Témoignage d'entrepreneur : « J'ai stoppé mon projet après 5 ans de travail »

Témoignage d'entrepreneur : « J'ai stoppé mon projet après 5 ans de travail »

François Bourgon, dirigeant de la fromagerie Xavier, revient sur son projet L'Origine, à l'arrêt depuis décembre dernier.

« S'il y a bien une chose que j'ai appris de cet échec, c'est qu'en matière d'affaires, la parole ne vaut rien. Quelle est la génèse de ce projet ? Vers 2008-2009 est née cette idée de créer un lieu de partage autour de la "sainte trinité" de la table, comme le disait Rabelais : le pain, le vin et le fromage. L'art de vie à la française dans un centre qui mêlerait production, dégustation, conférences, formation, enseignement et recherche, autour de produits et de savoir-faire comme ils existaient il y a deux siècles, avant la révolution industrielle et les produits chimiques. »

Un projet de 4,5 M€ pratiquement ficelé
« J'avais trouvé des partenaires, comme l'Ecole d'ingénieurs de Purpan sur la partie enseignement et recherche, les Compagnons du devoir en boulangerie, Cointreau pour la composition de la plus grande bibliothèque mondiale de livres sur le fromages... Nous avions imaginé un bâtiment de 1.000 m² entièrement adapté à la parcelle de 4.000 m² que nous devions acheter à la fondation qui gère le patrimoine des Jésuites, sur le campus de l'école de Purpan. J'ai ensuite passé un an à réfléchir au statut de société coopérative d'intérêt collectif (Scic) pour ce projet collaboratif intitulé L'Origine. En parallèle, je finalisais en novembre 2014 une levée de fonds auprès de particuliers et de professionnels : nous avions alors 80 % du budget total de 4,5 millions d'euros, avec des compléments bancaires. C'est à ce moment-là que j'ai envoyé un communiqué de presse sur le lancement de L'Origine... et que la fondation est revenue vers moi pour me dire que finalement elle ne souhaitait pas vendre la parcelle initialement prévue, que je pouvais en acquérir une autre, deux fois plus grande, et à 125 € le m² au lieu des 50 € de la première parcelle. Il me fallait donc trouver 640.000 € de plus et modifier le projet du bâtiment ! »

L'erreur : un engagement sur parole sur le sous-seing
« Il faut préciser qu'au mois de juin 2014, le sous-seing signé l'année précédente n'étant plus valide, nous nous étions interrogés sur la nécessité de le proroger ou d'en signer un nouveau. La fondation m'avait assuré, oralement, que ce n'était pas la peine, qu'elle ne comptait pas vendre ce terrain par ailleurs. Début décembre, je suis allé plaider mon dossier à l'assemblée générale de la fondation, ouvert à la négociation. J'ai proposé une entrée au capital, des rentes sur nos revenus... Mais elle est restée inflexible, en l'absence d'accord écrit. C'est à ce moment-là que j'ai pris la décision de stopper ce projet. C'était évidemment difficile, après cinq années passées à le peaufiner. Mais j'avais été naïf sur cette histoire d'engagement sur parole...

Il a fallu alors informer les partenaires et le public sur cet arrêt du projet. J'ai envoyé un communiqué de presse très factuel, sans émotionnel, avant les vacances de Noël, rédigé avec l'aide de communicants de crise. Le premier coup de fil que j'ai reçu le lendemain matin était de la part du conseiller de François Fillon pour me demander si mon projet était exportable dans la Sarthe ! Mes partenaires, eux, ont été extraordinaires car ils m'ont tous témoigné de la solidarité. J'ai aussi été très étonné de recevoir des retours de la part de personnalités politiques, qui comprenaient l'importance de la gastronomie, de la valorisation d'un territoire, de la transmission sur ces produits authentiques. Tout le monde a loué la manière dont j'avais communiqué sur cet échec, car ce que les gens retiennent d'un projet, c'est la dernière communication qu'ils en ont. Cela a été un moment très difficile, mais pas de regrets : j'ai fait de belles rencontres, avec des gens passionnés, le projet a vraiment plu. Ce qui me donne encore plus envie de le monter, mais différemment. Nous sommes en discussion avec la mairie et d'autres endroits, pour trouver une nouvelle implantation. »