« C'est un modèle de management vraiment spécifique qui a été placé au coeur de la création de Prometil. La génèse ? J'ai un parcours de consultant et d'autodidacte. Après un IUT, j'ai participé à la création d'une entreprise, j'ai travaillé dans le minitel, dans une société de services très paternaliste, très coeur de métier. Puis j'ai créé une société d'édition culturelle, avant de revenir dans le monde informatique. Mon but était de construire des solutions, plutôt que de tenter de placer des personnes, comme cela est le cas dans les SSII. J'ai alors créé Prometil en 2007 pour tester des modèles d'équipes que j'avais élaborés. Ce qui m'importait : structurer des solutions de services pour capitaliser sur un métier, incuber de l'innovation avec de jeunes informaticiens pas forcément attirés par le métier de Prometil (ingénierie systèmes), travailler autrement par du management participatif, source d'agilité. »
Déformater l'entreprise, à commencer par le patron
« Il existe peu d'entreprises libérées dans les services informatiques, milieu composé de cadres ingénieurs, formatés par nos écoles pour aspirer à une croissance de carrière très hiérarchisée. Il faut déformater tout cela. Mais il faut aussi, en premier lieu, que le patron se libère lui-même, de son ego, sa soif de pouvoir, de contrôle. Et que tout le monde travaille sur soi. L'entreprise libérée a pour priorité la construction de quelque chose ensemble, sans contraintes, en s'écoutant. Que tout le monde soit acteur de son quotidien et prenne les bonnes décisions pour le collectif. Personnellement, je suis câblé pour ce type d'expérience. Je suis formaté pour faire confiance, je me méfie des rapports hiérarchiques, je suis plus créatif que gestionnaire.
Ajourd'hui, Prometil n'est pas encore tout à fait libérée, mais nous sommes sur la voie. Un CE a été créé dès les dix premiers salariés ; il n'y a pas d'horaires de travail ; le télétravail est favorisé. On a aussi créé un service avec une forte autonomie, One Light Studio, qui porte aujourd'hui un vrai métier et qui est en croissance. Le danger dans les sociétés de services, c'est la grosse demande portant sur le placement de personnes. Il ne faut pas céder à ce qui devient un pool d'intérimaires de luxe. Prometil a réussi à élaborer des solutions de services métiers autour de l'ingénierie systèmes et de la maîtrise de développement de nouvelles technologies. À côté de cela, on a réalisé des produits et créé une société de conseil et de formation haut niveau, notre filiale EBPS. On a donc un mini-réseau de marques et d'entités plutôt qu'un gros pool. A la clé, plus de polyvalence, plus d'agilité. »
Comment faire croître le CA sans se vendre au diable
« Bien sûr, il y a des écueils. Du côté du patron : il m'arrive de pécher par un excès de directif dans les idées qui me tiennent à coeur. L'attente des clients peut parfois être tout sauf libérée. Ils nous imposent des contraintes : des équipes hiérarchisées, un chef d'équipe, un travail sur leur site... Alors que nous, nous essayons de vendre des solutions externalisées. Ne pas mettre quelqu'un sur site à plein temps permet d'être plus efficient. Cela dit, les gens réalisent que l'entreprise libérée fonctionne. Au début de Prometil, quand j'évoquais mes modèles, les gens y étaient sensibles mais me prenaient pour un farfelu. Aujourd'hui, j'en parle plus facilement car on voit que les SSII souffrent mais que Prometil est en croissance. Le seul souci est de faire croître notre chiffre d'affaires sans se vendre au diable.
On a tous les atouts pour continuer à faire grandir nos entités métiers, à en créer de nouvelles. Nous lançons en 2015 un gros chantier d'accompagnement des salariés vers le lâcher prise, avec l'aide de deux coachs. Nous venons aussi de démarrer des serious games sur des sujets forts comme la rémunération, l'organisation du travail, la participation aux résultats, la structuration de notre offre commerciale dans ce nouvel écosystème. Sur le long terme, nous avons un projet de nouveaux locaux plus adaptés à l'entreprise libérée, que nous partagerions avec d'autres PME. »
Prometil
(Toulouse)
Dirigeant : Marc Canitrot
38 salariés
CA 2014 : 2,9 M€
05 62 87 52 42
www.prometil.com