Emblématique du paysage industriel nantais avec son vaisseau bleu et blanc en bord de Loire, la raffinerie Tereos (172 salariés, 157M€ de CA), ex Béghin-Say, ne passera pas l'année 2009. La direction du groupe sucrier basée à Lille a en effet annoncé sa fermeture pour la fin de l'année prochaine. Depuis la réforme de la politique sucrière de l'Union européenne en 2006, l'avenir de la seule raffinerie de la façade atlantique s'était largement assombri.
Pas de solution d'approvisionnement
«La réforme du règlement du sucre a entraîné la suppression de l'aide au raffinage et une forte baisse des prix. Conséquence: le site nantais était déficitaire depuis deux ans avec une perte de dix millions d'euros sur le dernier exercice. L'unique solution pour la poursuite de l'activité à Nantes était de porter sa production de 100.000 à 250.000 tonnes de sucre raffiné par an mais nous ne sommes pas parvenus à trouver ce volume supplémentaire», explique Philippe Pelzer, directeur de la communication du groupe Tereos. Le groupe comptait décupler sa production à Nantes en captant une source d'approvisionnement en provenance de l'Ile Maurice. Un marché finalement raflé l'été dernier par la raffinerie concurrente Saint-Louis, à Marseille. Deuxième explication avancée par Tereos pour justifier cette fermeture: l'éloignement de Nantes par rapport aux nouvelles routes du sucre. «L'argument géographique me paraît un peu léger et je m'interroge sur le fait que Tereos ait réellement défendu les intérêts de la raffinerie nantaise par rapport à son concurrent marseillais pour décrocher l'approvisionnement en sucre de l'Ile Maurice», remarque Patrick Rimbert, vice-président de Nantes Métropole.
Polémique espagnole
Quinze jours seulement après l'annonce de la fermeture de la raffinerie nantaise, le groupe Tereos indique qu'il va créer en Espagne une société qui raffinera du sucre venu de l'île de la Réunion et du Mozambique. L'Espagne représente une formidable opportunité pour Tereos, le pays ayant creusé un déficit de production après avoir abandonné 50% de ses quotas de sucre depuis cette fameuse réforme communautaire dont les effets se font durement ressentir aujourd'hui. Pour Jean-Marc Ayrault, président de Nantes Métropole, l'implantation en Espagne est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. «Tereos ne nous a absolument pas tenus au courant de cela et nous leur avons demandé des explications car fermer Nantes, pour redémarrer une activité en Espagne, cela pose forcément question. En tout cas, cela nous incite à être encore plus vigilants quand aux propositions de reclassement que le groupe fera au personnel sur le bassin d'emploi de Nantes et sur le projet de revitalisation industrielle du site».
Impact sur le trafic du port
La fermeture de Tereos à Nantes impactera de nombreux acteurs de l'économie, au premier rang desquels le Port de Nantes Saint-Nazaire, qui perd ici 120.000 tonnes de trafic par an. Également impacté, des logisticiens portuaires comme Sea Invest ou Sogebras. «Tereos est notre deuxième client à Nantes, il va donc falloir trouver de nouveaux trafics à manipuler. On avait prévu d'augmenter notre capacité de stockage, on ne le fera donc pas. On ne supprimera pas de postes mais on ne renouvellera pas des contrats d'intérim. Ce qui est dommage, c'est de voir partir ça ailleurs en Europe, vers l'Espagne», regrette Jean Rocher, directeur général de Sogebras.
En annonçant quasiment conjointement la fermeture de sa raffinerie nantaise et l'ouverture d'une unité en Espagne, le groupe sucrier Tereos cristallise les critiques à Nantes.