Depuis le mois de mars, l’agence de tourisme en ligne spécialisée dans les séjours bien-être Thalasseo (environ 50 M€ de volume d’affaires) peut suivre son "chemin d’impact". Une feuille de route concrète et ambitieuse élaborée avec sa trentaine de salariés pour "créer de la valeur via la RSE", un an après la reprise de la PME aixoise par Étienne Goujot via Cap Autrement, devenu actionnaire majoritaire dans le cadre d’un Bimbo (Buy In Management Buy Out, reprise par un dirigeant extérieur accompagné de cadres internes). Ce fonds article 9 (qui s’interdit d’investir dans des actifs autres que ceux qui ont un réel impact sociétal) a séduit les cédants, Alexandre Fontaine et Denis Philipon, également cofondateurs de Voyage Privé et toujours actionnaires de Thalasseo. Mais aussi le nouveau dirigeant, en phase avec "leur signature RSE", justement.
Apporter une plus-value
"Je les connaissais déjà parce qu’ils m’avaient identifié dans leur pool de repreneurs potentiels", retrace ce dernier, qui a quitté le directoire du croisiériste de luxe Ponant, où il a travaillé dix ans, pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Une envie présente depuis ses études en école de commerce et qu’il était temps de concrétiser, "arrivé à la moitié de ma vie professionnelle", sourit-il. "J’avais un profil d’intrapreneur, j’avais déjà suivi de grosses acquisitions, mais je me suis formé avec le CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires) et l’IRCE (Institut Régional des Chefs d’Entreprise) pour reprendre une entreprise. Cela était moins risqué que de se lancer dans une start-up. Et j’avais la conviction que je pouvais apporter une valeur ajoutée à Thalasseo." Car non seulement il a passé dix ans chez Ponant, mais il a aussi travaillé à Disneyland Paris et chez Europcar.
Quatre voies pour augmenter l’impact de l’entreprise
Mais il n’a pas que son expérience du secteur touristique à apporter. Sa "patte" comme il dit, tient aussi dans sa vision horizontale du management, dans sa volonté de favoriser la co construction et d’impliquer ses salariés comme ses fournisseurs pour avancer sur ce "chemin d’impact". Il ponctue une réflexion amorcée dès juillet 2025 dans le cadre d’ateliers avec l’équipe et Cap Autrement et repose sur quatre piliers très distincts : l’augmentation de la proportion d’établissements écolabellisés dans leur offre ; la mise en place de séjours solidaires ; l’amélioration du bien-être au travail ; et la structuration de la démarche RSE. Des objectifs chiffrés pour la plupart, précisés pour chaque année jusqu’en 2030.
"Aujourd’hui 30 % de nos ventes concernent des établissements ayant reçu l’un des 5 écolabels que l’on a retenus et nous visons les 40 % d’ici là", détaille le dirigeant, qui refuse pour autant d’en faire une condition de référencement. "Nous mesurons le bien-être de nos collaborateurs grâce à 50 questions que nous leur posons deux fois par an pour les faire progresser et atteindre une note de 7,5/10 contre 6,75 en novembre 2025 et 7,3 en avril 2026. Enfin, nous élaborons actuellement une offre de séjours solidaires à destination des aidants."
Des séjours plus accessibles pour les aidants
L’idée étant de se rapprocher d’associations pour cibler les bénéficiaires et leur proposer des séjours à prix coûtant afin qu’ils puissent "gagner des points d’énergie" et se sentir mieux. Une quinzaine de personnes pourraient déjà en profiter cette année, pour grimper progressivement jusqu’à 300 en 2030. "On pourrait très bien donner un pourcentage de notre chiffre d’affaires à des structures, mais on préfère que les équipes s’impliquent, qu’elles fassent leur métier autrement", glisse Étienne Goujot. Elles bénéficient d’ailleurs d’actions gratuites distribuées pour booster leur implication, en plus de la politique d’intéressement.
Vers la certification EcoVadis
Dernier pilier, global cette fois, la structuration de la démarche RSE de Thalasseo grâce à la certification EcoVadis, qui doit "permettre d’avoir une vision homogène et transverse" mais aussi "de se mesurer à ce qui se fait de mieux dans les autres entreprises", explique le dirigeant, qui n’exclut pas une certification B Corp dans quelques années puis le statut d’entreprise à mission. "Nous serons peut-être mûrs dans deux ans mais nous ne voulons pas aller trop vite, d’autant que c’est une reprise d’entreprise. Il faut d’abord bien comprendre l’héritage, l’identité de la société" estime le chef d’entreprise.
S’émanciper de Voyage Privé
"Nous n’avons nos propres locaux que depuis décembre. Auparavant nous étions encore sur le même campus que Voyage Privé qui a connu un succès fulgurant et est 15 fois plus gros que nous. Nous sommes encore très proches mais à un moment il faut s’émanciper, ne plus rester sous l’ombre du très bel arbre." Et pousser aussi. En croissance, Thalasseo ambitionne de doubler son volume d’affaires en 4-5 ans, notamment en valorisant l’expertise de la plateforme spécialisée face aux mastodontes généralistes et en améliorant l’accompagnement des clients. Après avoir recruté six personnes en un an, la PME aixoise va encore en embaucher quatre cette année.