Fin 2022, les dirigeants du confiseur Sucralliance (450 salariés, 110 M€ de CA 2024) comme beaucoup d’industriels, étaient sur tous les fronts face à une flambée inédite de l’ensemble de leurs coûts de production. Un peu plus de deux ans plus tard, la fièvre est un peu retombée, mais le coup de chaud perdure chez le fabricant de bonbons basé à Toulouges (Pyrénées-Orientales) qui compte quatre sites de production, dont deux dans le Nord. "Ça continue à chauffer de partout en termes de coûts. Pas comme en 2022 où tous les prix ont explosé en même temps, les matières premières comme l’énergie. Ça s’est un peu calmé, mais les prix se sont stabilisés à des niveaux largement supérieurs à l’avant-Covid. Et d’autres postes ont commencé à grimper : les salaires avec l’inflation, les tarifs d’assurance qui explosent…", décrit Vincent Bruart, le directeur marketing et commercial de Sucralliance.
Difficile de ne pas répercuter ces hausses sur les prix de vente : entre 2022 et 2024, le chiffre d’affaires du groupe est passé de 75 à 110 millions d’euros. "J’aimerais vous dire qu’on a progressé sur les volumes mais pas tellement, c’est vraiment un effet mécanique de l’inflation. Et de l’autre côté, notre résultat net est lui, un peu moins bon puisqu’on ne peut pas répercuter toutes les hausses non plus…", regrette Vincent Bruart.
L’exceptionnel devenu la norme
En 2022, Sucralliance avait vu ses coûts énergétiques passer de 7 à 70 centimes d’euro par kg de bonbons produit. Une flambée qui avait entraîné une réorganisation des lignes, avec passage en feu continu pour éviter d’éteindre et de rallumer les chaînes, réorganisation des horaires de travail… Finalement, beaucoup de ces ajustements temporaires sont devenus la norme. "Une fois passé le mode urgence, on a gardé les bonnes pratiques, en essayant de trouver le juste équilibre entre les économies d’énergie et la qualité de vie au travail. Aujourd’hui, l’énergie pèse à peu près 40 centimes au kg de produit fini. C’est mieux qu’en 2022, mais c’est très significativement supérieur à 2019. C’est devenu structurel, c’est la nouvelle donne avec laquelle on doit composer maintenant. Mais elle s’est imposée en un temps record, surtout pour l’industrie où on investit sur du temps long. Une nouvelle ligne, c’est un process de plus de deux ans, et plus d’un million d’euros d’investissement", détaille Vincent Bruart.
Investir pour faire face
Des investissements auxquels Sucralliance, engagé dans une politique RSE depuis 2023, n’entend pas se soustraire. Le groupe a investi 10 millions d’euros dans deux nouvelles lignes sur le site de Dolis à Saint-Florentin (Yonne), pour recycler les flux énergétiques et notamment, les eaux chaudes. Et 4 millions d’euros en 2024 pour une nouvelle ligne de pâtes à mâcher, sur son site Confiserie du Nord de Tourcoing. D’autres investissements sont prévus sur les lignes de conditionnement, à Tourcoing et Neuville-en-Ferrain. "Les nouvelles lignes consomment bien moins d’énergie que les anciennes. Malgré le contexte, nous continuons donc à investir sur notre outil industriel. Nous avons la chance d’avoir des capitaux familiaux pour financer ces efforts qui, à terme, vont nous faire gagner en compétitivité, en qualité, en pénibilité du travail et en consommation énergétique", se félicite Vincent Bruart. Et Sucralliance compte bien aller plus loin pour réduire sa facture d’énergie.
"Nous sommes en train d’achever notre bilan carbone, et de nouveaux investissements vont sans aucun doute en découler, notamment sur la partie énergétique, assure le dirigeant. Nous aurons une réflexion sur les énergies renouvelables, le photovoltaïque mais aussi, l’optimisation et la recyclabilité de nos flux énergétique."
Et le dirigeant d’ajouter : "Mais c’est encore trop tôt pour en parler. En tout cas, nous avons une conviction : si on cède à la tentation de se recroqueviller, c’est là qu’on se prend le mur. Mais c’est bien sûr, plus facile à dire qu’à faire."