Mais quelle mouche a donc piqué Laurence Parisot? En appelant, chez nos confrères des Echos, à un rapprochement entre le Medef et la CGPME, elle a surtout provoqué l'étonnement, voire la consternation chez les représentants régionaux des syndicats patronaux. Même Pierre Goguet, qui siège au conseil executif national du Medef, avoue avoir découvert le projet de Laurence Parisot dans la presse. «Il n'y avait eu aucune annonce récente à ce sujet», explique-t-il. Et le président de la CCI de Bordeaux d'ajouter: «Certes, le Medef et la CGPME partagent 90% de positions communes, mais nous sommes sur une "clientèle" d'entreprises différente. Certains entrepreneurs refusent de rejoindre le Medef à cause de son image nationale, d'ailleurs en rien conforme avec la situation locale, où 90% de nos adhérents sont des TPE. Il est pertinent de conserver nos deux bannières car la nature a horreur du vide. Si nous étions amenés à nous regrouper, d'autres initiatives que l'on voit naitre ici ou là pourraient prospérer sur fond de poujadisme».
«Pourquoi ne pas mutualiser notre logistique?»
Jean-François Cledel, président du Medef Gironde, fait également part de son étonnement face à l'annonce de Laurence Parisot, même s'il partage la philosophie: «Beaucoup de querelles entre le Medef et la CGPME sont stériles. D'ailleurs, quand on regarde ce qui se pratique à l'étranger, il y a beaucoup moins de fédérations patronales sectorielles. Si la fusion entre le Medef et la CGPME me parait compliquée à mettre en place, ce débat peut tout de même être l'occasion de s'interroger sur la création d'un lieu commun où les entreprises retrouveraient leurs syndicats. Pourquoi ne pas mutualiser, au-delà des idées, notre logistique?» Pour comprendre les déclarations de Laurence Parisot, sans doute faut-il comprendre le contexte dans lequel elles s'inscrivent. La CGPME nationale a jeté un pavé dans la mare en proposant de baser la représentativité des organisations patronales sur une élection nationale, alors que le système repose actuellement sur l'adhésion des entreprises.
Tension entre l'UIMM et la CGPME
Une réforme dont le Medef ne veut pas entendre parler, et encore moins l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), qui vient de suspendre sa cotisation à la CGPME. Un débat national qui n'est pas sans conséquence en Aquitaine: «Nous nous apprétions à reprendre contact avec la CGPME locale, annonce Xavier Esturgie, vice-président de l'UIMM Gironde-Landes. Les thèses lancées par la CGPME nationale ne nous conviennent pas et nous allons différer cette prise de contact. La représentativité des entreprises ne peut pas se mesurer par le biais d'une élection. Les effectifs et la valeur ajoutée d'une entreprise doivent être pris en compte».
Non sens pour Serge Marcillaud
Pour Serge Marcillaud, président de la CGPME Gironde et Aquitaine, «il n'y a pas de raison que la représentativité des syndicats patronaux ne se calcule pas comme celle des syndicats de salariés. Et nous sommes prêts à pondérer les votes en fonction de la taille des entreprises». Le leader patronal se dit convaincu que l'intervention de Laurence Parisot est un contre-feu au projet de la CGPME: «Son annonce est hallucinante! Il s'agit juste d'une offensive médiatique pour ne pas parler de la représentativité des syndicats. Mais l'idée de fusionner le Medef et la CGPME est farfelue. Les entreprises ont parfois des intérêts divergents: comment voulez-vous défendre à la fois la grande distribution et le petit commerce, le monde bancaire et la PME, le donneur d'ordre et le sous-traitant?».
En appelant à une fusion du Medef et de la CGPME, Laurence Parisot a provoqué l'étonnement chez les représentants régionaux des syndicats.
Son annonce s'inscrit dans un débat sur la représentativité des syndicats, qui divise les organisations patronales.