L'annonce du projet du gouvernement d'augmenter les taxes sur la bière a suscité une fronde commune des entreprises organisées sous la bannière de Brasseurs de France. Ils mènent bataille pour faire avorter le texte avant son examen le 4décembre en commission de loi de finances, même s'ils considèrent pour acquis le principe de contribuer à l'effort collectif de redressement des finances publiques.
Injuste
«Mais pas dans cette proportion» s'indigne Michel Haag, P-dg de la Brasserie Meteor et président des Brasseurs d'Alsace. «Car la hausse est en réalité de 160%, soit 60 années d'inflation d'un coup!», précise-t-il. «Le problème est là: comment absorber cette augmentation sur un marché déjà fragilisé par une baisse structurelle de la consommation», explique Jean Hansmaennel, vice-président des brasseries Kronenbourg. Le poids des charges annuelles en serait alourdi: il passerait de 4,5millions d'euros à 12millions d'euros chez Meteor, qui réalise un chiffre d'affaires de 38millions et brasse 500.000 hectolitres par an. «Pas évident de répercuter le prix sur le consommateur», ajoute Éric Trossat dirigeant de la micro-brasserie d'Uberach. Mais tous savent qu'ils le devront. Selon leurs calculs, le demi de bière à la pression passerait de 2,50euros dans le CHR à 3, 10euros. C'est surtout dans la GMS, qui écoule les plus gros volumes, que la hausse des prix (de 10euros à 12euros le pack) pourrait peser sur les ventes.
Dangereuse
L'annonce faite le 17octobre par les députés socialistes d'exempter les brasseurs dont la production annuelle est inférieure à 10 000 hectolitres n'a pas (encore) lézardé le front des grands et des petits brasseurs. Ils interpellent le public à travers des banderoles affichées sur leurs façades avec ce message: "160% de plus de taxes sur la bière, qui va trinquer?". Les salariés sont «sensibilisés» par voie d'affichage, jusque dans les ateliers. «Nous informons nos collaborateurs, les impliquons et les invitons à s'exprimer sur la page Facebook ouverte par Brasseurs de France pour cette bataille», explique Valentine Brau responsable du Pôle Entreprise chez Heineken. «Nous faisons tout ce qu'il est possible de faire», confie Éric Wissler, dirigeant de la Brasserie Saint-Louis dans le Haut-Rhin, «nous préparons nos clients, c'est cela notre travail, nous les informons, nous leur envoyons des e-mails. Tout le monde s'attend à ne pas avoir de répercussions, mais aujourd'hui nos marges sont déjà très réduites, sans oublier l'augmentation du prix des céréales, du gaz, etc.» Les Brasseurs ont désormais un mois pour convaincre...
Fiscalité Le bras de fer avec le gouvernement se poursuit. Salariés de l'industrie brassicole, clients et élus refusent de voir la taxe sur la bière multipliée par 2,5.