques, des évolutions des modes de transports et de la consommation d'énergie par les collectivités locales. Mais ce qui manque au CDT, sous le coup d'un audit depuis janvier, ce sont des données. «Les indicateurs économiques n'existent pas», précise Jean-Jacques Micoud frustré de ne pas pouvoir travailler avec des éléments de la Banque de France, sur les retraits des distributeurs dans les zones touristiques, ou des compagnies maritimes sur la fréquentation des traversées vers les îles. «Chiffre d'affaires, TVA, marges des professionnels, impact de la grande distribution... Nous manquons de beaucoup d'éléments pour nous évaluer correctement», indique Jean-Jacques Micoud. «Nous nous basons uniquement sur les nuitées, ce qui n'est pas suffisant». Pour autant, le CDT s'appuie sur des données comportementales, observant que dans le Morbihan, la clientèle touristique se consolide et vieillit doucement. «La fréquentation a augmenté en volume mais pas en durée. Sur dix ans, les campings ont progressé de 16% en termes d'arrivées. Mais les séjours se raccourcissent», rappelle le directeur du CDT.
De nouveaux arbitrages
«On part toujours en vacances. Mais il y a des niveaux d'arbitrages. Le premier poste était celui des souvenirs, puis est venu celui de l'alimentaire et le risque est que le troisième arbitrage soit l'hébergement.» Déjà, les professionnels doivent adapter leurs tarifs et leurs menus pour continuer de servir à leurs tables. «L'hôtellerie et sa méthode de Yield management a été le premier à s'y mettre», complète Jean-François Sérazin. «En proposant des dernières chambres à - 50% à partir de 22 h. La restauration copie le modèle.» Sauf que certains restaurateurs prennent trop de risques . Comme pour ce partenariat avec Groupon, qui offre une table à -50%, sur laquelle ce site de vente en nombre sur internet prend 25 %. «Les recettes ne suffisent pas pour rentabiliser. On risque de travailler à perte. Pour une table ou deux, d'accord, mais pas pour tout le restaurant. Un restaurateur du Finistère est en train de crever à cause de cette pratique. Un autre dans le Morbihan est en grande difficulté», indique Jean-François Sérazin, qui souhaite mettre en garde la profession.
CONJONCTURE L'industrie du tourisme dans le Morbihan pèse pour 11 % du PIB. Dans un marché concurrentiel, les acteurs du tourisme doivent faire preuve d'une grande réactivité pour continuer de rester dans le Top 5 des destinations françaises d'avril à septembre.