Nouvelle formule pour la conférence annuelle de la microélectronique SAME, qui devient eSAME avec une extension du périmètre des activités aux logiciels embarqués et aux systèmes numériques complexes. Le rendez-vous du 5 novembre, consacré à l'électronique verte, aura aussi mis l'accent « sur les échanges entre intervenants académiques et industriels afin d'initier des partenariats », indique Dominique Nussbaum, président de l'association CIMPACA Conception, en charge du programme.
Au-delà des considérations technologiques, cette évolution est révélatrice des mutations en cours dans l'écosystème sophipolitain. Le régime maigre imposé aux associations par des collectivités territoriales, elles-mêmes sous pression, oblige à une recomposition. « Les adhérents de l'association SAME, dissoute, ont rejoint le Sophia Club Entreprises qui a pris le relais pour les actions qu'elle menait comme la conférence annuelle mais aussi celles liées à la sensibilisation des jeunes aux métiers de l'ingénierie », explique Étienne Delhaye, directeur exécutif du SCE pour qui ce rapprochement permet également de « pérenniser le travail en réseau ».
Mobiliser l'écosystème
Ce travail en réseau a permis de faire face aux plans sociaux qui ont ébranlé le pôle microélectronique depuis 2013 avec la fermeture du site de Texas Instruments, le départ du Coréen Samsung en 2014 et le retrait annoncé de l'Américain Nvidia en juin 2015. Orientée vers la conception des circuits électroniques et les systèmes numériques avec une forte activité R & D,
la microélectronique azuréenne, éloignée des centres de décision des grands groupes, se trouve à la merci d'arbitrages liés aux marchés mondiaux auxquels le tissu économique régional doit s'adapter. L'écosystème a plutôt bien réagi jusqu'ici. Près de 80 % des 517 ingénieurs de TI ont été reclassés en moins de six mois dans des entreprises régionales, et la convention de revitalisation signée entre le groupe américain et l'État s'est achevée, au terme de deux ans, sur la création de 525 emplois (plus une vingtaine encore en projet), dont les trois-quarts dans les Alpes-Maritimes. Quatre millions d'euros, dont trois apportés par TI, y ont été consacrés et ont bénéficié pour partie aux quelque 134 entreprises et organismes mobilisés pour développer de nouvelles activités. Pas moins de 80 start-up, dont 57 % implantées sur le territoire de la CASA et 38 % sur celui de la Métropole NCA, ont ainsi profité de cette manne pour créer des emplois.
Accompagner l'essor des PME
Le reclassement de 89 des ingénieurs licenciés par Samsung (sur un effectif total de 110) a été tout aussi exemplaire. Le programme « Fastconnect », mis en place par le directeur du site Moussa Belkhiter avec le soutien du pôle de compétitivité SCS, a permis de recenser, d'un côté, les compétences des ingénieurs concernés et, de l'autre, les besoins des entreprises de la technopole. En moins de trois mois, 99 % d'entre eux ont retrouvé un CDI. Quant à la convention de revitalisation, signée en février 2015, entre l'État et Samsung et dont la mise en oeuvre a été confiée à BPI Group, elle devrait contribuer à la création d'au moins 96 emplois sur deux ans. Le premier comité d'engagement a déjà validé 9 projets prévoyant la création d'une cinquantaine d'emplois. Un deuxième comité est programmé pour le mois de novembre.
Le pôle SCS est par ailleurs déjà à la manoeuvre pour accompagner les 115 ingénieurs de Nvidia concernés par un plan de sauvegarde de l'emploi. « En accord avec les responsables de l'entreprise, nous avons organisé deux réunions pour faire le point sur les compétences et présenter les opportunités d'emplois sur le bassin régional, explique Georges Falessi, DG du pôle. Nous sommes dans un cas de figure un peu différent de celui de Samsung dont les ingénieurs ont surtout été recasés dans de grandes entreprises. Ici, le profil des ingénieurs, plus orienté vers le logiciel embarqué, devrait intéresser PME et start-up ». Ces dernières peuvent compter sur le soutien des incubateurs pour les aider à intégrer ces nouvelles compétences et créer des emplois.
Grâce aux fonds de revitalisation TI et Samsung, 18 entreprises accompagnées par ParisTech ont déjà créé 50 emplois. Du côté de l'incubateur Paca-Est, ce sont 19 entreprises pour 41 emplois.
Christiane Navas
Si la vitalité du bassin de compétences sophipolitain en microélectronique permet d'absorber les plans sociaux (TI, Samsung, Nvidia) et de conserver les expertises en accompagnant la croissance des start-up, elle ne dispense pas la technopole de repenser son écosystème.