Après les derniers mois difficiles, avec l’annonce de l’arrêt de sa division numérique et d’un Plan de Départs Volontaires (PDV) échelonné sur trois ans, le groupe franco-italien STMicroelectronics fait coup double.
D’après plusieurs sources contactées par le Journal des Entreprises, ce dernier aurait décroché deux importants contrats avec le géant de l’informatique Apple et le spécialiste de l’aéronautique américain Space X, comme l’annonçait il y a quelques jours la revue Challenge.
Après l’implantation en cours d’un centre de R&D du groupe Apple à Grenoble en partenariat avec STMicroelectronics, c’est désormais d’un contrat pour la fourniture de capteurs d'images dont il serait question. Si aucun des deux groupes n’a souhaité confirmer l’information, plusieurs sources évoquent un accord « d’un montant important dans les tuyaux », en vue d’équiper les téléphones de la firme à la pomme. « On le voit d’ailleurs avec les derniers résultats positifs publiés par le groupe, où l’effet s’est déjà fait sentir », résume un acteur du bassin grenoblois, qui parle de « 200 à 300 embauches programmées lors d’une première phase ».Même si en parallèle, les mesures annoncées dans le PDV pourraient se poursuivre. Au cours du troisième trimestre 2016, le géant des semi-conducteurs avait enregistré un chiffre d’affaires en progression de 5,5% à 1,80 Mdrs$, pour une marge brute de 35,8%.
Vers un nouveau marché ?
En parallèle, un second accord avec la firme californienne Space X porterait quant à lui sur le développement de composants électroniques spatiaux. Là encore, ni STMicroelectronics ni Space X n’ont souhaité confirmer l’information.
Jusqu’ici, STMicroelectronics ne visait pas directement le marché de l’aéronautique, mais plutôt celui de l’automobile connectée, des smartphones, de l’internet des objets et des applications industrielles. « Il est certain qu’il s’agit d’un premier pas, mais qui est plutôt vu comme une opportunité que comme un nouveau domaine », estime une source en interne.
D’après des informations de la revue Challenge, ces deux contrats, qui représentent une bouffée d’oxygène pour STMicroelectronics, permettraient à son usine de Crolles 200 d’afficher un taux de charge de 100%, contre 80% pour l’usine de Crolles 300. Une cinquantaine de machines seraient d’ailleurs en passe d’être livrées sur le site de Crolles, toujours selon le magazine.
Bonne nouvelle pour l’écosystème, mais…
Une bonne nouvelle aussi pour son fournisseur, Soitec, qui livre les plaques de SOI lui permettant de produire sa technologie de pointe, la FDSOI. Cette dernière pourra intéresser de près les équipes de Space X puisqu’elle permet de produire des composants présentant une bonne résistance aux radiations solaires. Interrogé, le groupe basé à Bernin (38) refuse toutefois de commenter, tout comme le pôle de compétitivité du secteur, Minalogic. « Si ces contrats sont une bonne nouvelle pour ST, il existe une vraie inquiétude pour l’avenir », met néanmoins en garde un représentant syndical. La direction ayant fait part de son souhait de ne pas investir pour étendre l’unité de Crolles, il craint que cela ne conduise le groupe à faire des choix : « Au lieu de produire les futures technologies de microcontrôleurs, ST pourrait alors décider de se tourner vers les fondeurs pour les réaliser».
Il rappelle qu’avec un chiffre d’affaires de 6,90Mds$ en 2015, « ST fait désormais partie des entreprises de taille moyenne du domaine des semi-conducteurs ». D’après la dernière étude du cabinet Semicast, le groupe se classe 4e mondial des semi-conducteurs industriels derrière Texas Instruments, Infineon et Intel, avec 4,4% des parts de marché.