S'unir à une start-up, pour innover vite, améliorer ses process, se diversifier, ou encore pour créer une émulation interne autour d'un projet, donner une image dynamique à son entreprise... Ce sont tous ces éléments qui intéressent les entreprises tournées vers les start-up. La division toulousaine des activités d'ingénierie aéronautique et spatiale d'Assystem (groupe de 12 000 personnes, 900 millions d'euros de CA en 2015) collabore avec Prismadd (start-up devenue acteur clé de la fabrication additive) et Portalliance (30 personnes, 3,6 millions d'euros de CA), porteuse d'une méthode innovante de modélisation informatique : « Ces structures nous aident à nous positionner sur les métiers et procédés de demain. On profite de leur capacité à innover et de leur agilité », explique son directeur Bertrand Girardeau, qui a signé un contrat d'exclusivité avec Portalliance. Pour le groupe local de communication A La Une (2,7 millions d'euros en 2015), ce n'est pas une quête d'innovation qui a poussé Didier Decroix à héberger dans ses murs 5am Market. Ce nouveau service créé par Victor Gilles est une plateforme de marché en ligne pour la filière fruits et légumes. Rien à voir avec les métiers de communicants... Victor Gilles a pu bénéficier des savoir-faire de l'agence pour le développement informatique de son site, la mise en image de la marque. Mais qu'y gagne l'agence ?
Hébergement dans ses murs
« C'est une expérience chronophage qui coûte en temps », admet Didier Decroix, qui a investi à environ 15 % dans le capital de la start-up. Mais l'entrepreneur s'est rappelé de ce qui lui avait manqué à ses débuts. Il a voulu s'engager concrètement « dans un combat anti-défaitisme et contribuer à des choses qui fonctionnent ». Dernier argument : « Le projet de Victor porte les équipes et contribue à la réputation du groupe. » Autre cas d'hébergement physique dans les murs d'une société : Wattlet, installée à Auterive depuis 2015 dans les murs d'HBF (270 salariés, 70 M€ de CA), et qui contribue au développement de produits Otio, la marque domotique du groupe. Concrètement, la collaboration est organisée par un MOU (memorandum of understanding) qui définit les règles de fonctionnement : un loyer de montant symbolique, l'utilisation des ressources de l'entreprise, la protection de la propriété industrielle, etc. HBF rémunère la start-up comme un bureau d'étude lorsque celle-ci contribue à la sortie de nouveaux produits. Marc Bergouroux, directeur général du groupe, croit surtout « à la valeur de la relation personnelle, surtout quand on traite avec des start-up : trop de juridique peut tuer les projets de ces entités qui n'ont pas la même façon de travailler que nous. »
Berger-Levrault et GA
Inauguré en juin dernier, le nouveau building Berger-Levrault à Toulouse (groupe d'édition de progiciels et de contenus réglementaires de 1 400 salariés et 126 M€ de CA), comprend un espace de 300 à 400 m² réservé à l'accueil de start-up. « Il y a encore de la place », annonce Mustapha Derras, directeur exécutif de la recherche et de l'innovation. « On leur donne des m², des moyens techniques, l'accès à nos services commerciaux dans l'entreprise. Mais nous ne sommes pas des incubateurs. A eux de se développer. » Quel coût pour la start-up ? La location des murs uniquement. « On ne signe aucun engagement avec la start-up entrante. C'est gratuit : à nous de détecter le potentiel réel du projet qui donnera des solutions porteuses pour nos clients. » Un pari qui a démarré avec la start-up Efficiencia spécialisée dans les modules de calcul d'efficacité énergétique : Berger-Levrault étant présent sur tous les services généraux des villes, le potentiel d'Efficiencia pourrait lui être profitable. Le constructeur GA se prépare à recevoir les porteurs de projet lauréats de son hackaton de l'innovation co-organisé avec La Mêlée. « Avec notre soutien et des subventions, on veut aider les start-up à aller jusqu'au stade de proof of concept, pour ensuite éventuellement envisager une participation au capital, explique Sébastien Matty, président du groupe qui définit cette collaboration comme « une alchimie particulière. »
Simple partenariat ou entrée au capital ?
A Blagnac, Safran Electrical and Power (groupe Safran) a lancé en octobre dernier un nouveau démonstrateur grâce à la collaboration des équipes R&T toulousaines avec deux start-up. Un algorithme signé Safran associé à la technologie de la réflectométrie de WiN MS et celle de la réalité augmentée de Diota, toutes deux parisiennes, ont permis une avancée majeure pour la détection de pannes sur avion. Autre exemple de partenariat : l'Otio Lab de HBF qui collabore avec Connit, le champion des capteurs connectés hébergé à l'IoT Valley (30 salariés, 2 M€ de CA en 2016) ou encore l'Ariégeois I-Meds Healthcare, qui a conçu un pilulier intelligent et connecté. Transfert de technologie, aide à l'industrialisation, à la distribution... les collaborations prennent des formes différentes selon les activités des start-up. D'autres entreprises misent sur la rentabilité de l'innovation de la start-up et investissent dans son capital. Exemple : le groupe industriel Actia qui a investi dans Coovia (start-up labégeoise créatrice d'une plateforme de covoiturage).
Bizlab et Village by CA
Orange, Enedis, EDF, SNCF, La Poste... les groupes nationaux multiplient les initiatives auprès des start-up en région. Parmi les géants, Airbus a démarré la saison 2 de son Bizlab avec une quinzaine de start-up incubées. Le Village by CA ouvrira lui ses portes en janvier au Quai des savoirs pour accueillir une cinquantaine de start-up auprès de 14 partenaires.